Femmes vieillissantes et émois amoureux

Publié dans la revue: 
No. 136 - Simplicité du jour

Le vieillissement de la population a, pour une fois, quelque chose de bon. Ces derniers mois, nous avons eu droit à au moins trois romans mettant de l’avant les émois amoureux de femmes vieillissantes. Je vous présenterai une octogénaire, une quinquagénaire et une dernière dans la soixantaine. La force de l’écriture est inégale. Les personnages de Haentjens et Boucher sont les plus réussis. Ouellette-Michalska, comme les deux autres auteures nommées précédemment, ouvre une belle réflexion sur le désir, nous indiquant que celui-ci ne s’éteint pas avec l’âge et que la rencontre amoureuse apporte ses bouleversements comme ses bonheurs.

S’il faut croire Denise Boucher, nous voici, nous femmes vieillissantes, sous la protection de Ma Gu, qui selon la légende serait la protectrice des femmes âgées.

Au beau milieu, la fin est un roman épistolaire dans un contexte actuel. Nous avons les 50 courriels d’Adèle à son amie Brigitte. L’auteure des Fées ont soif met en scène une femme octogénaire dans sa relation amoureuse, mais cette relation n’est pas le centre du roman. L’héroïne rentre d’une année de voyage en Europe. Elle découvre que son appartement a été saccagé par ses locataires. Adèle décrit les hauts et les bas de la vie. En fait, il sera beaucoup question de tous ces arnaqueurs qui rendent la vie infecte et des impacts sur la confiance en soi qui est plus fragile avec l’âge. Il faut être aux aguets afin de ne pas laisser la vieillesse fondre sur nous, mais l’innocence se brise facilement. Il sera question de l’importance des mots, de l’amitié, du voisinage amical et même à 80 ans, de l’amour qui peut être au coin de la rue. Comme l’auteure est poète, nous avons quelques images fortes. Je retiens deux phrases : « Sur un autre banc, des vieilles silencieuses, tout en noir, laissaient boire leurs os au soleil » et « Le cœur et le cerveau sont des organes qui se conservent mieux que les os. »

 

Au beau milieu, la fin

Denise Boucher

Montréal, Éditions Leméac
2011, 160 p.

 

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Haentjens nous livre un récit poétique troublant. Troublant par les émotions fiévreuses qu’il soulève, troublant parce qu’il va à l’encontre des stéréotypes établis que ce sont les hommes qui flanchent pour de jeunes femmes. L’auteure met en scène une peintre qui a réussi, une femme mariée à l’homme de sa vie qui est toujours à ses côtés, une mère de deux grands enfants. C’est, disent ses amies, Une femme comblée.

Et un soir, à l’heure de l’apéro, son fils leur présente un copain. C’est le coup de foudre. Amour ou désir, peu importe, l’héroïne est en émoi comme une midinette, dira-t-elle. Voilà une femme vieillissante dont la chair est embrasée par un jeune homme à peine plus âgé que son fils aîné.

En filigrane, cette femme repense à un amour de ses 16 ans. C’est elle qui avait connu un amoureux qui eut pu être son père et là, c’est elle, qui eut pu être sa mère, qui est sous les affres du coup de foudre. Au vieil amant, elle avait prodigué de la joie, il lui avait donné de la joie et de l’ivresse. L’ordre des choses était qu’elle parte, il avait les larmes aux yeux. Je vous laisse découvrir ce que pense cette femme au corps vieillissant et ce qu’elle fera, cette amoureuse devant ce jeune homme qui ne semble pas sous l’emprise du coup de foudre.

 

Une femme comblée

Brigitte Haentjens
(Avec des croquis d’Angelo Barsetti)

Sudbury, Éd. Prise de parole
2012, 191 p.

 

 

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Roman des oppositions, des contraires auxquels nous convie Madeleine Ouellette-Michalska octogénaire dans la vraie vie. Opposition entre l’Ancien et le Nouveau Monde, entre le colonisateur et le colonisé, entre la femme vieillissante, proche de sa retraite et le jeune doctorant, elle tournée vers le vieux français, lui vers la modernité, l’américanité, elle qui n’a pas voulu, a eu peut-être peur de l’amour, et là, quelque chose se pointe également dans sa vie avec un homme d’un âge certain.

Des questionnements intéressants, mais une fin un peu à l’eau de rose. Dommage.

 

La Parlante d’outre-mer

Madeleine Ouellette-Michalska

Montréal, XYZ éditeur,
collection Romanichels
2012, 167 p.