Elles étaient là...

Publié dans la revue: 
No. 139 - À pleine tête dans l'été!

Les femmes changent la lutte… mais comme le rappelle Marie-Ève Surprenant dans l’introduction, lors de la grève étudiante de 2012, l’attention se tourne rapidement vers les leaders étudiants masculins et peu de visibilité ou de crédit est accordé aux femmes. (p.16) Ce livre veut rendre hommage autant « à celles qui ont occupé le devant de la scène […] qu’aux militantes de l’ombre qui ont souvent porté la grève à bout de bras ». (p. 19)

Les femmes changent la lutte… mais l’on ne le sait pas… Il faut lire les témoignages émouvants des 30 femmes qui ont accepté de raconter leur expérience pour le savoir, pour se redonner notre histoire! Pour d’autres, il est encore « trop tôt pour prendre la parole […] elles doivent d’abord panser leurs plaies ». (p.18) En effet, au moment de recueillir leurs témoignages, « nombreuses étaient celles qui avaient encore des hauts-le-cœur face aux discriminations et aux violences qu’elles avaient vécues au cours de la grève, entre autres, de la part de leurs confrères de lutte ». (p. 313)

Les femmes changent la lutte… à condition qu’elles acceptent de lutter sur deux fronts : celui du féminisme et celui du motif qui déclenche la lutte à laquelle elles participent. Elles sont nombreuses à avoir fait le saut dans la militance étudiante sans penser qu’elles feraient l’expérience douloureuse de l’oppression et de la discrimination parce que femmes. Et comme le rappelle Mylène Bigaouette dans la Conclusion, tout comme les pionnières du féminisme et toutes celles qui ont suivi « Elles ont ressenti le besoin de se retrouver en groupes d’affinité non mixtes. Elles ont ressenti le besoin de mettre sur pied des comités femmes… » (p. 314)

Ce livre a été écrit pour que l’apport des femmes (et il est immense comme vous le constaterez à la lecture de ce livre) à la grève étudiante de 2012 ne passe pas sous silence, car il semblerait que l’histoire s’écrit encore et toujours au masculin et que la voix des hommes est encore et toujours la plus forte et la plus crédible. À preuve : lorsque je suis allée pour me procurer ce livre, qui venait de paraître, dans une librairie bien connue de la rue Mont-Royal, la préposée ne savait pas de quel genre de livre je lui parlais. Était-ce un roman? Ou quoi donc? Après vérification sur son ordinateur… Oui. Nous en avons reçu DEUX exemplaires! Mais où sont-ils? Après 7-8 minutes de recherche, son collègue les a trouvés déjà bien tablettés derrière le comptoir, tandis qu’au moins une douzaine d’exemplaires du livre de Gabriel Nadeau-Dubois (Tenir tête) trônaient encore aux premières loges sur le comptoir des nouveautés et cela plusieurs mois après sa parution! L’histoire n’a pas fini de s’écrire au masculin et Micheline Dumont, qui vient d’écrire Pas d’histoire, les femmes! Réflexions d’une historienne indignée (Éditions du remue-ménage, 2013, 224 p.) n’a pas fini de s’indigner!

Par ailleurs, madame Dumont nous exhorte à faire figurer tout en haut de notre bibliographie l’ouvrage qu’elle a eu « l’honneur et le plaisir de préfacer » et je suis bien d’accord avec elle : il faut absolument lire ce livre… pour constater que nous avons encore bien du chemin à parcourir pour atteindre l’égalité et que le féminisme a encore toute sa raison d’être n’en déplaise à beaucoup de ces messieurs et malheureusement aussi à beaucoup de ces dames.

 

 

Les femmes changent la lutte. Au cœur du printemps
québécois

Sous la direction de
Marie-Ève Surprenant
et Mylène Bigaouette

Préface de Micheline Dumont

Montréal,
Éditions du remue-ménage,
2013, 328 p.