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3: Une réflexion de femmes chrétiennes et féministes


Nous voulons parler comme femmes chrétiennes et féministes engagées dans la société québécoise, comme femmes qui veulent le mieux-être et le mieux-vivre de toutes les femmes et de tous les enfants d'ici. Dans cette perspective, il est important que l'enfant naisse désiré parce que porter un enfant est une expérience qui bouleverse le corps des femmes: grossesse et accouchement, séquelles de toutes sortes, fatigue... Sans compter que mettre un enfant au monde, ça prend plus de vingt ans! C'est dire "oui à la vie" quotidiennement, sur le laborieux chemin où la mère accompagne l'enfant vers la vie adulte.

Nous espérons vivement que l'ensemble des hommes se mettront en route eux aussi; qu'ils assumeront les responsabilités inhérentes à la fécondité sans chercher à ériger un nouveau lieu de pouvoir. Lorsque se pose la question de l'avortement, la femme qui a un conjoint choisira peut-être de l'impliquer dans le processus de décision. Mais ultimement, personne ne peut se substituer à elle pour prendre cette décision: ni médecin, ni mari, ni prêtre, ni travailleur social, ni psychologue. La femme est ici concernée dans la totalité de son être présent et futur. Selon toute vraisemblance, c'est elle qui devra courir les risques liés à la naissance de l'enfant.

En effet, nous sommes dans une société qui tarde à se faire accueillante au potentiel de fécondité des femmes, qui refuse, à l'heure du monde moderne et industriel, de payer collectivement le prix de sa reproduction biologique. Quand aurons-nous une organisation du travail, des services sociaux et une politique fiscale qui permettront aux femmes de mettre des enfants au monde sans être économiquement pénalisées pour le reste de leur vie? La pauvreté guette encore la majorité des femmes, particulièrement celles qui se retrouvent à la tête d'une famille monoparentale.

On ne saurait concevoir la fécondité des femmes - ni la préséance de leur choix en matière d'avortement - en dehors de ce processus global de "mise au monde" de l'enfant. Limiter la reconnaissance de la fécondité aux seuls moments de la conception et de l'accouchement implique que l'on considère le corps des femmes comme un simple corps-machine, un corps-outil livré aux fins de la reproduction. À cela nous nous objectons catégoriquement, d'autant plus que la recherche dans le domaine des nouvelles technologies de la reproduction tend à considérer la procréation comme une fonction morcelée, aliénée du corps et de la vie des femmes.

Au cours des dix dernièers années, il n'y a pas eu d'avances significatives dans le domaine de la contraception. Il semble bien que la recherche de nouveaux moyens de contraception, efficaces et non nocifs pour les femmes, ne constitue pas une priorité. Pourtant, le nombre des avortements n'est-il pas lié en partie au caractère défaillant des moyens actuels?

Une bonne partie de la société sexiste dans la quelle nous vivons essaie de culpabiliser les femmes qui ont recours à l'avortement, mais s'intéresse peu aux porteurs de spermes fécondants; pourtant, à ce que l'on sache, les femmes ne "tombent pas enceintes" toutes seules. Qu'a-t-on à dire à ceux qui sèment à tout vent? Si la science peut permettre à celui qui n'a pas d'utérus de porter un enfant, comment se fait-il qu'elle ne parvienne pas à contrôler ses petits canaux véhiculeurs de sperme? Il est vrai que l'on semble davantage se préoccuper des effets secondaires quand il s'agit des hommes.

L'avortement ne constitue pas pour nous un moyen de contraception. Nous déplorons la situation des femmes que les circonstances amènent à vivre de multiples avortements. Pour nous, il s'agit du dernier recours suite à l'échec de la contraception ou à une mauvaise évaluation de la période de fécondité des femmes. En effet, comme la vie n'est pas parfaite, ademttons que des imprévus, des oublis peuvent se produire. Par ailleurs, l'avortement est parfois rendu nécessaire à la suite d'un viol, d'un inceste. Mais les femmes savent que mettre un terme à une vie, même embryonnaire, ne peut pas constituer un geste ordinaire, sans signification. L'avortement est et reste pour nous un geste grave que l'on ne peut banaliser. Il y va de notre rapport à l'ensemble du monde vivant.


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