Comme chrétiennes et féministes, il ne suffit pas
d'acquiescer au libre choix. Nous devons avoir une moralité active,
cohérente, responsable. Nous avons à nous impliquer davantage
pour que les femmes aient vraiment le choix en matière de
fécondité. Plusieurs pistes s'offrent à
nous.
Il faudrait certainement multiplier les lieux offrant à
la femme concernée de refléchir avec d'autres personnes, si elle
le désire, sur les différents aspects de la décision
qu'elle doit prendre: implications médicales, psychologiques, sociales,
économiques, morales, etc. Non pas une instance décisionnelle,
appelée à trancher à la place de la femme, mais un espace
ouvert à tous les choix, un milieu de réflexion permettant une
évaluation de la situation, une exploration des différentes
solutions, et une prise de décision la plus éclairée
possible. Un lieu où un suivi est réalisable avant et
après la décision, de manière à briser l'isolement
dans lequel se retrouvent nombre de femmes.
Les femmes ont été absentes de la définition des
lois qui régissent notre société. Manifestement, la
législation actuelle sur l'avortement est liée aux valeurs
d'une partie seulement de la population. S'il n'existe pas encore de consensus
social sur la pratique des interruptions de grossesses, il nous semble
néanmoins urgent de mettre en oeuvre des mécanismes en vue de
réviser en profondeur cette législation. Tenir compte des
intérêts des femmes dans cette question constitue une condition
minimale à l'établissement d'un climat social favorable à
la réflexion.
N'aurions-nous pas à interroger notre modèle
d'organisation sociale? Les pratiques communautaires de solidarité
ont du mal à se tailler une place dans une société qui
privilégie avant tout la réussite personnelle, la
productivité et la consommation. Les parents se retrouvent seuls,
pressés de mettre au monde des petits modèles de perfection ayant
développé au maximum leurs capacités motrices, cognitives
et affectives. Bref, la culture actuelle n'est-elle pas porteuse d'une
dimension abortive? Il ne faudrait pas retourner à la vieille pratique
de culpabilisation des femmes et des couples qui n'avaient pas ou pas assez
d'enfants. Cela n'avance à rien. Mais il ne devrait pas être
tabou de se questionner collectivement sur notre capacité d'accueil de
la vie - même si elle n'est pas toujours planifiée.
Les résistances à l'éducation sexuelle
empêchent la circulation de l'information, la tenue de débats, de
discussions qui permettraient aux personnes - et notamment aux jeunes - de
clarifier leurs rapports à la sexualité. L'éducation
à une sexualité responsable et l'intégration de la
dimension sexuelle à l'ensemble du vécu ne sont possibles que
dans un climat social d'ouverture, d'écoute et de respect.
Ne faudrait-il pas aussi songer à apporter notre contribution
à l'exploration de manières nouvelles de dire et de vivre la
sexualité? Il serait temps de sortir des stéréotypes
qui entourent les rapports sexuels, d'élargir l'éventail des
modes d'expression de notre tendresse et d'utiliser le langage corporel dans
toute sa richesse.
Avoir une moralité en actes, ce n'est pas seulement dire
oui au libre choix; c'est contribuer concrètement à limiter
le nombre de situations qui engendrent de telles décisions et par
là élargir l'éventail des choix en matière de
fécondité. C'est ainsi que, comme filles de Dieue, nous avons le
goût de dire oui à la vie.