ÇA BOUGE À MATANE

Monique Massé, Sylvie Langlois – Matane

 

Les concessions au langage inclusif sont si faibles qu’elles sont loin des transformations déjà réalisées à la base, dans nos milieux communautaires.

 

C’est ainsi que nous résumions, en octobre 1992, le contenu d’un colloque sur le langage inclusif organisé par l’Office national de liturgie au nom des évêques du Canada. Cette réaction paraît bien légitime si on évoque le chemin parcouru par des femmes de Matane, depuis le 8 mars 1990.

 

Lors du cinquième anniversaire du droit de vote des femmes, alors que tout le monde se mobilise pour la super fête, Monique et moi prenons soudainement conscience qu’à Matane, le féminisme est assez actif… sauf en Église. Aucune prise de parole, aucun écrit, aucune action n’est entreprise pour informer la population de ce qui se passe dans ce secteur majoritairement occupé par des femmes. Après avoir effectué, chacune de notre côté, une réflexion à saveur féministe, nous constatons avec bonheur que nous sommes mûres pour entreprendre ensemble un projet concret.

 

D’un commun accord, nous optons pour une sensibilisation du milieu au langage inclusif. Les membres des comités de liturgie de notre zone semblent ignorer cette question et nous estimons qu’il est urgent d’en parler. C’est alors que nous concevons une pochette d’outils de réflexion et d’action sur le langage inclusif, qui occupera agréablement plusieurs heures de nos loisirs. De généreux dons permettront de faire imprimer une centaine de ces pochettes. Par la suite, nous rencontrons les membres des comités de liturgie qui le désirent, pour les familiariser à cette nouvelle réalité.

 

Leur accueil est mitigé, empreint à la fois de politesse et d’intérêt. Paradoxalement, certains entretiens qui nous avaient paru plutôt froids donnent de bons résultats alors que d’autres, où l’atmosphère était franchement détendue, produisent moins de fruits. Malgré certaines résistances dues à la peur du changement et à la crainte de bousculer la Tradition, certaines personnes osent, avec beaucoup d’enthousiasme et de sérénité, utiliser un langage non sexiste dans les Célébrations.

 

Avec le recul, le bilan nous paraît positif. L’audace, la créativité, le souci d’équité envers les femmes l’ont emporté sur des positions rétrogrades du droit canon.

 

Toutefois une question demeure entière : comment comprendre la lenteur de l’Office national de liturgie à mettre en oeuvre ce nouveau langage approuvé par l’ensemble des évêques canadiens ?