CÉLÉBRATION des QUARANTE ANS DE L’AUTRE PAROLE1

OUVERTURE  

 

Mot de bienvenue par les trois fondatrices –
Monique Dumais, Louise Melançon et Marie-Andrée Roy 
 : 

 

Il y a quarante ans, nous avons fait le pari, comme chrétiennes et comme féministes, de travailler ensemble, solidairement à faire advenir une autre Parole, une parole libre, une parole joyeuse, une parole questionnante, une parole parfois marquée par la colère, par la tristesse et par la désespérance, mais une parole qui finit toujours par rebondir pour qu’advienne une humanité nouvelle, promesse de libération.

 

Aujourd’hui, après des heures d’écoute mutuelle, de réflexion, d’analyse et de délibération vient le temps de célébrer nos engagements passés et futurs de chrétiennes et de féministes, de faire mémoire de Jésus et de proclamer notre espérance pour que notre marche de libération se poursuive.

 

Allons, marchons, solidaires et joyeuses pour l’Ekklésia des femmes !

 

À l’appel des fondatrices, les femmes se mettent en marche vers la chapelle.

La marche se fait au rythme de tambourins.

En rappel de la colonne de feu de L’Exode, le cierge pascal de la collective ouvre la marche, suivent la banderole sur laquelle est inscrite une réécriture des béatitudes : Bienheureuses celles qui luttent pour la justice et l’encens, portés par des femmes.

 

Chant de la marche 

Ensemble, Ensemble

Nous marchons toutes ensemble.

Ensemble, Ensemble

Pour un monde nouveau !

 

Six cocélébrantes

 

 

 

ACCUEIL

 

Les cocélébrantes remettent les étoles

Trois équipes de deux cocélébrantes accueillent les participantes.

 

Elles remettent l’écharpe en disant :

[Prénom de la personne], acceptes-tu cette écharpe en signe de solidarité
pour une
Ekklésia féministe ?

 

Chant pendant la remise des écharpes — ne chantent que celles qui ont l’écharpe.

 

Si on tissait ensemble

 

 

 1 

Si on tissait ensemble

Coude à coude.

Si on tissait ensemble

Un tissu nouveau.

Tissu d’une société

Vivante et accueillante,

Plus juste et pacifiante

Comme il ferait bon !

 2

Si on tissait ensemble,

Coude à coude.

Si on tissait ensemble,

Des liens nouveaux.

Liens vrais et authentiques,

Empreints de tolérance,

D’amour et de respect,

Comme il ferait bon.

 3

Si on tissait ensemble,

Coude à coude.

Si on tissait ensemble,

Un motif nouveau.

Motif qui émerveille,

Séduit et qui rassemble

La beauté de chacun-e,

Comme il ferait bon.

4

Si on tissait ensemble,

Coude à coude.

Si on tissait ensemble,

Un chemin nouveau.

Chemin qui nous conduit

Plus loin et de l’avant,

Chemin plein de lumière

Comme il ferait bon.

 

5

Si on tissait ensemble

Coude à coude.

Si on tissait ensemble,

Une chaine nouvelle

Chaine magnifique,

Riche par ses couleurs

Par ses fils fins ou forts,

Comme il ferait bon.

6

Si on tissait ensemble

Coude à coude.

Si on tissait ensemble

Une trame d’amour.

Trame de nos désirs

Vers un rêve à bâtir

Au bout de nos efforts.

Comme il ferait bon !

7

Si on tissait ensemble

Coude à coude.

Si on tissait ensemble 

Un monde nouveau,

Monde de liberté

Qui porte plein de Vie

D’espoir et de tendresse.

Comme il ferait bon !

 

Paroles : Denyse et Diane Marleau

Musique : Denyse et Marie Marleau

C1 – Prenons un moment de silence pour nous préparer intérieurement à cette célébration.

 

PARDON

 

Introduction

C1 – Nous sommes en route depuis quarante ans ; nous vivons en exil à l’intérieur de notre Église.

 

C2 – Il y a 40 ans que nous marchons. Nous avons piétiné, fait du surplace, comme le peuple juif.

 

C3 – Notre marche ne s’est pas faite sans blessures, sans écorchures. 

 

C4 – Nous vivons des injustices dans notre Église et dans la société et nous devons aussi reconnaître celles que nous faisons subir à nos proches.

 

C5 – Pour continuer d’avancer, pour poursuivre notre périple de libération, prenons un temps de réflexion pour non seulement s’accorder à soi-même ce pardon face à nos limites, mais aussi face aux limites rencontrées chez nos sœurs et chez nos frères.

 

C6 – Sans pardon, on ne peut poursuivre, nous sommes paralysées, nous avons besoin du pardon des autres et de pardonner pour continuer notre marche de libération.

 

 

C3 – Écoutons le chant intitulé : Le pardon

1

Quand je consomme sans compter, ces biens de ma Terre-Mère,

Quand je profite de tout sans honte, je dis Pardon à L’UNIVERS.

Quand je choisis d’aimer dans l’ombre, que je dis non sans détour,

Quand je me trouve du côté sombre, je dis Pardon à L’AMOUR.

2

Quand je ne sais pas regarder, autour de moi, m’émerveiller,

Quand je n’ouvre pas grands les yeux, je dis Pardon à la BEAUTÉ.

Quand je tais la voix de mon cœur, que je ne me sens plus vraie,

Quand je refuse le bonheur, je dis Pardon à la VÉRITÉ.

 3

Quand ma vie est trop encombrée, que j’n’entends plus les gens qui pleurent,

Quand je crie au lieu d’écouter, je dis Pardon à la DOUCEUR.

Quand je broie des idées noires, que je ne sais plus dire merci,

Que mon esprit ne veut plus croire, je dis Pardon à la VIE. 

 4

Quand je ne sais plus contempler, que les étoiles sont sans éclat,

Quand mes sourires sont effacés, je dis Pardon à la JOIE.

Quand je ne sais plus reconnaître, les gens qui m’aident à avancer,

Quand je deviens mon seul maître, je dis Pardon à la BONTÉ.

 

Paroles et musique : Denyse et Marie Marleau,

Collaboration : Diane Marleau – SOCAN

 

RÉÉCRITURES3

 

Chacun des groupes présente sa réécriture. Les extraits sont placés dans l’ordre où ils se trouvent dans la Bible

 

C1 —En ces temps d’exclusion des femmes en Église, Monique Dumais entendit cette Parole :

 

Je veux faire sortir les femmes chrétiennes de leurs conditions aliénantes, de leur servitude. Cherche autour de toi des alliées pour entreprendre la longue marche vers l’autonomie, la dignité, l’égalité, la liberté. Je marcherai avec vous.

 

C1 —Ainsi inspirée, elle trouva l’élan pour partager avec d’autres femmes cette quête de liberté comme femme et chrétienne. Elle envoya une invitation à des femmes qui voulaient aussi faire entendre leur voix en Église, comme une autre parole

 

C5 —Leur réponse fut généreuse. Une première rencontre s’ensuivit le 14 août 1976 à Rimouski.

 

C5 —La longue marche des femmes de L’autre Parole était commencée.

 

 

On demande aux groupes qui ont réécrit le livre de L’Exode de s’approcher pour nous présenter leur réécriture.

 

Réécriture de L’Exode, chapitre 15, L’eau de Mara 22-27

Un jour de l’été 1976, trois femmes se réunissent pour manifester leur désir de faire sortir les chrétiennes de la mer tumultueuse d’une institution oppressante. Sans trop connaître leur destinée, elles invitent d’autres compagnes à parcourir les lieux encore ensablés et inconnus d’une nouvelle manière de faire Église. Elles marchent plusieurs mois sans trop trouver de sympathisantes à leur cause contestataire, mais elles savent que cela se fera. Elles se présentent à quelques évêques pour exprimer leurs soifs de renouveau dans l’Église, mais ne reçoivent qu’incompréhension et indifférence. On les considère même comme des hérétiques. Elles ne peuvent plus boire à ce discours rétrograde et patriarcal, à des décisions qui les ignorent. Elles en ressortent avec grande amertume.

 

Désenchantées, elles ne perdent pourtant pas espérance. Elles crient vers leur Sophia qui leur insuffle une ardeur contre toute attaque : « Mes filles, regardez Déborah, Houlda, Phœbé, Tsippora, Vasthi, toutes ces battantes de l’histoire biblique, et celles de notre tradition chrétienne : Catherine de Sienne, Ivone Gebara, Simone Monet-Chartrand et tant d’autres ». Ces paroles les confirment dans la poursuite de leur quête d’autonomie et de libération. La méditation sur les parcours et les actions de ces pionnières adoucit les nombreux propos réprobateurs reçus et elles vont de l’avant avec leur projet qui prend forme. 

Après un certain temps, les membres de la collective qui se donne comme nom, L’autre Parole, se réunissent et fixent des directions souples et adaptées aux problématiques des femmes de notre temps. Ce n’est quand même pas évident ; leurs écrits sont mis à l’épreuve par des autorités ecclésiastiques. Leur chemin n’est pas sans embûches : portes closes, fermeture du clergé et même contestations de certaines femmes. La tentation demeure présente : devons-nous continuer ou abandonner ?

 

L’une d’elles dit alors : Écoutons bien la voix de la Sophia, notre Dieue : « Si tu gardes fidélité à l’Évangile, tu pourras continuer ta route sans problèmes avec moi, la Sophia à tes côtés. Car ta Dieue-Amour est ta Source de vie. Votre Ekklésia émergera peu à peu de l’immobilisme, de la rigidité, du normatif et d’une idéologie passéiste et sclérosante ». Ces réflexions les rassurèrent et les confortèrent.

 

C’est ainsi qu’elles continuent leur marche avec conviction, créativité, solidarité et espérance. Comme Jésus, elles attirent encore quelques disciples avides de boire à cette fontaine vive et libératrice. Et depuis 40 ans, elles s’alimentent et s’abreuvent à leur Source Christa qui sans cesse les régénère au fil des ans.

 

 Réécritures de L’Exode, chapitre 16,1-36 La manne et les cailles

Première réécriture

Toute la communauté des femmes en Église vivait comme dans un désert et murmurait contre le patriarcat : « Si on nous donnait plus de liberté, le droit de penser, de parler et de créer, on cesserait de mourir de faim »

 

Puis un jour, elles se sont levées dans ce désert et courageusement créèrent une nourriture neuve, fine, crissante, dérangeante : une parole autre et inédite. Le pouvoir s’éleva inquiet : « Man hou, qu’est-ce que c’est ? » Il ne savait pas que ça venait du Seigneur. Désormais cette parole autre, écrite durant quarante ans, est le pain que le Seigneur donne à manger.

 

Cette manne nouvelle, on la retrouve dans des écrits que nos fils et nos filles pourront déguster et propager sans culpabilité selon leur faim.

 

Dégustez cela.

 

Deuxième réécriture

Récit à trois personnages : A. Narratrice, B. Deuxième narratrice, C. Le Seigneur

 

A. Poussées par des questionnements ambiants, des combats intérieurs et une vision nouvelle de l’Église, trois femmes partirent de Rimouski. Elles portaient en elles l’espoir d’un avenir meilleur pour les femmes croyantes et l’humanité. Malgré les controverses internes et externes, elles ont osé poser les bases d’une Ekklésia.

 

B. Le Seigneur dit à ces femmes :

 

C. « Sortez, je vais vous faire connaitre une nouvelle nourriture, une nouvelle vision à partager. Cela se fera à travers une collective féministe, des échanges qui rassasient, des liens et des allégeances féministes. Je vais vous donner par la réécriture féministe, la Ruah. »

 

A. D’autres femmes ont eu vent de L’autre Parole qui offrait une nourriture nouvelle et comblante pour satisfaire leur faim inédite.

 

B. Dieu leur dit aussi :

 

C. « D’une décennie à l’autre. vous pourrez puiser dans cette nourriture nouvelle et accueillir celles qui ont faim. Et que vos descendantes voient ce pain donné en héritage à travers vos textes de L’autre Parole. Que ce soit une nourriture spirituelle offerte gratuitement à travers le monde. »

 

A. Elles déposèrent les textes sur l’Internet sans frontières.

 

B. Après tant d’années de réécritures conscientes, l’Ekklésia des femmes a pris corps pour une continuité de libération.

 

Réécriture de L’Exode, Chapitre 17,3-7 L’eau de Massa et Mériba

Les femmes prirent conscience de leur impuissance à se dire, à se définir, à trouver une place dans le désert où elles se trouvaient. Elles ne voulaient plus de cette eau amère dans ce lieu patriarcal, hiérarchique.


L’éveil les fit se tourner les unes vers les autres. Elles se concertèrent et se mirent en recherche d’une eau douce.

 

Ensemble, elles se sont donné droit à la parole.


Les peuples des femmes sont encore en marche pour trouver l’eau douce de leurs capacités, de leurs créativités.

  

Réécriture de L’Exode, chapitre 19, 1-20 Proposition de l’alliance

Quelque temps après s’être libérées de l’oppression, elles arrivèrent dans le désert, face à la montagne. Dieue leur parla en disant : « Vous avez vu par vous-mêmes ce que j’ai fait pour vous jusqu’à maintenant : comment je vous ai portées sur des ailes d’aigles et vous ai fait arriver jusqu’à moi. Maintenant si vous entendez ma voix et si vous gardez confiance en moi vous serez mes alliées pour tous les temps. »

 

Unanimes, elles signifièrent leur accord. Et Dieue dit : « Je suis arrivée jusqu’à vous dans l’éclat de l’amour, afin que toutes et tous entendent que je parle en vous et à travers vous. Préparez-vous à me recevoir. Ouvrez vos cœurs. Soyez prêtes. »

 

Trois jours plus tard, quand vint le matin, un feu d’amour enveloppa la montagne, le son d’un cor retentit ; la pleine Alliance entre Dieue et l’humanité était scellée.

 

 

Réécriture de L’Exode, chapitre 20,1-17 Le Décalogue

Le Forum social mondial vient de se terminer. Nous avions été convoquées à un grand rassemblement dont le thème était : « Les peuples, la planète, avant le profit ».
 
Dieue dit : « Vous ne pouvez pas continuer à agir contre la vie et la planète, car vous êtes en interdépendance avec la planète. Celle-ci est en vous et vous êtes dans la planète. Quand vous détruisez la planète, c’est vous que vous détruisez. Votre faim avide d’exploitation des richesses de la terre, de la mer, de l’univers a déjà des conséquences néfastes sur vos vies, en particulier chez les moins nantis et en aura davantage sur les générations qui viennent. C’est moi, votre Dieue, qui veut vous faire sortir de votre pays de servitude. En continuant sans retenue à exploiter la mère-terre, à soumettre les humains, vos frères et vos sœurs, à votre soif d’avoir et de pouvoir, vous devenez de plus en plus esclaves des faux dieux tels l’argent, le profit, la consommation, etc., ces idoles qui vous dominent et dominent aujourd’hui notre monde. Dieue de liberté, je suis pour la vie, pour des relations humaines pleines d’harmonie, pour le respect des biens de la maison de votre prochain. Basta les esclaves ! Vous prendrez un jour de repos comme moi votre Dieue, je l’ai fait. C’est à vous les femmes d’être les gardiennes de cette vie précieuse qui nous a été confiée. »
 
À nous de porter ce message à l’humanité !

 

 

Réécriture de L’Exode, chapitre 23, Recommandations avant le départ

« Tu as déjà en toi les ressources que je t’ai données pour vivre en harmonie avec ta Dieue et sa création. Prends-en conscience. Écoute ta voix intérieure et reste lui fidèle, car la Vie est en elle.

 

Fais confiance. Si tu te laisses guider par cette conscience, tu seras libérée des injonctions du patriarcat, du capitalisme néolibéral, du colonialisme, des dominations dictatoriales, du conformisme et de l’anthropocentrisme. Tu les reconnaîtras et tu dénonceras les structures qui les perpétuent.

 

Si tu restes fidèle à la Dieue créatrice, alors ta soif et ta faim seront assouvies. Ne crains pas : tu recevras l’essentiel chaque jour, et la vie sera possible pour des siècles et des siècles. Prends patience et fais ce que tu dois. Les choses changeront peu à peu. Sois solidaire de tous les mouvements de transition qui vont préserver et régénérer l’harmonie de la création.

 

Engagée dans ce changement, demeure toujours vigilante, car les vieux systèmes tenteront de se réinventer et de te séduire. Ils chercheront à récupérer les idées novatrices et à te piéger pour leur seul profit. »

 

 

Réécriture de L’Exode, chapitre 24, Conclusion de l’alliance

Les membres de la communauté, femmes et hommes, s’amènent par un beau dimanche pour leur rencontre périodique. Après s’être accueillis et s’être donné des nouvelles, elles et ils entendent la lecture du chapitre 24 de L’Exode et amorcent des échanges.

Assez vite se pose la question : « Qui est Dieu ? » Si l’un se dit mal à l’aise avec l’image d’un Seigneur qui trône au-dessus de tout, les unes et les autres reconnaissent plutôt une force de vie, une présence, un mystère.

 

Dans la suite de la rencontre où sont partagées des expériences, une membre exprime le fait douloureux de l’infidélité conjugale d’un beau-frère. Les sœurs et frères de la communauté l’invitent à accueillir les personnes en situation difficile plutôt qu’à juger.

 

Comme à chaque rencontre, les femmes et les hommes se retrouvent autour de la table pour partager un repas léger. Ensemble, deux des membres rompent le pain et un autre verse le vin, puis les distribuent en mémoire de l’Alliance Nouvelle. Dans ces gestes et dans le partage, toutes et tous prennent conscience d’une présence qui les invite à poursuivre la route.

 

Les membres de la communauté reconnaissent le lieu de leur rencontre comme espace sacré.

 

Réécriture de L’Exode, chapitre 32,15-16 Le Veau d’or

Moïse s’en retourna et descendit de la montagne avec les trois lois de la Nouvelle Alliance.

Ces lois, c’étaient l’œuvre de Dieue, l’écriture de Dieue.

 

Prends garde,

Ton conditionnement patriarcal, tu regarderas de manière féministe.

 

N’oublie pas,

Tu puiseras dans la mutualité de tes sœurs féministes les ressources pour trouver la force de continuer ta route.

 

Tiens bon,

La confiance, tu garderas en ton projet de transformation de l’Ekklésia du monde.

 

Désormais, ton veau d’or de patriarcat et d’exclusion des femmes n’est plus !

La Nouvelle Alliance regroupe toutes les forces des groupes de féministes qui marchent pour la liberté, la justice et la paix.

 

 

Réécriture de L’Exode, chapitre 34,1-34 Les nouveaux parchemins des Moïsa

 

L’Ekklésia des Moïsa était à l’écoute de la Source. Celle-ci parla et leur dit : « Les Moisa, avez-vous d’autres parchemins sur lesquels vous pourriez à nouveau écrire les Paroles de vie. Soyez toutes prêtes pour demain matin, sous le pommier. »

 

Les Moïsa préparèrent les nouveaux parchemins et se rendirent ensemble au lieu-dit, habitées par la Bienveillance. Elles entendirent la Source leur proposer de faire avec elles une œuvre merveilleuse.

 

Accueillir la complexité et la diversité de la vie EN ELLE

                   ENTRE ELLES

                   AUTOUR D’ELLES.

Respecter tous les êtres vivants. Développer des solidarités avec les Ekklésias libératrices. Puis dans une lumière étincelante, à l’invitation de la Source, les femmes de l’Ekklésia, toutes joyeuses, cueillirent les pommes, les croquèrent et s’exclamèrent : « Oui, nous le pouvons ! »

 

Réécriture de L’Exode, chapitre 35,1-3 Loi du repos sabbatique

Nous, femmes de l’Ekklésia, que voulons-nous ? Nous désirons recréer un sabbat à notre image, un temps de repos, un temps de grâce, un temps sacré.

 

C’est pourquoi, nous, les femmes de L’autre Parole, croyons qu’il est juste et bon de se donner des temps de repos, des temps sacrés pour réfléchir et agir sans contrainte, en toute conscience et ainsi participer pleinement à la vie.

 

Nous voulons dresser librement et collectivement les tables pour que nos célébrations soient empreintes de notre créativité pour l’épanouissement d’une spiritualité féministe où notre plus grande richesse est celle de notre solidarité, en union avec Dieue.

 

Réécriture de l’Évangile selon Saint Luc, chapitre 4,1-13, Jésus victorieux dans la tentation

Les fées avaient soif et nous avions faim et soif de justice, d’égalité et de nourriture qui nous libère, nous transforme en êtres libres et qui prend en compte notre expérience de femmes.

 

Alors, nous nous sommes mises en marche, il y a quarante ans de cela. Nous avons essayé de saisir toutes les occasions favorables qui s’offraient à nous, toutes les brèches ouvertes par l’Église pour réaliser finalement que nous tournions en rond et que les portes de l’Église et les postes de pouvoir nous étaient fermés à jamais. Le choc fut brutal. Pourtant, si nous refusions d’être servantes, nous ne souhaitions guère être souveraines.

 

Ces portes étant fermées, nous avons décidé d’en ouvrir une autre, celle de l’Évangile, sous la mouvance de la Ruah. Nous ne risquions pas de tomber de haut, vu que nous nous situions au ras du sol, là où se trouvent tous les défis qui se posent à la société et à l’Église.

 

Nous ne cherchions ni le pouvoir qui oppresse les autres ni l’autorité qui les écrase. Nous avons choisi notre propre Ekklésia comme lieu d’épanouissement et de liberté pour continuer notre marche.

 

 

Le partage après la présentation des réécritures est animé par deux cocélébrantes – C5 et C6.

 

C6 – Prenons un moment de silence pour laisser résonner en nous ces paroles.

 

Jésus était juif. La tradition juive voulait que chacun et chacune s’approprient cette histoire de la longue marche de libération du peuple juif.

 

C5 – Le texte de L’Exode est un texte fondateur que Jésus a dû entendre de nombreuses fois. Il nous semblait important que des féministes chrétiennes se réapproprient ce texte difficile et si étranger à nous à bien des égards dans une pratique d’actualisation.

 

C6 – Vous venez d’entendre plusieurs réécritures de passages importants de L’Exode. La parole est maintenant à vous… Avez-vous des réflexions à partager sur l’exil et sur la marche de libération des femmes pour qu’advienne un monde plus juste, plus solidaire, plus égalitaire ?

Plusieurs femmes s’expriment dans le cadre d’un cercle de parole. À la fin de l’échange :

 

ENVOI EN MISSION

 

C5 – Quarante ans au désert pour le peuple juif, quarante jours pour Jésus, et quarante jours après Pâques, il y a l’Ascension.

 

Prise de parole de Marie Gratton – L’Ascension ou l’envoi en mission :

 

Nous avons coutume de célébrer la fête de l’Ascension quarante jours après Pâques. Heureuse coïncidence que nous ne pouvions ignorer en cette année qui marque le quarantième anniversaire de L’autre Parole. Mais cette distance que la liturgie a établie dans le temps ne doit pas nous distraire du fait que résurrection et ascension sont deux facettes d’un même mystère : la glorification par le Père de la personne de Jésus. Le sceau d’approbation de Dieu sur la vie et le message du Nazaréen, dont le caractère dérangeant, et en quelque sorte révolutionnaire, l’a fait accuser de blasphème et condamner à mort. Signalons en passant que l’Évangile selon Luc souligne bien ce lien entre résurrection et ascension en regroupant les deux expériences vécues par les apôtres en un seul jour, alors que dans les Actes des Apôtres on parle d’un délai de quarante jours. Quarante, nombre qui, dans la tradition biblique, marque une période d’épreuve, d’initiation, de conversion et d’approfondissement des expériences vécues.

 

Les Évangiles nous apprennent que les apôtres, après un moment de découragement, lié à la mort de leur maître, et à ce qui semblait l’échec de sa mission, ont vécu des expériences spirituelles intenses qui leur ont fait croire que celui qui avait été crucifié était vivant pour toujours, d’une vie sans commune mesure avec notre vie terrestre, mais une vie nouvelle, transformée, défiant toute description… Une vie dont la foi nous dit qu’elle pourra satisfaire notre soif d’absolu et d’infini.

 

Cette vie renouvelée que nous attendons dans l’espérance, la communauté chrétienne primitive affirme que le Père en a déjà comblé Jésus. Pour exprimer cette conviction, saint Paul et les évangélistes reprennent le vocabulaire dont L’Ancien Testament se servait pour dire comment Dieu glorifierait ses serviteurs : Il les relèverait d’entre les morts à la fin des temps. Il leur redonnerait la vie. Pour Jésus, Il n’a pas attendu aussi longtemps…

 

Nous savons que l’Écriture sainte fait grand usage du langage symbolique pour décrire l’indescriptible et exprimer l’inexprimable, en un mot, pour balbutier le mystère de Dieu, de l’être humain, de la personne de Jésus.

 

Ainsi les textes du Nouveau Testament nous parlent de l’Ascension comme de la montée de Jésus vers son Père, ils nous disent que dorénavant il est assis à la droite de Dieu. Celui-ci le reconnaît comme sien. Il fut vraiment, et demeurera à jamais, le visage de Dieu tourné vers les femmes et les hommes de tous les temps.

 

Si nous nous contentions d’imaginer la scène, comme dans nos anciens catéchismes illustrés, en nous représentant Jésus se déplaçant de la terre au ciel en passant à travers les nuages à la manière dont les fusées s’arrachent à la gravité terrestre, nous passerions, à coup sûr, à côté de l’essentiel du message.

 

Tous les textes, il faut en convenir, évoquent l’Ascension comme une montée au ciel à travers la nuée, donc comme un phénomène observable avec les yeux. Mais nous savons par ailleurs que l’Écriture sainte est familière avec l’usage d’un vocabulaire concret pour exprimer les réalités spirituelles, celles qui, précisément, échappent à l’observation des sens.

 

Mais rapprochons-nous de notre propre expérience, et de l’usage que nous faisons à tout propos du verbe « voir » pour exprimer notre compréhension d’un événement ou d’une idée. « Je vois ce que tu veux dire. » Nous nous servons d’un verbe qui, dans son sens premier, définit une activité sensorielle : percevoir avec les yeux, pour exprimer une activité intellectuelle : comprendre.

 

Il arrive même qu’on se serve du verbe voir, qui normalement se réfère à la présence, pour évoquer le vide de l’absence. « Je la vois partout dans la maison », dira-t-on d’une personne décédée dont l’absence nous obsède. Une chose est certaine, le Maître n’est plus là, et cette absence force ses disciples à le rendre présent en perpétuant son enseignement. La prise de conscience d’une absence définitive fait voir l’obligation d’agir pour rendre présente à toutes les nations l’annonce du règne de libération, d’amour, de justice inauguré par sa prédication. L’ascension marque le début de la mission. « Hommes de Galilée pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » (Ac 1,11), leur disent « deux hommes vêtus de blanc ». Leur travail de mémoire doit s’incarner dans l’action, le nôtre aussi. Voilà ce que nous enseigne l’Ascension. Et pendant ce temps-là, dans notre Église, pour nous les femmes, les choses n’avancent qu’au rythme d’une valse hésitation. Certainement pas à celui d’un tango, même sous un pape argentin.

 

Qu’il me soit permis, en guise de conclusion, de reprendre un bref extrait de ma « Ballade des exilées », inspirée du Psaume 137 que j’ai écrite il y a bien des années, mais dont le ton est encore de mise pour les féministes chrétiennes que nous sommes. Bien sûr, certaines choses ont changé depuis. Nous avons élargi notre « zone d’influence » auprès de certains membres du clergé, dans certaines régions du monde, comme on me l’a plusieurs fois fait remarquer, et comme j’ai pu moi-même le constater. Mais les structures hiérarchiques et sexistes de l’Église n’ont pas changé : la zone du pouvoir demeure interdite aux femmes. Volonté de Dieu ? Volonté de Jésus ? Volonté surtout, peut-être ?, d’un patriarcat sexiste, misogyne et satisfait de lui-même.

 

Ma Ballade porte l’empreinte d’une tristesse, mais ses derniers mots manifestent que nous sommes « en mission », et portées par l’espérance.

 

Au bord du fleuve de tous les exils

auxquels nous condamne le patriarcat,

nous nous tenons debout

le temps n’est plus aux larmes,

aux peupliers d’alentour

reste hissée la bannière de nos combats…

 

Au bord du fleuve de tous les exils,

fortes de ta mémoire, Fils de Marie,

pour la justice, nous bâtissons. 

 

 

PARTAGE DU PAIN ET DU VIN

 

C1 – Depuis hier, nous avons fait un rappel de la longue marche des femmes à travers le temps.

Pourquoi vouloir faire mémoire du Ressuscité ?

 

Il y a plus de 2000 ans, Jésus nous a dit : « Prenez et mangez-en toutes — ceci est mon corps. » Par ce geste, il a voulu que nous soyons nourries corps et âme afin de poursuivre notre marche.

 

Aujourd’hui, connaissant sa sollicitude pour toutes, il n’aurait pas voulu nous voir jeûner. C’est la manne, c’est notre manne. C’est notre ressourcement.

 

C2 – L’Église institution prive les femmes de nourriture, mais nous avons choisi de faire mémoire, de partager ensemble mes sœurs ce pain sucré et ce vin doux.

 

Nous faisons mémoire du corps des femmes, corps souffrant, corps aimant, corps qui se donne dans le geste amoureux, corps donnant la vie.

 

Jésus  nous a dit : « Prenez et buvez-en toutes — ceci est mon sang. » Dans ce sang, il a scellé l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. En buvant ce vin, nous participons de cette Nouvelle Alliance, promesse de nouveaux rapports entre les femmes et les hommes en marche solidairement pour la justice et la liberté.

 

Ce vin nous rappelle aussi le sang des femmes versé dans la violence. C’est également le sang des menstruations qui signifie que la vie se régénère.

 

C4 – Faisons aussi mémoire de celles qui nous ont quittées au fil des ans :

 

À tour de rôle, les cocélébrantes proclament le nom d’une membre de la collective qui est décédée lors de notre longue marche.

 

Rita Hazel, Denyse Joubert-Nantel,

Solanges Labissière, Madeleine Laliberté,

Yvette Laprise, Pauline Maheux,

Louise Roy, Marie-Thérèse Olivier-Roy

 

Un court temps de recueillement.

 

C4 – Par groupe de 10, vous êtes invitées à vous approcher de l’autel avec une cocélébrante. Sur les feuilles de chant, vous trouverez les paroles pour le partage du pain et du vin. Chaque groupe dira ces paroles à l’unisson avant de manger et boire le pain et le vin.

 

Musique au piano par Louise Melançon — Sarabande de Haendel.

Les femmes entourent l’autel successivement par groupe de dix, elles partagent des baklavas et du vin doux en prononçant à l’unisson :

 

NOUS MANGEONS CE PAIN ET BUVONS CE VIN DANS L’ALLÉGRESSE

PARCE QUE NOTRE EKKLÉSIA SE MANIFESTE,

PARCE QUE NOUS MARCHONS ET TISSONS ENSEMBLE

UN CHANT PLEIN DE VIE ET D’ESPOIR.

 

Quand tous les groupes ont partagé le pain sucré et le vin doux, on prend un moment de silence puis…

 

ACTION DE GRÂCE

 

Extrait de la chanson : Gracias a la vida de Violeta Parra

 

C5 – Merci à la vie

qui m’a tant donné

Elle m’a donné le rire

et m’a donné des pleurs

Ainsi je distingue

la joie de la peine,

les deux matériaux

qui forment mon chant

et votre chant

qui est le même chant

Le chant de tous/tes

Qui est mon propre chant

Merci à la vie…

 

Les cocélébrantes ensemble  : Rendons grâce à la vie !

 

Chant d’Actions de grâces — air : Ballade de Sacco et Venzetti

Maintenant, nous sommes réunies,

Pour parler du fond de nos cœurs

Pour chanter notre liberté

Avec elle c’est la vie.

 

RITE D’ENVOI

 

C6 – Nous tissons ensemble, femmes de L’autre Parole et ses alliées, un monde nouveau, nous sommes des marcheuses, nous sommes des voyageuses de l’espérance.

 

C1 – Comme rappel de ce quarantième anniversaire de la collective, nous avons voulu vous remettre un baluchon. Dans ce baluchon, vous trouverez un CD des sœurs Marleau pour vous rappeler que C’EST ENSEMBLE QU’ON TISSE UN MONDE NOUVEAU.

 

C3 – Vous pourrez également prendre un œuf, rappel de La manne et les cailles du livre de L’Exode et aussi un symbole qui rappelle tant les origines du monde que la vie qui se renouvelle avec tous les possibles… dont celui d’un monde égalitaire pour les femmes et les hommes.

Allons, partons avec notre baluchon, notre chant et l’œuf de tous les possibles !

Allons tisser un monde nouveau, un monde solidaire et égalitaire !

 

C1 – Comme chant d’envoi, entonnons Voyageuses de l’espérance

 

1

Nous sommes les voyageuses de l’espérance,

Et construisons ensemble avec confiance.

L’Ekklésia de demain

A besoin de nos mains.

Osons avec audace,

Un réel face à face.

 

Refrain

Vision et mission nous invitent à l’action,

Marchons ensemble et agissons,

Moins de violence, de pauvreté,

Créons ensemble la nouveauté.

 

2

Nous sommes des bâtisseuses de liberté,

Nous dénonçons les inégalités

La justice nous appelle

La vie nous interpelle

Osons  –  nous libérer

Des structures dépassées.

 

Paroles et musique : Diane, Denyse et Marie Marleau

 

1. Célébration du samedi 20 août 2016 de la collective L’autre Parole.

2. Une cocélébrante par groupe présent au colloque : C1, C2, C3, C4, C5, C6.