Marie Gratton, la théologienne, l’écrivaine, la femme engagée (1935-2018)

Marie Gratton possédait l’art de la parole. Autant dans son enseignement en théologie à
l’Université, à partir de 1972 jusqu’en 1998 (?), que dans des conférences, elle
transmettait son savoir, ses convictions, ses opinions, avec beaucoup
d’inspiration et de vivacité. Elle savait aussi manier finement l’ironie et l’humour.
Elle avait de la verve!


Marie possédait aussi un grand talent pour l’écriture, la belle écriture. Ses
nombreuses publications en témoignent hautement, que ce soit dans des articles
de revues que dans des ouvrages universitaires, particulièrement dans les
années 1990. Au moment de sa retraite à l’aube de l’an 2000, elle se lance dans
la rédaction d’un livre «Côté cour, côté jardin» (Médiaspaul 2001), où elle nous
livre le fond de sa pensée, de sa vision du monde, de sa foi, à travers diverses
thématiques, et sous forme d’un voyage intérieur de 365 jours. Puis elle publie
un magnifique livre sur l’art sacré qui non seulement nous révèle sa culture
artistique, mais surtout nous ouvre à la couleur de son âme de croyante: «
Dessine-moi le mystère» (Fides 2002). On peut penser que c’est l’oeuvre la plus
révélatrice et expressive de la théologienne qu’elle était.


Mais Marie était aussi une femme totalement engagée, toute donnée, à sa
famille, à tous ceux et celles qu’elle aimait, à toutes les tâches qu’elle acceptait,
aux causes qui lui tenaient à coeur, et cela jusqu’au bout de sa vie! Nous avons
fait route avec elle comme femmes engagées dans le groupe de chrétiennes
féministes L’autre Parole, à partir des années 1980.


Marie a terminé sa vie à la maison de soins palliatifs Aube-Lumière, à
Sherbrooke, où elle a fait du bénévolat pendant de longues années. Elle venait à
peine de mettre fin à cet engagement qui lui était très précieux. Dans un article
écrit dans la revue l’autre parole ( no 113, printemps 2007), elle rendait compte
de cette expérience auprès des mourants et de ce qu’elle en avait reçu. Elle
écrivait: «... j’y ai appris à mieux vivre. Pas à mourir, contrairement à ce qu’on
pourrait imaginer, mais à vivre, mieux. Mourir, cela ne s’apprend pas, cela
s’improvise, parce que c’est toujours une première... Pour que la mort remplisse
de paix ses témoins, il faut que la personne qui va mourir ait manifesté sa
capacité de partir de bonne grâce et dans la sérénité, voire dans l’espérance.
(Aubepaix, p. 22-23). Il en fut ainsi pour elle.
Louise Melançon