Roulons la pierre du fondamentalisme

Date : 
8 Mai, 2005 - 17:00
Type d'événement: 
Colloque

Célébration

Groupe Myriam (Louise Melançon)

 

ENTRÉE

Musique: Introït de la Messe de Requiem de Schubert

 

Nous nous présentons deux par deux à l’entrée de la salle où chacune reçoit un voile pour se couvrir ainsi qu’un cierge non allumé. Nous nous rendons à la table-tombeau (une table recouverte d’un drap blanc qui représente le tombeau de Jésus) située au fond de la salle où nous nous plaçons en demi-cercle, dans une attitude courbée...

 

AU TOMBEAU

 

Le personnage de Marie de Magdala sort alors du tombeau... et dit:  “Je suis venue, j’ai vu, j’ai cru, et je m’en vais annoncer la bonne nouvelle!” Elle se dirige alors vers un autre endroit de la salle aménagé en jardin.

 

Chacune est alors invitée à déposer sur le tombeau la pierre reçue en arrivant au Colloque comme symbole de ce qu’elle rejette dans  le fondamentalisme. Après s’être exprimée, chacune relève son voile, et  toutes disent en chœur :   « Nous rejetons ce monde ».

 

Puis, c’est la lecture des réécritures: soit du texte de Marc, 16, 1-9, soit du document de Ratzinger sur “la collaboration entre l’homme et la femme”.

 

À tour de rôle les ateliers viennent présenter  leur texte. Une  lectrice allume alors son cierge et transmet sa flamme à ses compagnes  d’atelier de sorte que peu à peu la lumière se répand

 

Nous vous présentons ici trois de ces lectures :

 

Première lecture:

Relecture de Marc 16

 

Comme les femmes de l’Évangile qui sont allées au tombeau, nous, Aïda, Carolyn, Louise, Marie, Marie-Rose, Nicole, Yveline et Yvette, nous nous posons aussi la question :

 

« Qui roulera pour nous la pierre ? »

 

Mais de quelle pierre s’agit-il ?

La pierre du fondamentalisme, bien sûr !
La pierre de l’idéalisation hypocrite de LA femme.
La pierre de la peur maladive DES femmes.
La pierre de la misogynie.
La pierre de la méfiance.
La pierre du mépris.
La pierre de la discrimination.
La pierre de l’exclusion.
La pierre de la domination.

Nous avons attendu, nous avons attendu... Personne n’a roulé la pierre pour nous.

Ne sommes-nous pas des femmes libres ? Roulons-la cette pierre.

Mais si elle retombait sur nous ? Comment allons-nous réagir?

N’ayons pas peur ! Regroupons nos forces.

Le souvenir de Marie de Magdala nous revient alors à l’esprit. N’a-t-elle pas eu l’audace, de sa propre initiative, d’aller annoncer la Bonne Nouvelle aux autres ?

Quand on pense qu’ils ne l’ont pas crue !

 

Et les choses ne se sont guère améliorées ! Nous sommes toujours dans la même galère.

Toujours dans la même galère ? Non ! Le pape Jean XXIII, n’a-t-il pas  reconnu l’importance de notre action ? N’a-t-il pas dit : « La montée du mouvement des femmes est un signe des temps ? »

 

Et puis n’oublions pas tous les mouvements féministes qui se sont mobilisés pour faire avancer la cause des femmes et celle de la justice pour tous.

L’autre Parole n’est pas en reste !

En mémoire de Marie de Magdala, roulons la pierre.

Ne sommes-nous pas nombreuses à piaffer d’impatience devant cet immobilisme qui veut paralyser non seulement la vie des femmes, mais aussi la puissance révolutionnaire du Ressuscité ?

Ouvrons pour toutes et pour tous le chemin de l’espérance et de la liberté !

 

 

Deuxième lecture:

Nouvelle de dernière heure

 

Au cours du dernier week-end, à Loretteville au Québec, des femmes se sont réunies pour l’étude d’un texte fort ancien mais accessible que depuis fort peu de temps. Selon le communiqué émis à la fin du colloque, ce document, intitulé L’Évangile de Marie, présente une tradition féminine non connue et permet de revoir le texte de l’évangéliste Marc.

 

On se souviendra que Marc met en évidence le rôle des femmes disciples après la mort du dénommé Jésus. Il rappelle que trois femmes achetèrent des huiles parfumées pour embaumer le corps de Jésus. Ces femmes étaient habitées par la peur et la crainte. Peur de se montrer publiquement comme disciples de ce Jésus qu’on venait de crucifier et crainte de ne pouvoir rouler la pierre devant le tombeau. Lorsqu’elles virent le tombeau ouvert, elles ont voulu communiquer la nouvelle aux frères disciples mais elles craignaient de ne pas être crues.

 

Aujourd’hui, disent les femmes de Loretteville, en faisant face aux obstacles de la lourde tradition patriarcale, nous sommes aux prises avec des obstacles aussi importants que les premières disciples de Jésus qui avaient à se dire de la lignée de Jésus.

 

Mais, nous ont-elles déclarées, hier comme aujourd’hui, c’est dans l’affirmation de notre solidarité et de notre sororité que nous retrouvons le souffle de vie nécessaire pour aller au delà des obstacles. C’est ensemble, qu’avec le temps, nous saurons faire rouler les pierres qui nous bloquent le chemin.

 

Nous savons que nous ne sommes pas encore reconnues mais nous voulons continuer d’annoncer tant la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité que le fait que les femmes sont des disciples à part entière et que la lente marche des femmes se continue.

 

 

Troisième lecture:

L’actualité des valeurs féministes dans la vie de l’Ecclésia

 

Pour ce qui est de l’Ecclésia, le souffle créateur individuel et collectif des femmes est plus que jamais central et fécond. Cela provient de l’identité même de l’Ecclésia, identité que cette dernière reçoit de la Dieue et qu’elle accueille dans l’amour et la sororité. C’est cette identité extrêmement concrète, profonde et essentielle, qu’il faut mettre au cœur de notre action.

 

Dans la suite du mouvement de Jésus, l’Ecclésia s’est développée comme une pluralité de communautés inspirées par la Christa, où circule la vie en abondance.

 

De là ne découle aucun devoir, mais une joyeuse impulsion de créer la justice et la paix, de célébrer un monde en changement. À cet égard, L’autre Parole, dans l’Ecclésia, peut être une figure inspirante. On pourrait la comparer à un écosystème où se développent librement les dons de l’Esprit, d’où l’énergie irradie en force et en éclats de rire.

 

Dans cette perspective de multiplicité, on comprend que le sacerdoce ministériel est accessible autant aux femmes qu’aux hommes et qu’il existe, de plus, une diversité de manières de célébrer.

 

Certaines sont d’ailleurs en train de réinventer l’Eucharistie et l’Action de Grâce.

 

Et la Dieue s’en réjouit,

Et la Dieue en jouit!!!!

 

Solange Labissière, Marie-France Dozois, Denise Couture, Léona Deschamps, Marie Marleau, Madeleine Laliberté et Christine Lemaire

 

 

Les lectures terminées, nous nous dirigeons, avec notre cierge allumé, vers le jardin où nous attend Marie de Magdala.

 

Musique: extrait de l’Oratorio de Marie-Madeleine composé par Louise Courville.

 

DANS LE JARDIN

 

Les femmes sont rassemblées autour de Marie de Magdala qui lit alors un passage de l’évangile selon Marie:

 

“...le Bienheureux les salua tous, en disant: “Paix à vous. Que ma paix s’engendre en vous. Veillez à ce que personne ne vous égare en disant: “Le voici” ou “Le voilà” car c’est à l’intérieur de vous qu’est le Fils de l’Homme. Suivez-le. Ceux qui le chercheront, le trouveront. Allez donc et proclamez l’Évangile du Royaume. N’imposez aucune règle hormis celle que je vous ai fixée et ne donnez pas de Loi à la manière du Législateur afin que jamais vous ne soyez dominés par elle.”Lorsqu’Il eut dit cela, il partit. Eux cependant étaient affligés, ils pleurèrent abondamment se disant: “Comment irons-nous vers les Gentils et comment proclamerons-nous l’Évangile du Royaume du Fils de l’Homme? Si Lui n’a pas été épargné, comment, nous le serions-nous?” Alors Marie se leva, elle les embrassa tous et dit à ses frères: “cessez de pleurer et de vous affliger et que votre coeur ne soit plus partagé car sa grâce vous accompagnera tous et vous protégera. Louons plutôt sa grandeur car Il nous a préparés, Il nous a faits Homme.” Par ces paroles, Marie convertit leur cœur au Bien et ils se mirent à argumenter sur les paroles du Sauveur.

 

(L’Évangile selon Marie, texte établi et présenté par Anne Pasquier, Les presses de l’Université Laval, Québec, Canada, 1983, pp 33-35.)

 

 

Après un moment de silence .... chacune est invitée à formuler une prière de louange, ou à exprimer des intentions de prière.

 

 

RITE DE L’ENVOI

 

L’une d’entre nous fait lecture d’un extrait de la Charte mondiale des femmes en guise d’expression de notre mission  d’annoncer et de vivre la Bonne Nouvelle:

 

Charte mondiale des femmes pour l’humanité

 

“La Marche mondiale des femmes, dont nous faisons partie,  identifie le patriarcat comme le système d’exploitation d’une immense majorité de femmes et d’hommes par une minorité. Ces systèmes se renforcent mutuellement. Ils s’enracinent et se conjuguent avec le racisme, le sexisme, la misogynie, la xénophobie, l’homophobie, le colonialisme, l’impérialisme, l’esclavagisme, le travail forcé. Ils font le lit des fondamentalismes et de l’intégrisme qui empêchent les femmes et les hommes d’être libres. Ils génèrent la pauvreté, l’exclusion, violent les droits des êtres humains, particulièrement ceux des femmes, et mettent l’humanité et la planète en péril. Nous rejetons ce monde! Nous proposons de construire un autre monde où l’exploitation,  l’oppression, l’intolérance et les exclusions n’existent plus, où l’intégrité, la diversité, les droits et libertés de toutes et de tous sont respectés. Cette Charte se fonde sur les valeurs d’égalité, de liberté, de solidarité, de justice et de paix.”

 

(Extrait de la Charte mondiale des femmes pour l’humanité, adoptée le 10 décembre 2004 à Kigali (Rwanda), lors de la 5e rencontre internationale de la Marche mondiale des femmes.)

 

 

SORTIE

 

Musique de Vivaldi,

 

Remise à chacune, en  signe de sa mission de femme disciple, de l’extrait de la Charte mondiale des femmes qui vient d’être lu.

 

 

 

 

Note: Cette célébration a eu lieu le 20 août 2005, à Loretteville, au Centre de spiritualité des Ursulines. Elle a été préparée par le groupe Myriam de Sherbrooke.

 

 

 Textes remis à chaque membre de l’assemblée : l’hymne de la Pentecôte : le Veni Creator, l’extrait du Messie de Handel, de la commémoration de la dernière cène et du Laudate Dominum de Mozart (Psaume 116).

 

Liminaire

Avant d’écrire ce liminaire, j’ai longtemps
réfléchi sur le thème de ce numéro
: le fondamentalisme.

Au printemps dernier, le monde entier,
par médias interposés, avait le regard
tourné vers le Vatican.

On assistait en direct à la longue agonie
d’un pape, puis à ses funérailles en présence
de toutes les têtes couronnées de
la planète. Puis ce fut l’élection de son
successeur et son intronisation solennelle
dans la basilique Saint-Pierre de
Rome devant une foule exceptionnelle.
Du jamais vu en Italie. Durant ce temps
d’effervescence religieuse, des commentaires
tantôt élogieux, tantôt critiques, tantôt
interrogatifs et autres allaient bon train.

Quelle image l’Église projetait-elle à
cette occasion ? Une Église triomphaliste,
pyramidale, centralisatrice et autoritaire
? Une Église cléricale, confortée
dans son pouvoir de domination et d’exclusion
? Une Église qui refuse d’entendre
ceux et celles qui osent penser autrement
? Enfin quelle image peut projeter
une Église se disant infaillible et non
sexiste mais n’admettant que des hommes
dans sa hiérarchie ?

Quelques mois plus tard, la Collective
L’autre Parole, réunie en colloque à
Québec, sous le thème Roulons la
pierre du fondamentalisme , centrait sa
réflexion sur cette face cachée de l’Église
institutionnelle. En se disant
: « Nous sommes aussi l’Église »,
le groupe des femmes féministes et chrétiennes
que nous formons entendait diagnostiquer
le cancer pernicieux qui
ronge sournoisement cette institution
depuis des siècles.

Qu’est-ce donc que le fondamentalisme
? À quoi réfère-t-il ? Pourquoi est-il
important de le débusquer ?

En écrivant cet article, je me suis rappelé,
quel choc j’avais ressenti en apprenant
que la foi chrétienne ne vient pas
directement de Dieu mais passe par bien
des intermédiaires avant de nous atteindre.
Cette prise de conscience m’a amenée
à douter pour la première fois de
l’authenticité de ma foi et à la questionner.
Existerait-il une différence entre foi
et croyance ?

Pour moi, foi et croyance ne sont pas
des concepts équivalents. La foi est de
source divine et s’inscrit au plus profond
de tout être humain. La croyance vient
de l’entourage. C’est l’adhésion affective
ou sentimentale à une idée, une opinion,
un système de pensée, une doctrine
travestie en vérité. La foi est unique, les
croyances sont multiples. Le fondamentalisme
reposerait sur la confusion de ces
deux plans. Par exemple, s’appuyer sur
la volonté divine (plan éternel) pour affirmer
que le sacerdoce ne peut être réservé
qu’aux hommes (plan temporel),
c’est du fondamentalisme. Donner une
forme statutaire à une disposition temporelle
sans admettre aucune discussion,
aucun débat, ce ne peut être qu’une
croyance travestie en vérité et non un
article de foi. En prétendant dire la vérité
on l’emprisonne.

La foi n’est pas une croyance passive
mais un processus actif extrêmement
puissant. Qu’y a-t-il de commun entre la
Vie, cette énergie universelle fondamentale
sans cesse en mouvement qui
traverse toute la création en respectant
la nature de chaque être, et le fixisme
rigide du fondamentalisme religieux désincarné,
autoritaire, qui brime les consciences
et infantilise ses adeptes. Le
mystère échappe à toute formule... Cette
prise de conscience m’a fourni une clé de
discernement pour mieux assumer ma responsabilité
dans la croissance de ma foi.

Plus tard, quand j’ai connu l’existence
de l’évangile de Marie, ce fut un autre
choc. Ce manuscrit, antérieur aux Évangiles
canoniques, présente Marie-
Madeleine comme disciple, témoin et
apôtre au même titre que les autres apôtres.
Jésus n’a donc pas été entouré que
de disciples mâles. Cette mémoire occultée
par l’ordre patriarcal ne peut être
que du fondamentalisme.

Je me sens inconfortable dans cette institution
pyramidale dont le sommet est
si haut qu’il ne voit plus ce qui se passe
en bas, sur le terrain. Je préfère une
Église pauvre et miséricordieuse à une
Église sûre d’elle-même mais qui
étouffe les consciences au lieu de les
éveiller. Ce qui nourrit mon espoir, malgré
tout, c’est l’existence de réseaux de
résistance qui refusent de perpétuer une
culture centralisatrice et cela partout
dans le monde C’est aussi ma foi dans
la vie de l’Esprit où il n’y a rien de figé
une fois pour toute. L’Esprit ne se laisse
pas enfermer dans une formule fusse-telle
proclamée « ex cathédra ». L’essentiel
ne peut se réduire à une question de
pouvoir et d’autorité. S’il est nécessaire
qu’une Église visible et extérieure se
mette en place pour organiser la vie des
communautés, il est indispensable de
garder vivante l’Église invisible, intériorisée
pour assurer l’authenticité et la
pérennité de la révélation dans ce
qu’elle a de plus profond.

Je crois que le premier critère d’authenticité
de notre foi serait de nous rendre
attentifs à la Vie. Les femmes ayant une
approche naturelle de la vie « vécue »
leur inclusion dans la direction de l’Église
rendrait cette dernière plus
conforme à l’Évangile.

J’ose espérer que ces quelques réflexions
à propos du fondamentalisme vous mettront
en piste pour aborder les textes substantiels
que des théologiennes et des chercheuses
chevronnées ont bien voulu élaborer
pour nous les transmettre.

Vous trouverez dans ce numéro à la
suite du déroulement du colloque :

Un mémorial à trois voix pour souligner
le décès de Rita Hazel, l’une de nos
membres.

Une nouveauté : Un billet à votre
adresse.

Un saviez-vous que….différent.

Bonne lecture,

Yvette Laprise
Comité de rédaction