L'autre Parole, BRÈVES, janvier 2012

Saviez-vous qu’avec son mihrab tout en rondeur et en dorure et son dôme rose Kennedy, la mosquée Sakarin, située dans un des quartiers asiatiques d’Istanbul, est le premier lieu de culte musulman conçu par une femme. En effet, Zeynep Fadillioglu, qui voulait que ce nouveau lieu de recueillement reflète le XXIe siècle, est la conceptrice de cette mosquée en Turquie. Avant la mise en chantier du projet, Mme Fadillioglu a consulté des théologiens et elle a présenté le projet au mufti qui allait y conduire la prière. Ils lui ont dit que tant que le mihrab était au bon endroit et que les prières inscrites au mur étaient fidèles au texte, ils étaient satisfaits. Dans un pays polarisé entre la laïcité et la pratique religieuse conservatrice, la construction d’une mosquée par une designer moderne n’est pas une action sans intérêt. D’ailleurs, elle a suscité la critique de la faction laïque qui accusait Mme Fadillioglu de pactiser avec l’ennemi. Cette femme qui refuse d’être étiquetée trouve que « les extrémistes de la laïcité sont aussi terribles que les extrémistes islamistes. Tous les deux veulent imposer leur manière de vivre aux autres ». Depuis l’ouverture de la mosquée Sakarin en 2009, on a offert trois nouveaux projets de mosquée à Mme Fadillioglu dont deux au Qatar et un aux Émirats arabes unis. Pour voir le travail de cette designer : www.zfdesign.com/eng/index.html La Presse, Montréal, samedi 27 août 2011

 

Saviez-vous que l’autobus new-yorkais de la ligne B110 qui relie deux quartiers de Brooklyn est sexiste. Suite à l’invitation de Sasha Chavkin, journaliste au New York World, Melissa Franchy est montée à bord dudit autobus qui dessert les Juifs hassidiques qui vivent dans les quartiers de Williamsburg et de Boro Park. Elle s’est assise à l’avant et après un certain temps des juifs orthodoxes lui ont dit de se lever et d’aller rejoindre les femmes à l’arrière de l’autobus. On lui a précisé que c’était un « bus juif » et un des hommes a ajouté : « Quand Dieu établit une règle, on ne la remet pas en question. » L’évènement a eu lieu le 12 octobre 2011. Une semaine plus tard, les journaux new-yorkais dénonçaient cette situation qui selon le maire, Michael Bloomberg, n’est pas permise. Pourtant, elle existe depuis 1973 suite à un contrat de franchise entre la ville de New York et une société privée pour l’exploitation de cette ligne d’autobus. La Presse, Montréal, lundi 24 octobre 2011.

 

Saviez-vous qu’il est possible d’acheter un hymen artificiel sur Internet? À partir de 29,95$, cette virginité factice est accessible aux femmes qui ne peuvent pas s’offrir une reconstruction chirurgicale de l’hymen avant leur mariage. Interdites dans de nombreux pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, ces importations sont prisées par de nombreuses femmes du Royaume-Uni et d’Amérique du Nord. Au Canada, les jeunes femmes issues de familles musulmanes souhaitent désespérément paraître vierges lorsqu’elles iront se marier dans leur pays d’origine. Il y a des coutumes qui sont impossibles à transgresser. Mike Munro de la boutique en ligne Hymenshop.com affirme vendre quelques milliers d’hymens chaque mois. Cette fausse membrane se présente comme un film qu’il faut insérer 20 minutes avant le rapport sexuel pour que l’imitation de l’hymen déchiré soit parfaite et ainsi montrer le sang tant attendu. Le Journal de Montréal, samedi 9 juillet 2011

 

Saviez-vous comment une étudiante en communication au Caire a choisi d’exprimer sa liberté dans une société conservatrice religieuse où la plupart des femmes portent le voile? La jeune femme de 20 ans qui se définit comme laïque, libérale, féministe, végétarienne, individualiste et Égyptienne a mis en ligne sur son blogue une photo artistique où on la voit nue. La nudité médiatisée d’Aliaa Elmahdy n’a pas seulement provoqué l’ire des islamistes, elle a été réprouvée par des révolutionnaires de la place Tahrir qui craignent que le geste de la jeune femme les discrédite auprès des ultras conservateurs. Cependant, pour la chroniqueuse américano-égyptienne Mona Eltahawy le geste d’Aliaa Elmahdy est brillant, car lorsqu’« une femme est la somme totale de son voile et de son hymen […] la nudité devient une arme de résistance politique. » La Presse, Montréal, samedi 26 novembre 2011

 

Saviez-vous que le Pérou a décidé d’ajouter au code pénal un nouveau crime? Le « féminicide », pour le meurtre d’une conjointe ou ex-conjointe, qui sera passible d’une peine minimum de quinze ans de prison. La qualification de « féminicide » présentera une circonstance aggravante d’un homicide simple. Le Pérou rejoindra ainsi le Chili, le Costa Rica, la Colombie, le Salvador, le Guatemala et le Mexique. Saviez-vous qu’un projet de loi a été présenté à l’Assemblée législative de Mexico le 27 septembre 2011. La gauche majoritaire a proposé de modifier le Code civil du district fédéral de Mexico qui consiste à fixer une date de péremption (renouvelable) de deux ans au contrat de mariage afin de circonscrire le nombre de divorces. En effet, sur les 33 000 mariages célébrés dans les deux dernières années, 16 000 couples seraient en instance de divorce. Ce projet de loi, de manière évidente, ne fait pas l’unanimité. La droite religieuse catholique accuse la gauche de vouloir saboter l’institution du mariage. Tandis que d’autres comme le psychologue et thérapeute Arturo Hernandez Vera, qui considère cette mesure positive, signale que les jeunes Mexicains se marient rapidement et prennent cet engagement trop à la légère. Pour lui, un délai de deux ans les inciterait à réfléchir. De son côté, la psychothérapeute Gabriela Bonilla, également en faveur de ce possible décret, signale que: « Cette mesure est un miroir de la société actuelle, où rien n’est plus permanent ». La Presse, Montréal, samedi 8 octobre 2011

 

Saviez-vous que le prix Clio 2011 a été remporté par l’historienne Andrée Lévesque pour son ouvrage sur la libre-penseuse Éva Circé-Côté, publié aux Éditions du remue-ménage. Les prix Clio sont remis par la Société historique du Canada pour des livres qui portent sur l’histoire régionale. Dans son ouvrage, Madame Lévesque fait la jonction entre l’histoire des femmes et celle des milieux montréalais « d’avant-garde ». C’est une biographie qui a l’immense mérite, en plus de faire connaître une femme au rare parcours, de mettre en lumière la trame sociale et culturelle d’une époque. LÉVESQUE, Andrée. Chroniques d’Eva Circé-Côté. Lumière sur la société québécoise, 1900-1942, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2011, 312 p.

 

Saviez-vous que les jeunes hommes consacrent de plus en plus de temps aux travaux domestiques (ménage, lavage, courses, préparation des repas, soins aux enfants, aux animaux, aux plantes, etc.). Voilà, la conclusion d’une étude publiée dans Tendances sociales canadiennes, une revue spécialisée de Statistique Canada. Le document se penche sur trois générations : les baby-boomers (nés entre 1957 et 1966), la génération X (naissances de 1969 à 1978) et la génération Y (naissance entre 1981 à 1990). Pour chacune des générations, on a retenu la tranche d’âge de 20 à 29 ans. Les boomers consacraient 44 minutes par jours aux travaux domestiques. Les jeunes hommes de la génération X, le chiffre correspond à 53 minutes et, finalement, pour ceux de la génération Y, le chiffre passe à une heure et une minute de travail consacré aux tâches domestiques. En somme, entre les boomers et les Y, la participation aux travaux domestiques des hommes a augmenté de 39 %. La Presse, Montréal, mardi 19 juillet 2011

 

RESPONSABLES et RÉDACTION DES BRÈVES: Louise Melançon et Marie-Josée Riendeau

 

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Compte rendu du colloque Femmes et religions abrahamiques au Québec

8 au 10 septembre 2011

Carmen Chouinard*

Pour faire suite aux événements d’Hérouxville et de la Commission Bouchard-Taylor, l’imam du Centre Islamique Libanais, Sayed Nabil Abbas et les membres du comité exécutif du Centre ont décidé d’organiser un colloque afin de traiter de la place de la femme au sein de la religion musulmane. Ce colloque voulait contrer le battage médiatique autour de la femme musulmane et de son infériorité, attribuable au Coran. Étant porte-parole du Centre Islamique Libanais, assistante de recherche à la Chaire de recherche du Canada : Islam, Pluralisme et Globalisation et doctorante à la Faculté de théologie et de sciences des religions à l’Université de Montréal, je me suis vu confier l’organisation de ce colloque. Étant donné que ma thèse de doctorat porte sur le féminisme religieux des religions abrahamiques, j’ai pensé que dans un contexte québécois, il serait intéressant de donner la parole aux femmes des religions abrahamiques majoritaires au Québec, soit le catholicisme, le judaïsme et l’islam. Il me semblait pertinent d’inviter aussi une spécialiste des spiritualités amérindiennes. Les enjeux du colloque étaient de favoriser une réflexion sur la place des femmes qui veulent vivre pleinement leur foi tant au sein de leur communauté de foi que de la société québécoise. Ces journées de réflexion visaient une meilleure compréhension du vécu religieux de certaines femmes croyantes au Québec.

Lors de la soirée d’ouverture, le 8 septembre, la très controversée Amina Wadud1 prononça une conférence intitulée Qur’an, Gender and Human Equality . Elle reprenait dans son propos la thèse de ses deux livres2 voulant que le Coran favorise la pleine égalité entre les femmes et les hommes, tout en tenant compte de l’aspect complémentaire de leur nature.

La journée du 9 septembre avait pour thème Comment vivre pleinement sa foi dans une société qui subodore le fait religieux? La journée débutait par une conférence de Denise Couture3 - qui travaille activement au dialogue interreligieux et sa présentation donnait une assise à toutes les présentations qui ont suivi. Elle conçoit le dialogue interreligieux féministe comme une occasion de donner la parole aux femmes, qu’elles soient blanches, noires, brunes, qu’elles soient chrétiennes, juives, musulmanes, autochtones, bouddhistes, etc., dans le but de créer une société de justice. Sa présentation fut suivie par celle de Dolorès Contré-Migwans. Cette artiste multidisciplinaire et chargée de cours à l’Université de Montréal nous a donné une présentation sur La place des femmes amérindiennes dans les sociétés traditionnelles et contemporaines . Elle mit en évidence l’impact de la colonisation tant française qu’anglaise sur les femmes amérindiennes tant dans leur quotidien que dans leurs pratiques spirituelles. Patrice Brodeur, professeur à l’Université de Montréal et détenteur de la Chaire de recherche du Canada : Islam, Pluralisme et Globalisation, a fait une présentation ayant pour thème De l’antisémitisme à l’islamophobie : ‘La’ femme juive, ‘la’ femme musulmane. Le colloque se termina par le témoignage de femmes de quatre religions : Dr Sharon Gubbay Helfer (juive reconstructionniste), Pr Denise Couture (catholique), Me Samia Amor (musulmane sunnite) et madame Dolorès Contré-Migwans (spiritualité amérindienne). Ce fut un grand moment, car nous avons pu constater dans la pratique ce dont parlait madame Couture le matin même au sujet du dialogue interreligieux féministe.

La journée du 10 septembre consistait en des tables rondes dont le thème majeur était Les défis religieux que les femmes croyantes ont à relever au Québec. La première table ronde intitulée La Tanach, la Bible, le Coran lus et interprétés par les femmes : la situation au Québec. Sharon Gubbay Helfer4, Denise Couture et moi-même avons abordé les lectures herméneutiques possibles de nos livres saints, les interprétations féminines ou féministes qu’il était possible d’en proposer et ce qui était fait au Québec. Madame Helfer nous présenta Norma Baumel Joseph, juive orthodoxe qui vit une implication religieuse importante au sein de sa communauté ainsi que Sonia Sarah Lipsyc qui a écrit sur l’herméneutique féministe et qui œuvre au Québec pour l’avancement de la connaissance d’une pratique plus égalitaire pour les femmes. Madame Couture nous parla de ce qui se réalise au sein de L’autre Parole, et j’ai pour ma part analysé un verset coranique pour prouver que l’on avait déjà plusieurs versions masculines de ce verset, mais qu’il était possible d’en avoir une ou plusieurs permettant une analyse égalitaire et respectueuse envers les femmes. L’après-midi, la première table ronde portait sur Un même Dieu, trois lieux de culte et les femmes en ces lieux. Les conférencières ont tracé les grandes lignes de ce qui se passe dans les différents lieux du culte au Québec. Pour les femmes juives, la situation est très différente, que l’on fasse partie d’une communauté orthodoxe ou reconstructionniste; pour les catholiques, la situation est très semblable un peu partout au Québec. Cependant, madame Couture nous a fait part des rituels organisés par L’autre Parole. Madame Laouni5 s’est rendue dans différents lieux du culte musulman tant sunnite que chiite pour constater le progrès à réaliser afin que les femmes se sentent vraiment partenaires égalitaires dans la grande majorité des lieux, elle constatait que le Centre Islamique Libanais où se tenait le colloque faisait partie des lieux du culte parmi les plus progressistes. La dernière table ronde avait pour thème : Les filles d’Abraham, leur foi, leur sexualité, le mariage, le divorce, le mariage mixte, l’homosexualité : la situation au Québec. Madame Helfer témoigna de son désir que ses fils épousent des filles juives, non pas dans le but de perpétuer une religion, mais dans celui de pouvoir continuer de partager sa foi, ses croyances, ses traditions avec ses enfants et leurs épouses. Madame Couture a critiqué la vision patriarcale et religieuse de la sexualité : comment, selon cette approche, la femme n’occupe pas d’espace au niveau de sa sexualité, car l’Église n’a pris en compte que la conception masculine du sexe. Me Amor nous a décrit ce que les jeunes musulman-e-s vivent quant à leur sexualité dans un contexte québécois. Elle a employé le terme schizophrénie pour les jeunes qui veulent vivre leur foi tout en étant confrontés aux valeurs de la société québécoise.

Était-ce la rentrée scolaire, une insuffisance quant à la publicité de l’activité ou le manque d’intérêt de la population en général, l’affluence à ce colloque ne fut pas très grande. Une centaine de personnes se sont présentées à la soirée d’ouverture et la participation lors des deux autres journées fut environ d’une trentaine de personnes par jour. Tous les médias avaient été avisés et aucun ne s’est déplacé à part un journal arabe Al-Noor publié à Montréal. Après chaque présentation, les questions étaient nombreuses et les participantes ont manifesté beaucoup de satisfaction. Personnellement, j’ai beaucoup appris durant ces trois journées au contact de ces femmes, tant par leur présentation que par leur témoignage. Je suis de plus en plus convaincue que malgré le peu d’affluence, de tels événements ont leur place au Québec et que le dialogue interreligieux féministe ouvre une piste pour une société plus juste.

* Porte-parole du Centre Islamique Libanais et doctorante à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal.

1. Amina Wadud est une herméneute coranique, elle a provoqué une grande controverse en dirigeant la prière mixte à Johannesburg et New York en tant qu’imam.

2. WADUD, Amina. Qur’an and Woman, Rereading the Sacred Text from a Woman’s Perspective, New-York, Oxford University Press, 1999, 144 p. WADUD, Amina. Inside The Gender Jihad, Women’s Reform In Islam, Oxford, England, Oneworld Publications, 2006, 325 p.

3. Madame Couture est professeure titulaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions à l’Université de Montréal, coordonnatrice du Centre de théologie et d’éthique contextuelles québécoises et membre de la collective féministe et chrétienne L’autre Parole.

4. Madame Sharon Gubbay Helfer est postdoctorante au Centre d’histoire orale de l’Université Concordia et chargé de cours à l’Université de Montréal.

5. Madame Laouni est Docteure en économie internationale (Paris-1 Sorbonne) et elle a une grande expérience communautaire au sein d’un grand nombre d’organismes tels que Halte-femmes, Éconord, Fédération des femmes du Québec (FFQ) et le C.O.R. ((Communication, Ouverture et Rapprochement interculturel).

6. Madame Samia Amor, est avocate, doctorante et chargée de cours à l’Université de Montréal. Elle est associée à la Chaire de recherche du Canada : Islam, Pluralisme et Globalisation. Elle se spécialise en médiation familiale.