PROSPECTIVE… ET RÊVES

Prospective, rêves, et même on pourrait ajouter : utopies… Ces mots nous portent vers l’avenir, on ne peut avancer comme collective, sans se donner des lignes vers lesquelles tendre, sans dire nos rêves sur lesquels fonder nos actions, sans mettre en marche un projet d’avenir qui détermine déjà les engagements d’aujourd’hui.

La quarantaine est un moment crucial de maturation, c’est aussi un temps d’introspection, un passage au désert avant d’arriver à un moment de transformation.

Tant lors de l’ouverture du colloque avec la pièce Un monarque, des seigneurs et les roturières, que lors de la présentation de la marche de L’autre Parole en cinq temps, nous avons contemplé le chemin parcouru. Nous avons également ouvert un nouveau chantier, la lecture féministe et postcoloniale d’un livre de la Bible, L’Exode, et un projet de réécriture des principaux moments de ce livre.

De la naissance de L’autre Parole en 1976 à aujourd’hui, la collective a vécu des moments plus forts : un bulletin devenu une revue, des colloques annuels, des colloques avec des alliées pour fêter entre autres les 20, 35, 40 ans de la collective, des prises de position sur l’avortement, l’ordination des femmes, un corpus de réécritures, des liens avec des féministes d’autres religions… Il y a toujours eu des temps où ensemble nous avons mis en marche des projets, où l’on travaille à la réalisation de nos rêves, de nos utopies de féministes.

Parmi les femmes présentes au colloque – alliées et membres de la collective, des rêves ont été partagés.

· Que les jeunes femmes aient accès à L’autre Parole, car cela donne des ailes et nous sort de nos préjugés.

· Que le rêve d’une société civile et religieuse plus égalitaire, plus solidaire, plus juste et plus démocratique se réalise dans la rencontre, dans les alliances et dans la solidarité avec des organismes engagés, qu’ils soient communautaires, syndicaux ou féministes.

· Que des alliances des féministes de tous les horizons puissent se matérialiser. Il faut cesser de travailler en silo dans les syndicats, ou comme féministes chrétiennes entre autres.

· Que des alliances internationales se fassent pour faire connaître ce qui se fait d’un côté comme de l’autre.

· Que plus de solidarités masculines se profilent à l’horizon.

· Faudrait-il un comité de suivi du colloque, un comité qui porterait entre autres la question de la relève ?

· Il importe de continuer de s’engager dans des projets qui nous donnent du souffle. La revue est un outil important. Elle peut être ce souffle qui nous porte vers demain.

· Que plus de diversité se retrouve dans les groupes avec les défis que cela entraîne.

· Des groupes naissent, d’autres meurent, plusieurs groupes ont des difficultés de recrutement, des problèmes pour assurer leur pérennité, mais l’important est d’être là où l’on est tout en faisant connaître ce que l’on fait. Le cheminement de la collective peut aider d’autres personnes.

· Quelques femmes ont exprimé le rêve de voir revenir la revue sous un format papier au lieu d’une revue virtuelle.

· Que les unes et les autres offrent la revue à leur entourage, à leurs ami.e.s.

· Que les réécritures, cet outil spécifique à L’autre Parole, poursuivent leur route.

· Que l’éveil à la spiritualité, une spiritualité féministe se poursuive.

· Que le sentiment de solidarité des alliées de L’autre Parole se continue, que des liens se tissent encore plus, peut-être jusqu’à créer une table de concertation de plusieurs groupes féministes et chrétiens, comme l’avait été l’Intergroupe.

En résumé, soyons ce que nous sommes, soyons présentes dans l’instant présent sans toujours imaginer qu’il manque quelque chose. D’autres groupes, tels les communautés religieuses de femmes, parce que la relève n’est pas là, ont accepté de disparaitre sur un horizon prévisible, mais entre-temps, elles vivent pleinement le moment, leur mission. Il y a là un exemple. Quant à nous, femmes de L’autre Parole, nous pourrions recruter des femmes actives autour de la cinquantaine qui veulent vivre une spiritualité féministe et chrétienne. Les femmes ressentent une soif de spiritualité au mitan de la vie. D’ailleurs, ces dernières années, les nouvelles membres de la collective étaient de cette génération. Voilà une piste pour l’avenir.