Tasse-toi, mon oncle ! Trente ans plus tard, cette controversée publicité de Volkswagen fait encore jase
r. En 2022, l’autrice de ces lignes, à l’aube de ses 58 ans, s’était vidé le cœur sur l’âgisme grâce à une lettre ouverte publiée dans Le Devoir. Le titre ? « Les p’tites madames, nouvelles sorcières ? » Contrairement aux p’tits messieurs, se pouvait-il que les dames d’un certain âge, hum, soient plus souvent la cible de railleries ? S’agissait-il d’une illusion d’optique causée par mes cataractes naissantes ? Mes humbles investigations pour écrire cette chronique ont dissipé le brouillard…L’âgisme est bel et bien genré !
L’humanoïde faisant partie du règne animal, allons-y zoologiquement pour évoquer les stéréotypes collant au cul de l’âgisme. À la vitesse d’une tortue quand il s’agit d’apprendre quelque chose de nouveau, cervelle de moineau en permanence ou presque, poule pas de tête face aux défis technologiques. Et la sexualité ? Les veaux en braillent de dégoût ! Les matrones ont la chatte sèche et les vieux boucs sont incapables de bander sans la dispendieuse gélule bleu ciel en forme de losange.
Selon un rapport d’Amnesty International Belgique paru en septembre 2021, « les femmes sont également plus sujettes à l’humiliation, à la dévalorisation ou à l’infantilisation que les hommes dès lors qu’elles ont plus de 55 ans ». Et les humoristes, tous sexes confondus, l’ont compris ! Chut ! Entendez-vous les rires des hyènes ?
En un clignement de cil, un mammifère réussit généralement à deviner l’âge de son semblable. Comment ? Pardi ! En scrutant son apparence physique ! Mais que se passe-t-il entre les deux oreilles de la bête quand elle perçoit les pattes d’oie, ou encore les mèches argentées, comme charmantes chez le mâle, mais moches chez la femelle ? Guylaine Tremblay se posait la même question lors d’une entrevue sur les ondes d’ICI PREMIÈRE en décembre 2024 : « Qui a dit que la couleur grise des cheveux anoblit les hommes, mais devient une véritable catastrophe pour les femmes ? » C’est que, comme beaucoup de vedettes féminines, la comédienne chouchou a créé un séisme médiatique en cessant la coloration de sa tignasse.
Et côté cœur ? Une jeune gazelle dans les bras d’un vieux lion toujours fertile, avouez que cela dérange pas mal moins qu’un fougueux étalon caressé par une cougar désormais inféconde…
A-t-on affaire à un phénomène nouveau ? Non, dès 1972, l’essayiste étatsunienne Susan Sontag signait « The Double Standard of Aging ».
La démystification de la ménopause accentue-t-elle la problématique ?
Depuis quelques années, on constate que la ménopause entrouvre la porte du placard dans lequel elle a longtemps été confinée. Au Québec, Loto-Méno, le documentaire de Véronique Cloutier sorti en 2022, a contribué au dépoussiérage de ce qu’on appelait auparavant « le retour d’âge ». Suite à cette série de quatre épisodes, l’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, avait même promis à la vedette de la télé que deux types d’hormones bio-identiques, offertes aux femmes hypothéquées par la ménopause, seraient dorénavant couvertes par la Régie de l’assurance maladie du Québec.
Même si on parle davantage de la périménopause et de la ménopause dans la sphère publique, d’après une recherche commandée par la Fondation Pharmaprix, dont les résultats ont été divulgués à l’automne dernier, « 79 % des femmes se sentent mal préparées » à affronter cette étape importante de leur existence. Mais la sensibilisation aux affres physiques et psychologiques de la ménopause peut-elle avoir un effet pervers ? Par exemple, accentuer l’âgisme dont sont victimes les femmes ? Bouffées de chaleur, irritabilité, pertes de mémoire et tutti quanti exhibées sur la place publique, cela ne multiplie-t-il pas les risques qu’on nous cloue au pilori ?
Même des conséquences économiques !
« Où sont les femmes de 50 ans et plus ? » se demandait-on en mai 2024 dans la revue portant le prénom de la célébrissime animatrice précédemment mentionnée. Concernant le milieu du travail, on y avançait que les femmes devaient prouver qu’elles n’ont pas perdu « la recette de la potion magique de la productivité ». N’est-ce pas vrai, mesdames, qu’on mérite mieux qu’un statut de « relique vivante » ou encore de « guide spirituelle pour les jeunes padawans de bureau » ?
Cette discrimination est même susceptible d’inciter « les travailleuses plus âgées à changer d’emploi ou à prendre une retraite hâtive », selon la professeure à l’Université d’Ottawa, Martine Lagacé, citée dans La Presse en novembre 2025. Cela implique donc des conséquences économiques sur la vieillesse des femmes, lesquelles vivent souvent, ou survivent, avec des budgets moindres que celui des hommes. Le sempiternel écart salarial entre les femmes et les hommes ou encore les gagne-pains mal rémunérés qui sont davantage notre apanage, légendes urbaines que tout ça ?
Dans la Bible, les femmes âgées étaient principalement perçues comme des archétypes de sagesse, de dévotion et d’influence. En 2026, force est d’admettre que nous sommes à des années-lumière de ces modèles. Une bonne chrétienne ne doit-elle pas s’astreindre à l’occasion à ce qu’on appelle un examen de conscience ? Genre, moi, ai-je déjà commis le péché d’âgisme ? Et celui de jeunisme ? Il y a aussi cet autre terme qui se termine en « isme », euh, maudit, je l’ai sur le bout de la langue. Ça y est ! Je l’ai trouvé. Autoâgisme !