DE LA LUXURE À LA LUXURIANTE JUNGLE

DE LA LUXURE À LA LUXURIANTE JUNGLE

Fanny Garber, Bonne Nouv’ailes

 

Le groupe Bonne Nouv’ailes de L’autre Parole a exploré le sujet de la luxure à travers des « brassages d’idées », et l’article qui suit est une remise en ordre de nos cogitations. Nous avons donc exploré la signification de la luxure et, bien entendu, nous avons commencé par la tradition catholique et particulièrement aquinoise.

 

La luxure est un désir désordonné du plaisir vénérien et se heurte à la tempérance qui est un rapport juste du désir du plaisir. Elle enfreint donc l’ordre, l’ordre de la raison contre lequel Thomas d’Aquin cite la masturbation et la position contre-nature, comme la bestialité ; et l’ordre relationnel incluant le rapt qui lèse le père, l’adultère qui lèse le mari, ou encore le viol de la jeune fille et la prostitution.

Aujourd’hui, le Magistère romain de l’Église catholique contrôle la relation sexuelle par le biais de l’indissolubilité du mariage, c’est un sacrement, et elle contrôle la procréation, donc le corps des femmes, par l’interdiction de la contraception et de l’avortement.

Entre ces contrôles étouffant la vie des femmes et le phallocentrisme qui, en général, nie par principe la jouissance des femmes, nous suggérons de définir le péché de luxure comme tout ce qui empêche la jouissance des femmes, et plus particulièrement ici, la sexualité, même si le mot sexualité est jeune, environ 150 ans. De la luxure au luxe au caractère luxuriant, les mots conviennent bien à une telle interprétation. Pour nous convaincre, nous pouvons visiter l’histoire des mots1. « D’abandon déréglé aux plaisirs sexuels » nous découvrons vite dérivés et applications diverses qui nous amènent à l’exubérance et à la surabondance, à l’idée de « faste, somptuosité », à ces espaces « où la végétation pousse en abondance ». La vie en abondance et en surabondance, voilà bien la promesse de Dieue !

Pour nous permettre d’explorer cette richesse promise, nous nous sommes inspirées du document publié par l’Église Unie du Canada, Don, Dilemme et Promesse, Réflexions sur la sexualité humaine2.  Ainsi l’être humain exprime sa sexualité de différentes manières. L’hétérosexualité reste l’expression la mieux acceptée parce qu’elle est sans aucun doute la plus répandue et aussi parce qu’elle peut conduire à la reproduction et donc servir à la survie de l’espèce. Cependant elle est une couleur parmi d’autres, composant la palette et le tableau s’appauvrirait si nous ne considérerions pas l’homosexualité, la bisexualité ou l’autoérotisme, comme autant de façon de se découvrir par son corps et de découvrir l’autre dans un corps à corps, mais aussi dans la construction de ses propres fantasmes et la participation des fantasmes de l’autre. Que l’expérience sexuelle soit une recherche du plaisir pour le plaisir ou qu’elle soit le ciment d’un engagement plus profond ou l’espérance d’une naissance, elle est la source d’une libération d’énergie et l’ouverture des sens. À travers cette expérience sensuelle et cette expérience sensorielle, nous appréhendons un monde nouveau par nos yeux qui découvrent une lumière, notre peau  qui devient yeux, notre nez qui hume des odeurs exotiques, notre langue qui vagabonde.

Relation avec soi, relation avec autrui, relation avec le monde sont autant de participation à la Création de Dieue. Or il existe aussi une autre expérience de la sexualité qui devient de moins en moins reconnue dans notre société empreinte d’hypersexualisation : l’abstinence. En effet, choisir librement l’abstinence n’est-ce pas exprimer sa sexualité ?

Limite à la jouissance

Nous avons jusqu’ici relié la jouissance, le plaisir de la chair, à la vie surabondante que Dieue nous donne. Plus encore, l’expression de la sexualité nous met en relation avec soi, avec autrui, mais aussi avec la Création de Dieue d’une façon particulière, mais non pas unique. Le péché de luxure est bien le détournement de cette participation à la Création de Dieue.  Beaucoup d’entre nous, et avec raison, poserons la question des limites à cette jouissance, car sans elles ne tomberions-nous pas dans la banalisation de la sexualité ? De plus, la sexualité implique le dévoilement d’une profonde intimité jusqu’à la vulnérabilité et donc, à l’abus de l’autre pour son propre plaisir. Soyons conscientes que nos actes ne sont pas toujours exempts  de péché, mais la majorité des abus sexuels sont commis contre des femmes. Pour appuyer notre définition du péché, nous vous proposons l’extrait de conseils donnés aux jeunes filles dans les écoles catholiques dans les années 50 que Lise Payette nous partage dans le Devoir, à l’occasion du 8 mars 2011 :

« (…) EN CE QUI CONCERNE LES RELATIONS INTIMES. Il est important de vous souvenir de vos vœux de mariage, et en particulier de votre obligation de lui obéir. S’il estime qu’il veut dormir rapidement qu’il en soit ainsi. Soyez guidée par les désirs de votre mari et ne faites aucune pression sur lui.

SI VOTRE MARI SUGGÈRE L’ACCOUPLEMENT. Acceptez avec humilité tout en gardant à l’esprit que le plaisir d’un homme est plus important que celui d’une femme. Lorsqu’il atteint l’orgasme, un petit gémissement de votre part l’encouragera.

SI VOTRE MARI SUGGÈRE UNE QUELCONQUE DES PRATIQUES MOINS COURANTES. Montrez-vous obéissante et résignée. Indiquer éventuellement votre manque d’enthousiasme par le silence. »

 

1. Alain Rey,dir., Dictionnaire historique de la langue française, Tome 2, Le Petit Robert, Paris, réimpression mise à jour 2006, p.2072.

2. Don, Dilemme et Promesse, Réflexions sur la sexualité humaine, Édition 1999, COPERMIF, traduction de Gift, Dilemma and Promise. Ce document est la synthèse des consultations sur la sexualité, le mariage et la famille à partir des documents  À l’image de Dieu… homme et femme (publié en octobre 1981), Foi et Sexualité (publié en 1981) et La permanence du mariage chrétien qui représentait la déclaration de 1975 du Comité sur la foi chrétienne.