LES FEES ONT TOUJOURS SOIF

LES FEES ONT TOUJOURS SOIF

 

Paye Wakeling, pasteure

Église Unie du Canada.

 

Les femmes ont été consacrées au ministère pastoral depuis plus de cinquante ans dans l’Église Unie du Canada, mais la lutte pour l’égalité, l’acceptation à part entière, le respect et l’ouverture aux dons des femmes continue. La première demande d’ordination vint en 1928, trois années seulement après la constitution de l’Église Unie résultant de l’union de trois dénominations protestantes importantes. Lydia Gruchy qui, à l’obtention de son diplôme en théologie, s’était classée en tête de sa promotion, devait affronter une église (ainsi qu’une société) qui n’avait jamais réglé ses craintes face à la nature fondamentale de la femme. L’influence historique de Thomas d’Aquin et d’Augustin confortait une théologie conservatrice qui tenait les femmes pour inférieures dans l’ordre de la création et qui les valorisait avant tout pour leur fonction reproductive. Après huit ans de débats, sa consécration était comprise par beaucoup comme étant une exception tolérable plutôt que comme un exemple à suivre. En 1948 on ne trouvait que quinze femmes ordonnées dans notre église et celles-ci avaient de grandes difficultés à trouver un poste pastoral.

 

L’ordination des femmes doit être considérée dans le contexte global du rôle des femmes dans notre église à cette époque. Le recul historique nous a permis de comprendre après cette période initiale, la portée et la signification de la restructuration, par la hiérarchie de l’église, de la puissante et indépendante organisation des femmes, ainsi que l’impact négatif des femmes ordonnées contraintes de « jouer » un rôle pastoral masculin. Aussi tard qu’en 1964, l’église adoptait des résolutions contre l’ordination des femmes mariées et pour la « suspension de fonction » des femmes enceintes ou ayant de jeunes enfants.

 

Jusque dans les années 70, la plupart des femmes choisissaient de servir professionnellement l’église dans le ministère diaconal. Dans les séminaires de théologie, les femmes constataient que leur formation au ministère était essentiellement définie au masculin, en conformité avec les compréhensions traditionnelles des rôles et stéréotypes masculins et féminins. L’augmentation du nombre des femmes au ministère pastoral a forcé le système ecclésiastique à respecter de plus en plus l’identité et les dons particuliers des femmes, ainsi que le renouvellement de la compréhension et de la pratique du ministère qu’elles offraient. Bien qu’aujourd’hui encore, il n’y ait que 7 % de femmes dans le corps pastoral, dans les écoles de théologie la moitié des étudiant-e-s en ministère sont des femmes.

 

Avec les femmes laïques de notre église, nous avons pu faire adopter des politiques ecclésiales qui proscrivent la discrimination sur la base du sexe, soutiennent les actions positives afin de corriger la disproportion hommes/femmes dans les postes de pouvoir et de décision, et qui éliminent le langage exclusif dans la liturgie, les chants et les documents ecclésiastiques. Cependant, il y a souvent un abîme entre les principes et la pratique ! Comme femmes pasteures, nous n’entrons pas dans le moule patriarcal, et cela nous a donné la chance de mettre en question le rôle hiérarchique et traditionnel du pouvoir dans l’église et dans le ministère pastoral. En même temps, nous nous découvrons encore plus « acceptables » dans les fonctions caritatives et nourricières du ministère pastoral que dans les fonctions prophétiques et critiques. Une préoccupation majeure est de maintenir notre solidarité entre femmes et d’éviter une division entre laïques et ordonnées. Comme femmes pasteures, nous nous interrogeons sans cesse pour savoir si nous participons à la libération (empowerment) de nos soeurs.

 

Pasteures et laïques, femmes dans l’église, la lutte continue ….