Marie Guyart de l’incarnation

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Le grand homme de la Nouvelle-France est une femme  » titre le journaliste du Soleil, Louis-Guy Lemieux, dans sa première chronique historique. Et cette femme, c’est Marie Guyart appelée Marie de l’Incarnation, la fondatrice des Ursulines de la Nouvelle-France.

 

Arrivée à Québec en 1639, c’est à travers les plus grandes difficultés qu’elle fonde et dirige son monastère. Les rigueurs du climat, l’indigence, la menace constante des Iroquois et l’incendie du monastère en 1650, rien n’arrête le projet de cette femme forte, cette mystique inspirée, cette Christa qui vient sur une nouvelle terre « construire une maison à Jésus et à Marie  ».

 

Ce qui surprend le plus chez Marie de l’Incarnation, c’est sa polyvalence : éducatrice, elle enseigne aux petites indiennes qu’elle appelle affectueusement « les délices de nos coeurs » ; femme d’affaires remarquable et même chef de chantier peu ordinaire, elle monte sur les échafaudages lors de la construction et de la reconstruction de son monastère et chante pour encourager ses ouvriers. Que dire maintenant de l’artiste aux dons multidisciplinaires qui brode, peint, sculpte et dore, qui, par sa correspondance -elle aurait écrit de 8000 à 13000 lettres durant sa vie devient la première grande femme épistolaire du Québec. Que dire enfin de la musicienne qui non seulement chante mais compose des oeuvres divinement inspirées (un aspect de sa personne qui reste encore très méconnu).

 

Voici comment elle décrit ses inspirations musicales : « Je chantais à mon divin Époux des chants que son Esprit me faisait produire  » (Un clin d’oeil vers Hildegarde de Bingen à cinq siècles de distance). Lorsque Mgr de Laval débarque à Québec, il y a déjà vingt ans que Marie de l’Incarnation est arrivée au pays, son monastère y est bien implanté, possédant ses propres constitutions et… ses propres chants. Voulant asseoir son pouvoir ecclésiastique et son autorité patriarcale, Mgr de Laval fera interdire les chants de Marie parce qu’il les juge trop ornés (comme ses broderies sans doute) et surtout trop passionnés. Voir si une telle femme pouvait ne pas être passionnée ! Le brave homme, écrit-elle, « craint que nous prenions de la vanité en chantant et que nous donnions de la complaisance au dehors », ajoutant « que cela donne de la distraction au célébrant et qu’il n’a point vu cela ailleurs ». Mais ni Mgr de Laval, ni les Iroquois, ni même la destruction matérielle de son monastère ne feront plier l’échiné de cette femme mue par une étonnante et superbe force intérieure.

 

Trois siècles plus tard, son oeuvre est toujours bien vivante au Québec, son musée est un véritable joyau du patrimoine et la plus haute tour de la capitale, celle qui renferme le Ministère de l’Éducation, porte le nom magnifique de… Marie Guyart.