Pierrette Daviau, groupe Deborah de L’autre Parole
Janette Bertrand, Cent ans d’amour. Réflexions sur la vieillesse, Montréal, Libre Expression, 2024, 165 pages.
Janette Bertrand a atteint 100 ans le 25 mars 2025. Sans contredit, elle jouit d’un impact considérable sur l’évolution au Québec et, en particulier, sur la place des femmes dans la société. Ce 16e livre de l’autrice reprend de nombreux thèmes développés précédemment par écrit ou par de nombreuses émissions et interviews radiophoniques ou télévisuelles. Qui ne se souvient pas de l’émission L’Amour avec un grand A dans laquelle, avec une parole assumée, elle a combattu les nombreux tabous concernant l’égalité femmes-hommes, la sexualité, la violence faite aux femmes, l’homosexualité, le viol, etc. Toute sa vie, elle a voulu conscientiser son époque et travailler à changer les mentalités patriarcales.
Ses réflexions sur la vieillesse ne sont pas nouvelles (voir La vieillesse par une vraie vieille, 2013). Elle y dit et redit l’importance de « profiter de la vie », de la savourer, de « vieillir dans la joie le plus possible » (p. 14). Elle sait bien reconnaître que son amoureux lui facilite l’existence et en est fort reconnaissante ; elle l’affirme : « la vie est belle avec Donald ». Elle ne cesse de le proclamer : elle « aime SA vie, elle aime la vie » et elle s’y investit, sort, aime, crée… malade ou pas. « J’ai appris à être bienveillante envers moi-même, à m’aimer, quoi ! » (p. 51). Elle refuse les vieilles et les vieux qui se posent en victimes de tout ! Selon elle, « vieillir, ça se travaille » et elle y met du sien pour se faire une vie intéressante et agréable, malgré les souffrances et les petits bobos de l’âge. « Moi, je veux juste avoir une place pour continuer à jouer mon rôle de transmettrice de valeurs et de savoirs » (p. 20). Et c’est ce que ce petit livre tente de faire en l’appliquant au grand âge. Son invitation lancée at large aux personnes âgées de lui communiquer leurs « perles de sagesse » a connu un immense succès durant la pandémie : elle a reçu plus de 2 000 biographies : Écrire sa vie a reçu le Prix d’histoire du Gouverneur général en 2022 !
Dans un autre chapitre, elle reprend ses idées émises dans Un viol ordinaire (2020) ; de nombreux hommes n’ont pas accepté qu’il existe des « viols conjugaux ». Plus loin, elle s’en prend à la maltraitance et à la négligence envers les personnes âgées, au manque de dignité à leur égard, à un certain infantilisme envers eux : « Laissez-nous donc faire ce qu’on veut ! » dira-t-elle. Elle remercie la société pour les nombreux services offerts aux aîné·es et invite ses congénères à s’en servir.
Elle loue l’importance de se sentir utile autour de soi ; elle goûte sa vie de femme, de mère, de grand-mère et d’arrière-grand-mère, etc. Dans un dernier chapitre, elle confie en vrac diverses pensées et réflexions, comme si elle craignait qu’on oublie l’importance du bien vieillir !
Merci pour tout, Janette ! Merci surtout pour les femmes !