Célébration Au cœur de l’eau
Groupe Bonne Nouv’ailes de L’autre Parole Johanne Carpentier, Denise Couture, Christine Lemaire, Carmina Tremblay, Isabelle Trépanier
La collective L’autre Parole a vécu cette célébration Au cœur de l’eau comme activité de clôture de son colloque d’aout 2025. La célébration a été créée et animée par le groupe Bonne Nouv’ailes.
Décor
Au centre des chaises disposées en cercle se trouve une petite table sur laquelle on a mis un bol en vitre vide de grandeur moyenne. Une deuxième table se trouve sur un côté du cercle, où on trouve : un deuxième grand bol en vitre vide et les textes des écritures collectives. Les verres d’eau que l’on distribuera aux participantes au moment de la bénédiction sont apprêtés, placés sur un cabaret, recouverts d’un linge. Les herbes utilisées au bar à eau pendant le colloque décorent la nappe blanche entre les objets.
Ouverture
Les participantes entrent dans la salle et prennent place. On entonne le chant Osons l’espérance des sœurs Marleau.
Une animatrice : « Notre intention, ce soir, est de célébrer l’eau. Nous désirons éveiller notre relation à l’eau. Que cette relation nous habite jour après jour ! Qu’elle nous régénère individuellement et collectivement ! »
Premier temps : éveil de notre relation à l’eau
Une lectrice : « Nous sommes réunies, en ce jour, afin d’honorer et de manifester notre révérence à l’eau.
Ensemble, depuis hier soir, nous avons évoqué des images et des émotions pour exprimer cette relation :
L’eau est puissante autant qu’elle est douce.
Elle inquiète autant qu’elle rassure.
Elle énergise autant qu’elle pacifie.
Elle châtie autant qu’elle guérit.
Elle détruit la vie autant qu’elle la protège.
Elle nettoie, elle efface.
Elle transforme, elle renouvelle.
Toujours, elle bouge, elle court en méandres,
Elle ondoie ; jamais rigide, jamais rectiligne. »
Une animatrice : « Nous allons déposer dans le bol au centre du cercle une eau originelle, fontaine de notre créativité et de nos relations. Une membre de Bonne Nouv’ailes est allée cueillir de l’eau d’un glacier de l’Arctique, une autre d’un glacier qui coule vers l’Antarctique. »
La première s’approche. Elle présente à l’assemblée une fiole remplie d’eau et dit : « Voici l’eau d’un glacier de l’Islande, coulant vers l’extrémité nord de notre planète bleue. »
La deuxième s’approche. Elle présente à l’assemblée une fiole remplie d’eau et dit : « Voici de l’eau du grand glacier d’Argentine, coulant vers l’extrémité sud de notre planète bleue. »
L’animatrice présente une fiole remplie d’eau et dit : « Voici de l’eau de rose de notre colloque de l’année dernière, aux qualités vivifiantes, hydratantes et guérisseuses. Elle représente l’ecclésia des femmes et nos mères disparues. Ayons une pensée particulière pour Louise Melançon, cofondatrice de L’autre Parole, décédée le 27 février 2025, qui aimait tant la mer.
Dans un geste très émouvant pour nous, nous mêlons dans ce bol les eaux originelles de ces glaciers qui se trouvent aux deux extrémités de la planète et celles de notre ecclésia. »
Les trois femmes versent l’eau de leur fiole respective dans le bol au centre du cercle.
Moment de silence et d’accueil de l’eau
Une lectrice :
« L’eau nous habite,
elle nous constitue.
Elle heurte nos certitudes.
Elle défait nos injustices.
Elle efface nos frontières.
L’eau est mystère. Elle est incommensurable.
Elle est le berceau de la vie.
L’eau est notre origine.
Toutes les images évoquées, depuis hier, pourraient être attribuées à la Dieue.
Car la Dieue est Eau. »
Moment de silence et d’accueil de l’eau
Deuxième temps : lectures
Une animatrice : « Les théologies juives et chrétiennes patriarcales ont effacé le symbole de l’eau associée au féminin pour installer un ordre fixe contrôlé par les hommes dirigeants. Déjà les rédacteurs des livres de la Bible ont participé à cet effacement. Lisons quelques passages bibliques légèrement retouchés qui redonnent à l’eau toute sa force de création et d’incarnation. »
Première lectrice :
« Yhwh te guidera sans cesse
comblera ta vie d’étincelles
[…] armera tes os
tu seras un jardin trempé
un jaillissement d’eaux
d’eaux qui ne mentent pas
tu rebâtiras sur les ruines de jadis
tu refonderas pour les âges des âges
et l’on dira de toi : [elle] colmate les brèches
elle retrace les routes » (Isaïe 58,11).
Deuxième lectrice :
« Au commencement, lorsque Élohim
créa le ciel et la terre,
dans le temps oùla terre était tohubohu,
l’obscurité à la surface des eaux profondes et tumultueuses de l’océan
et la ruah vibrait à la surface des eaux, […] » (Genèse 1,1-2).
Troisième lectrice :
« Le temps venu, Jésus vint de Nazareth, en Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. Remontant de l’eau, il vit le ciel se déchirer. La Ruah, comme une colombe, se posa sur son épaule » (Marc 1,9-11).
Quatrième lectrice :
« Si tu connaissais ce que Dieu donne, répond Jésus [à la Samaritaine], si tu connaissais celui qui te demande à boire, c’est toi qui demanderais et il te donnerait de l’eau vive. […] car l’eau que je verse est une source d’où jaillit la vie sans fin » (Jean 4,10.13-14).
Une participante entonne le chant autochtone Gardiennes de l’eau[1], proposé par un groupe de femmes autochtones qui a invité la population à le chanter avec elles en solidarité.
Une animatrice : « Nous allons maintenant entendre des textes rédigés par les participantes de la célébration : les prières reliées aux thèmes de l’eau matérielle, de l’eau politique et de l’eau spirituelle, ainsi que les réécritures collectives réalisées au cours de ce colloque[2]. »
Première lectrice sur l’eau matérielle :
« Dieue de la vie, nous te remercions pour l’eau, ce liquide si précieux qui nourrit et construit notre corps et celui de tout le vivant ! Comme le mouvement du vortex purifie l’eau, guide nos pas dans cette grande valse de la vie pour que dans notre tourbillon nous puissions danser en harmonie avec tout le vivant qui coule en nous et autour de nous. »
Temps de silence, on entend le son d’eaux courantes.
Deuxième lectrice sur l’eau politique :
« Que partout sur la planète, les dirigeants de ce monde s’assurent de rendre facilement accessibles des moyens de distribution d’eau potable aux femmes, ces lavandières, cuisinières, ménagères, jardinières qui consacrent une immense part de leur vie à prendre soin du monde vivant, humain, animal et végétal. Que notre sœur l’eau contribue à adoucir la vie des femmes partout dans le monde. »
Temps de silence, on entend le son d’eaux courantes.
Troisième lectrice sur l’eau spirituelle :
« Que les eaux de Pâques nous régénèrent chaque jour de l’année. Que la Dieue océan nous entraine et nous accompagne dans les courants vivifiants des flux continus qui nous constituent. Qu’elle inspire et accompagne nos créations incarnées au sein des relations d’amour et de justice. »
Temps de silence, on entend le son d’eaux courantes.
Troisième temps : échange
Une animatrice :
« Nous abordons les dernières minutes de notre colloque au cœur de l’eau.
Beaucoup de personnes qui réfléchissent sur la nécessaire transformation de notre relation à la nature nous parlent de “conversion”.
Pour sauver l’eau, il faudra l’aimer, la respecter, l’honorer.
Nous devrons, pour la suite, pour poursuivre notre éveil, parler à partir du cœur et au cœur. Parce qu’il nous faut un “moteur” et ce moteur, cette conversion espérée, ne peut venir que du cœur. Après avoir discuté de toutes les dimensions de notre rapport à l’eau (matérielle, politique, spirituelle), il serait bon de nous rattacher à une émotion positive, au cœur.
C’est pourquoi je vous soumets l’idée du “paysage intérieur”. Je vous demanderais d’évoquer, ici, un paysage où l’eau est présente et qui vous constituerait, qui vous aurait transformées de manière positive, un paysage qui ferait partie de votre identité.
À titre d’exemple, je vous soumets le mien. Fille de Sorel, je me suis rendu compte, en préparant ce colloque avec mes amies de Bonne Nouv’ailes, à quel point les “îles de Sorel”, que l’on nomme plus justement aujourd’hui l’archipel du lac St-Pierre, constituent un paysage qui est tellement lié à mon enfance que je les tiens pour acquises. Toutes les rivières qui se jettent dans le lac St-Pierre (le Richelieu, la Yamaska, la Saint-François, la Nicolet) font partie de mon histoire personnelle. Elles me constituent.
Vous serait-il possible d’évoquer un paysage qui vous constitue ? Un paysage aimé dont la seule image vous fait du bien ? Nous prendrons une minute pour y réfléchir, et je demanderais à celles qui le peuvent de nommer ce paysage, en quelques mots. »
Les participantes échangent au sujet de leur paysage intérieur.
Puis l’Assemblée entonne le chant L’eau vive réécrit.
Quatrième temps : bénédiction de l’eau
On dépose sur la table du centre un grand bol en vitre vide. Les animatrices distribuent des coupes d’eau aux participantes.
Une animatrice :
« Nous vous prions d’infuser symboliquement votre paysage intérieur dans l’eau du verre que vous tenez entre vos mains. Cette eau, vous viendrez la verser tout à l’heure dans le bol. »
Moment de silence.
« Que cette eau nous régénère, qu’elle suscite notre création et notre incarnation libératrice !
Je vous invite maintenant à prendre une gorgée de cette eau. »
Moment de silence.
« Je vous invite à aller verser une à une l’eau de votre verre au centre du cercle. »
Les participantes versent leur eau dans le bol.
Une animatrice ajoute à cette eau celle du mélange de l’eau des glaciers et de la collective qui se trouvait au centre du cercle depuis le début de la célébration. Elle dit :
« Que se mêlent en toute fluidité nos eaux et les eaux originelles de la planète.
C’est le temps de la bénédiction de l’eau. L’eau disposée dans ce bol de verre réunit les intentions de chacune avec la planète-eau et fait un seul corps. C’est une eau vivante, une eau qui donne la vie. Je vous invite à bénir l’eau en tendant la main vers elle, répétez après moi. »
Les participantes lèvent une main ouverte tendue vers le bol d’eau.
L’animatrice : « Bénite soit cette eau. » L’assemblée : « Bénite soit cette eau. »
S’ensuit un moment de silence.
Clôture : larguer les amarres
L’animatrice annonce que les participantes qui le désirent pourront repartir avec une fiole de l’eau bénite, disponible après la célébration. Nous irons redonner l’eau qui restera à la terre près d’un arbre.
Chant de sortie : Partons, la mer est belle (réécrit)
[1] Voir : https://youtu.be/KC2FHciQ0sU?si=aTI7npMt5DKGK0E5.
[2] Pour les réécritures collectives, voir le texte de Nancy Labonté, « Réécritures collectives : l’eau » dans ce numéro de la revue L’autre Parole.