ACTUALITÉ
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La Women’s Ordination Conference,
50 ans déjà !
Pauline Jacob
La Women’s Ordination Conference[1] (WOC), un groupe-phare pour quiconque se préoccupe de l’épineuse question de l’ordination des femmes, célèbre cette année ses 50 années d’existence[2]. Elle est la plus ancienne et la plus vaste organisation militant spécifiquement pour l’ordination de femmes comme diacres, prêtres et évêques dans l’Église catholique romaine. Inspirée à l’origine par l’Alliance internationale Jeanne-d’Arc[3], une association féministe catholique fondée à Londres en 1911[4], elle poursuit sa longue route vers une participation pleine et entière des femmes et des personnes de toutes identités de genre à tous les ministères dans l’Église catholique. Examinons brièvement ses origines et son évolution au fil des ans.
Ses origines
Au moment de sa fondation aux États-Unis, c’est l’époque de l’Amendement pour l’égalité des droits[5], voté en 1972 contre la discrimination basée sur le sexe. Et dans l’Église catholique, c’est l’atterrissage du concile Vatican ii. Paul vi[6] invite alors le peuple de Dieu à « lire les signes des temps », dans la foulée de la publication de Pacem in Terris[7]. Cette encyclique du pape Jean xxiii souligne l’entrée des femmes dans la vie publique comme un de ces signes et rappelle l’importance de leur prise de conscience de plus en plus grande de leur dignité et de leur valeur. Dans ce contexte socioecclésial, demander l’accessibilité des femmes à l’ordination devient un projet envisageable.
Dans la mouvance de l’ordination de femmes dans l’Église épiscopalienne américaine, la Women’s Ordination Conference verra le jour à la suite d’un rassemblement que l’on peut qualifier d’historique. L’étincelle suscitant l’idée de cette rencontre provient d’une travailleuse sociale et militante féministe, Mary B. Lynch. Première femme admise comme étudiante dans un séminaire catholique aux États-Unis en 1971, cette membre de l’Alliance internationale Jeanne d’Arc ose, en décembre 1974, demander aux 70 personnes inscrites sur sa liste de vœux de Noël s’il était temps d’amener le sujet de l’ordination de femmes catholiques sur la place publique. Les réactions enthousiastes de 31 de ses ami·es débouchent sur la mise sur pied d’un groupe de travail composé de personnes impliquées dans la recherche comme dans la militance, et sur l’élaboration d’un projet de rencontre nationale pour discuter de cette idée alors considérée comme un peu farfelue[8]. Pour la première fois, des membres de l’Église catholique romaine sont convoqué·es pour réfléchir et discuter de cette question. En novembre 1975, le rassemblement souhaité de 200 à 400 personnes devient une rencontre de 1200 personnes. Malgré la modification à deux reprises du lieu du congrès pour permettre davantage d’inscriptions, 500 personnes y seront finalement refusées. L’intérêt pour le sujet n’est donc plus à démontrer.
Le congrès tenu à Détroit a pour thème : « Des femmes, dès maintenant, dans une prêtrise renouvelée – un appel à l’action[9] ». Pour la première fois, l’expérience pastorale comme la vision théologique et scripturaire du volet « ordination des femmes à une prêtrise catholique renouvelée » est prise en compte dans l’espace public. L’événement débouche, l’année suivante, sur la création de l’organisme qui est devenu la WOC, un groupe féministe, ouvert aux humains de différents pays, et ce, quelle que soit leur identité de genre.
Durant la même année, dans la foulée de la déclaration Inter insigniores[10] qui affirme que les femmes ne peuvent pas représenter Jésus comme prêtres, la WOC décide de parrainer un deuxième grand congrès : « Il est temps de mettre fin à l’hérésie affirmant que les femmes ne peuvent pas être l’image de Jésus dans la prêtrise[11]. » Elle souhaite donner une voix au tollé de contestations engendrées par ce document, susciter un discours théologique cohérent sur la question et travailler à la concrétisation des stratégies pour amener un changement.
Le vécu des femmes dans l’Église sera au centre de ce congrès. Pour y parvenir, des petits groupes se réunissent dans tout le pays pour réfléchir à leur expérience de ministère pour les femmes et par les femmes, et partager leurs visions et leurs espoirs pour un ministère presbytéral renouvelé. Des femmes se croyant appelées à la prêtrise sont invitées à écrire l’histoire de leur appel, et des théologiennes à réfléchir sur ces données et à préparer une présentation de ce qui semble être en voie de devenir un ministère presbytéral renouvelé. Puis le thème du congrès se précise : « Femme nouvelle, Église nouvelle, ministère presbytéral renouvelé[12]. » Les organisatrices choisissent des personnes-ressources en fonction de leur capacité à répondre aux objectifs. Parmi elles se retrouvent Anne Carr, Mary Hunt, Elisabeth Schüssler-Fiorenza, Carroll Stuhlmueller, des théologiennes reconnues.
Une fois le congrès annoncé, une réponse enthousiaste s’ensuit rapidement. Le jour fixé, 2000 femmes et hommes convergent vers le port intérieur de Baltimore pour la cérémonie d’ouverture en scandant ces paroles : « Nous faisons éclater les chaînes qui oppriment – et forgeons des chaînes qui libèrent[13]. » En psalmodiant et portant des chaînes, les participant·es circulent dans les rues de Baltimore jusqu’au Centre civique.
Cette rencontre est déterminante dans l’évolution de la Women’s Ordination Conference, qui prend rapidement de l’expansion. Trois ans après sa fondation, elle compte plus de 3000 membres, la plupart ayant participé à ce deuxième congrès national.
Son adaptation au fil des ans
Dans la foulée de ce deuxième congrès, la Women’s Ordination Conference maintient le cap sur ses objectifs. Très active sur le plan de la mise en place de moyens suggérés pour les atteindre, elle sait en proposer de nouveaux et les articuler pour que l’égalité réelle entre tous·tes les baptisé·es advienne un jour à tous les niveaux dans l’Église catholique. Sa pensée est toujours en évolution, d’où les transformations et les adaptations vécues au fil du temps selon les réalités du moment.
Comme exprimé dans ses archives, en s’ouvrant à de nouvelles personnes, en écoutant leurs idées et en nouant des alliances avec d’autres groupes, la vision de la WOC est devenue plus universelle, plus orientée vers un ministère inclusif. Afin de mieux actualiser cet objectif, elle crée un bulletin publié deux fois par année, NewWomen, NewChurch, et se dote d’un bureau permanent qui comptera de plus en plus d’employées au fil des ans.
Les membres de la WOC sont proactives pour qu’advienne un jour le rêve qu’elles portent. Impossible d’oublier l’intervention faite par sœur Theresa Kane[14] en octobre 1979. Elle recommande au pape Jean-Paul ii, devant 5000 religieuses réunies pour l’accueillir à Washington, d’autoriser les femmes à servir dans tous les ministères de l’Église. Pensons également à l’initiative prise, dans les années 1990, pour rencontrer Ludmila Javorova[15], une femme ordonnée prêtre au sein de l’Église catholique clandestine de la Tchécoslovaquie communiste, et transmettre son histoire. Les démarches de la WOC contribuent alors à la diffusion de cet événement peu connu dans l’univers catholique.
Il apparait intéressant de souligner l’intérêt marqué pour la génération montante. Depuis les années 1995, la WOC a intégré à son organisme un Réseau de jeunes féministes[16] (YFN), une communauté nationale, diversifiée et inclusive de femmes catholiques féministes et womanistes âgées de 20 à 30 ans. Et depuis 2003, le personnel administratif de la WOC est composé de jeunes femmes.
Les membres de la WOC, soucieuses du lien avec d’autres organismes dans leur pays comme à l’échelle internationale, s’impliqueront, à la fin du XXe siècle, dans la création de la Women’s Ordination Worldwide[17] (WOW). Ce regroupement d’organismes lutte contre la discrimination mondiale à l’égard des femmes dans l’Église catholique romaine et coordonne le mouvement mondial pour leur accessibilité à l’ordination. Le premier congrès international de WOW se tiendra à Dublin, en Irlande, en juillet 2001. Il réunira 350 participant·es représentant 26 pays.
À travers un cheminement qui n’est pas toujours simple, la WOC fait preuve d’une grande capacité d’adaptation, tout en restant fidèle à l’esprit de sa fondation. Elle l’exprime ainsi :
Alors que nous avançons, nous devons rester fidèles à nos racines et traditions catholiques, tout en nous ouvrant aux nouvelles orientations et aux horizons élargis que l’Esprit Saint nous ouvre. C’est sans doute le défi le plus difficile auquel le mouvement est confronté actuellement[18].
En 2003, afin de rallier les tendances parfois différentes de ses membres, elle décide de créer trois ministères originaux complémentaires, soit le ministère de l’irritation, le ministère d’accompagnement de femmes appelées à un ministère ordonné et le ministère d’obéissance prophétique. Le ministère de l’irritation œuvre pour changer les politiques du Vatican concernant les femmes en informant et en sensibilisant le public à la nécessité de l’ordination des femmes et d’une réforme structurelle de l’Église. À la façon du grain de sable qui irrite petit à petit l’intérieur de l’huître pour créer au fil du temps une perle, les personnes actives dans ce ministère provoquent à leur façon la hiérarchie catholique pour améliorer l’égalité entre tous les humains dans l’Église catholique. Le ministère d’accompagnement de femmes appelées à un ministère ordonné, de son côté, soutient et fournit des ressources aux femmes qui se savent appelées à la prêtrise, à celles qui souhaitent savoir comment procéder pour discerner cet appel comme à celles qui sont dans un processus de formation à l’ordination. Depuis 2017, la WOC offre une bourse d’études à d’éventuelles candidates à l’ordination dans l’Église catholique. Le ministère de l’obéissance prophétique, quant à lui, regroupe des femmes qui jugent nécessaire de vivre leur appel à la prêtrise dès aujourd’hui et, malgré les embûches, acceptent de franchir l’étape difficile d’une ordination contra legem pour être des exemples possibles de femmes prêtres ou évêques.
Tout au long de son cheminement, la WOC conserve son souci d’ouverture, ce qui l’amène, en février 2006, à intégrer l’antiracisme, la diversité et l’inclusion dans son plan d’action. Elle l’exprime ainsi :
En affrontant nos peurs et nos différences, nous avons acquis une vision plus globale. Nous avons compris que le ministère doit refléter le peuple de Dieu. Il doit être inclusif pour être authentique[19].
Et pour donner des mains à ses projets, elle investit dans les ressources éducatives pour diffuser l’information sur le sujet et soutenir la prise en charge des catholiques pour favoriser le changement dans l’Église. Les moyens de pression et de promotion qu’elle exerce régulièrement sont dynamiques et originaux. Que l’on pense au chant Ordain a lady[20], à la vidéo Vatican: It’s a Man’s World[21], au documentaire Pink Smoke Over The Vatican[22], au film documentaire sur le mouvement controversé des femmes cherchant à être ordonnées prêtres dans l’Église catholique romaine, à leur présence à Rome lors de rassemblements de militance pour l’ordination des femmes[23] et, à la veille du conclave de 2025, à leur participation symbolique par une fumée rose s’élevant au-dessus du Vatican[24]. À ces diverses manifestations pourrait s’ajouter la publication de communiqués de presse, particulièrement lors de la sortie de documents ou d’événements irritants pour les femmes émanant de l’institution catholique.
La WOC dispose, entre autres atouts, d’une organisation bien rodée. Outre ses militantes bénévoles et son conseil d’administration, elle possède un personnel rémunéré et un conseil consultatif composé de membres telles Teresa Forcades, Jeannine Gramick, Mary E. Hunt, Andrea Johnson, Jamie Manson, Elisabeth Schüssler Fiorenza, bien connues pour leur compétence théologique et leur militance pour une égalité réelle entre tous les humains dans l’Église catholique.
Conclusion
Bref, la Women’s Ordination Conférence est une organisation dynamique. Depuis sa fondation, elle a su s’adapter aux différents mouvements sociaux et ecclésiaux en évolution. Source d’inspiration pour de nombreux hommes et femmes en Église à la grandeur de la planète, elle continue d’œuvrer pour qu’advienne un jour, au cœur de l’Église catholique, une communauté où toutes et tous soient invitées à la même table, quelle que soit leur identité de genre, leur race, leur culture. Nous leur souhaitons de poursuivre leur rêve d’une Église vraiment égalitaire pendant plusieurs autres années. Quoi de mieux, en terminant, que l’évocation de ce texte accompagnant l’invitation au congrès soulignant leur 50e anniversaire :
Ensemble, nous entreprendrons un pèlerinage à Détroit, dans le Michigan, pour honorer la pensée féministe qui a guidé notre rassemblement historique de 1975 et insuffler une nouvelle énergie à notre mouvement. Nous sommes prêtes à faire rayonner notre témoignage audacieux, créatif et inspirant, puisant dans ses solides racines, et à concrétiser pleinement la justice et l’égalité d’ordination au sein de notre Église[25].
[1] www.womensordination.org/? (4 mars 2026)
[2] www.youtube.com/watch?v=e3-48McXQoI (4 mars 2026)
[3] web.archive.org/web/20090819005522/http://www.womensordination.org/content/view/8/59/1/10/ (27/02/2026)
[4] Anne-Marie Pelzer, « Courte histoire d’un mouvement catholique féministe », Terre des Femmes (1992), 2-17. Trad. anglaise : Françoise Awre. (L’ouvrage original a été publié en 1977.)
[femmes-ministeres.lautreparole.org/?p=3261] (4 mars 2026)
[5] archive.nytimes.com/learning.blogs.nytimes.com/2012/03/22/march-22-1972-equal-right-amendment-for-women-passed-by-congress/ (4 mars 2026)
[6] Paul VI et les Pères conciliaires (1966). « L’Église dans le monde de ce temps (schéma XIII). Constitution pastorale de Ecclesia in mundo huius temporis (Gaudium et spes) (1966). Vatican II. Les seize documents conciliaires. Texte intégral » (p. 167‑272), Montréal, Éditions Fides. (Le texte original a été publié le 7 décembre 1965.)
vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651207_gaudium-et-spes_fr (4 mars 2026)
[7] Jean XXIII, L’encyclique « Pacem in terris », Montréal, Les Éditions du Jour, 1963. www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/encyclicals/documents/hf_j-xxiii_enc_11041963_pacem_fr (4 mars 2026)
[8] https://web.archive.org/web/20090529130549/http://www.womensordination.org/content/view/8/59/ (4 mars 2026)
[9] Titre original : Women in future priesthood now—A call for action
[10] https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19761015_inter-insigniores_fr.html (03/03/2026)
[11] Titre original : It’s time to lay to rest the heresy that women cannot image Jesus in the priesthood.
[12] Titre original : New Woman, New Church, New Priestly Ministry.
[13] Titre original : We burst the chains that oppress — and forge the chains that free.
[14] www.globalsistersreport.org/news/ministry/women-church-leadership-40-years-after-sr-theresa-kanes-request-pope (04/03/2026)
[15] femmes-ministeres.lautreparole.org/?p=1550 (04/03/2026)
[16] www.womensordination.org/get-involved/young-feminist-network/ 04/03/2026)
[17] womensordinationcampaign.org/ (04/03/2026)
[18] web.archive.org/web/20090819031502/http://www.womensordination.org/content/view/8/59/1/7/ (04/03/2026)
[19] web.archive.org/web/20090820061504/http://www.womensordination.org/content/view/8/59/1/11/ (04/03/2026)
[20] www.youtube.com/watch?v=Y0S2WlvNTU8 (04/03/2026)
[21] www.youtube.com/watch?v=MjFw3dovvqk (04/03/2026)
[22] www.youtube.com/watch?v=xrY6gy3dvLc (04/03/2026)
[23] www.lefigaro.fr/international/2016/05/27/01003-20160527ARTFIG00009-des-femmes-pretres-s-affichent-pres-du-vatican.php (04/03/2026)
[24] www.lefigaro.fr/flash-actu/fumee-rose-au-vatican-des-activistes-reclament-l-inclusion-des-femmes-dans-le-conclave-20250507 (04/03/2026)
[25] www.womensordination.org/? (04/03/2026)