Ève dans son bain

Ève dans son bain

Martine Lacroix

Les Trois Cloches, connaissez-vous cette chanson immortalisée par la Môme Piaf et autres monstres sacrées de la musique populaire ? Un même objet y relie trois moments phares d’une existence, soit le baptême, le mariage et la mort. Permettez une dérive vers ce qu’on désigne parfois comme l’or bleu, l’eau…

Tout comme la cloche dans la fameuse ritournelle, l’eau n’accompagne-t-elle pas les événements clés de la vie chrétienne ? Par exemple, cette « fleur qui s’ouvre au jour / À peine une flamme » ne sera-t-elle pas portée sur les fonts baptismaux afin de la purifier du péché originel ? Puis vient un jour où tout notre être s’embrase. Ne fait-on pas alors asperger d’eau bénite les alliances de notre couple, désormais devenu « un seul cœur, une seule âme » ? Finalement, à la suite de cet instant où « un cœur s’endort », n’y a-t-il point cette cérémonie au cours de laquelle on épand quelques gouttelettes de la divine substance sur son cercueil, geste habituellement accompagné d’un signe de croix ?

Perdre ses eaux

Bien qu’essentielle à toute créature vivante, l’eau ne colle-t-elle pas davantage à la peau des femmes ? Aucun rite de passage tel le baptême n’est possible si, auparavant, il n’y a pas eu rupture du sac amniotique ayant permis au liquide de s’écouler du vagin.

En 1866, dans la mouvance du réalisme, un artiste a eu l’audace de peindre un sexe de femme ceint de poils pubiens qui surgit entre les cuisses écartées d’un torse… sans tête ! Sur le site virtuel du Musée d’Orsay qui conserve le célèbre tableau, on lit que « grâce à la grande virtuosité de Gustave Courbet, ainsi qu’au raffinement d’une gamme colorée ambrée », l’œuvre en question « échappe au statut d’image pornographique ». Explication similaire dans Wikipédia, où des sommités de l’histoire de l’art affirment que cette toile ne peut être qualifiée de vulgaire « pochade porno ». C’est que contrairement aux photographies propres à ce genre dans lesquelles « les lèvres de la vulve, parfois la crête du clitoris, sont habituellement indiquées par un rougeoiement […] ici Courbet s’y refuse ».

N’est-ce pas aussi son titre, L’Origine du monde, qui dépouille l’œuvre de son caractère érotique ? Comment entendre ces mots et ne pas songer à une naissance ? Une femme perd ses eaux et ainsi débute l’aventure avec un grand A pour l’enfant dont le corps, à l’âge adulte, sera constitué à environ 60 % d’eau…

L’heure du bain

Si l’acte de purification revêt quelquefois un aspect spirituel, il peut aussi n’être que terre à terre. Adepte de Dieue, athée, agnostique ou autre, personne n’a le choix, il nous faut bien parfois décrasser notre enveloppe charnelle. La baignoire représente ainsi un élément de l’hygiène corporelle, mais aussi une forme de détente. Eh oui, quel délice que de se délester pendant quelques minutes de cette maudite charge mentale en s’immergeant dans un bain moussant aux fragrances capiteuses !

Et tant qu’à se trouver en tenue d’Ève, pourquoi ne pas en profiter afin de se titiller le clitoris, organe de l’anatomie féminine uniquement voué au plaisir ? Ne sont-elles pas nombreuses les sources d’information à vanter les bienfaits de la masturbation, qui permet entre autres à notre corps de relâcher une bonne dose de sérotonine qualifiée « d’hormone du bonheur » ? Dans un article intitulé Dix raisons de vous adonner à la masturbation, publié dans le magazine Fugues en 2012, on rappelait également que l’onanisme s’avérait le « seul moyen de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime… » Alléluia !