Réécritures collectives : l’eau
Nancy Labonté, groupe Bonne nouv’ailes de L’autre Parole
La tradition des réécritures de L’autre Parole a traversé des années de gloire et s’est vue transformée en 2025. En effet, des réécritures bibliques, le processus cette année s’est tourné vers la méthode de création littéraire inspirée du cadavre exquis. Le comité de rédaction m’a demandé de revoir cette production, afin de mettre en valeur ses accents poétiques. Ayant été absente de l’événement, j’ai en effet pu porter un regard plus distancié sur les résultats de l’exercice.
La méthode des réécritures
Lors du colloque thématique, chaque année, les femmes de L’autre Parole avaient l’habitude d’un atelier de réécriture dans les heures précédant la célébration. Des extraits bibliques en lien avec la thématique étaient distribués à des sous-groupes de cinq ou six femmes. Elles réfléchissaient à la thématique, à tout ce qu’elles avaient vécu durant le colloque, et réécrivaient l’extrait pour qu’il cadre dans la célébration. Certaines écrivaient une nouvelle histoire, d’autres changeaient plusieurs mots dans l’extrait proposé. Le résultat était souvent saisissant, parfois moins pertinent, mais nous demeurions motivées par cette transmutation collective des Écritures.
Cadavre exquis
Pour le colloque sur l’eau, une méthode d’écriture expérimentale a été proposée : le cadavre exquis. Ce jeu collectif a été créé avec les surréalistes vers 1925 à Paris. Il s’agit de composer une phrase pour l’ajouter au texte sans voir ce que les autres ont écrit. Le nom de cette approche de la poésie collective vient de la phrase : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau », qui a été la première création du jeu. L’expérimentation des surréalistes se basait sur la prémisse d’un inconscient insaisissable.
De notre côté, nous avons utilisé ce jeu en 2025 lors du colloque sur l’eau. Les sous-groupes de femmes recevaient un titre pour leur création littéraire. Elles avaient pour instruction d’écrire chacune une phrase, de replier la feuille pour faire en sorte de cacher la phrase composée et de faire circuler le cadavre exquis entre elles. L’harmonie entre les textes qui en ont résulté démontre un inconscient qui semble partagé par le groupe. S’agirait-il de l’inconscient de notre collective ?
Démarche de réécrire les réécritures
Quatre sous-groupes ont composé quatre cadavres exquis. Le résultat avait du potentiel. Toutefois, pour la postérité de L’autre Parole, on m’a proposé d’en faire des poèmes exquis. Ma démarche fut de méditer ces cadavres exquis durant plusieurs jours. Puis un matin, les poèmes ayant muri, je les ai réécrits pour en faire des caméos concentrés, en enlevant les répétitions inutiles, en réorganisant les vers, en faisant jaillir du sens. Les titres des poèmes sont ceux qui ont été proposés au départ de l’expérience.
Nous pouvons y lire la transformation de soi. Mais c’est l’identité féministe et chrétienne qui en jaillit. Voici ces poèmes que je ne signe pas et qui révèlent bel et bien, selon moi, l’inconscient de la collective sur le thème de l’eau.
Baptême ou mémoire
Marie,
Tu as accepté ta mission de l’Annonciation et tu transformes ma vie
Une histoire pour devenir vive, mémoire
L’eau baptismale, lieu de mémoire, début d’une vie nouvelle
Faire mémoire pour se rappeler d’où l’on vient
Ce que nous souhaitons voir advenir
À l’avenir
Samaritaine ou bouteille d’eau
Jésus demande à boire
C’est la Samaritaine qui a soif
Que l’eau vive tombée sur nous en torrents nous transforme, eau libératrice et eau créatrice
Vivifiante et féministe pour changer le monde patriarcal
Des femmes s’abreuvent à une eau de source vivante et vibrante
Je te donnerai de l’eau vive, celle qui désaltère pour toujours
L’ecclésia, une bouteille à la mer
Grâce puissante
Nappe phréatique ou torrent ?
La nappe phréatique de nos vies
Stagnante elle se meurt
Le torrent de nos espoirs la nourrit
Que la puissance de ce torrent produise la lumière qui éclaire nos esprits
Les eaux mortes se transformeront en torrent
L’eau puissante apporte amour paix courage
L’eau trépidante réveille la vie
Une eau vigoureuse, déferlante et nourrissante telle une déesse
La source de vie est dans les profondeurs, ignorée
La transformation ou l’eau changée en vin
Est-ce que je peux changer l’eau en vin ?
Peut-on devenir autrement, être autre à chaque moment ?
Encore faut-il avoir une idée de ce à quoi on tend à être
Peut-être faudrait-il entendre l’invitation de Marie
Ils n’ont plus de vin, et nous avons de l’eau…
Oui ! Alléluia ! Nous pouvons toutes changer l’eau en vin ! En mémoire d’elle !
Cette eau nous transforme