POÉSIE ET
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La force de l’eau
Nancy Labonté, groupe Bonne Nouv’ailes de L’autre Parole
Tombe l’eau drue
Pire qu’une crue
Tant d’eau
Sans cesse
Infiniment
Lourde
De conséquence
Elle fracasse le roc
L’adoucit
Lourde
De conséquence
Elle avale la vie
Éphémère
Une histoire qui se répète
À notre insu
Des crues mortelles
Des sécheresses
Les familles se déplacent vers Dadaab[1]
La fuite lente
Marcher des jours aux côtés des ânes
Qui tirent denrées et enfants dans une charrette
Marcher avec les ânes
Réfugiée à Dadaab, je marche dans les allées
Marcher sur ce sable terreux
3, 4, 5 kilomètres
Avec mes bidons vides
Pour puiser l’eau de la vie
Je marche dans Dadaab
Chaque jour
Aller-retour
Je longe les tentes et les baraques
Croise ces femmes
Ces mères exilées
Croise ces brigands
Qui nous harcèlent
Entre les tentes et les baraques
Je porte mes bidons pleins d’eau
Ces latrines à ciel ouvert
Soulèvent le cœur
Mon village a été inondé
Le camp Dadaab est notre refuge
Et…
Malgré les enfants qui pleurent et la mort qui rôde
La nourriture qui manque,
Nous existons
Encore
[1] Le complexe de camps de personnes déplacées Dadaab est situé au Kenya, près de la frontière somalienne. Géré par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), il fut fondé au début des années 1990 lors de la guerre civile en Somalie. Bien que les personnes réfugiées climatiques ne soient pas reconnues comme telles, elles sont quand même réfugiées à Dadaab suite aux sécheresses et aux inondations meurtrières en Somalie. Dadaab est le plus grand complexe de camps de personnes réfugiées au monde, il couvre 50 km2, rassemble quatre camps, et plus de 380 000 personnes y vivent – sans compter celles qui échappent aux recensements. Maintenant bien organisé, il s’agit d’une ville où l’on retrouve des commerces, des écoles et des hôpitaux.