Billet de…

 

Les protagonistes – La direction d’un YMCA à Montréal, la congrégation hassidique Yetev Lev – voisine de ruelle du YMCA,  les femmes qui s’exercent au YMCA, les femmes de la cité.

 

L’histoire – Elle débute en 1990. Le YMCA se reconstruit. Durant les travaux, la communauté juive orthodoxe autorise le YMCA à stocker gratuitement des matériaux dans sa cours en échange de l’installation  de rideaux aux quatre fenêtres pleine hauteur du deuxième étage de l’édifice où se trouve la salle  de cours de gymnastique afin que les jeunes hommes de 16 à 19 ans de la congrégation ne puissent voir, à partir de la ruelle, les femmes en shorts ou en collants lorsqu’elles font de l’exercice dans cette salle. Les rideaux sont installés…

Mais des rideaux ça peut s’ouvrir, un peu, beaucoup, selon les besoins afin que la lumière entre plus ou moins dans la salle. Avec l’usure du temps les rideaux finissent par disparaître. C’est là que le drame commence.  La communauté juive ne peut accepter des fenêtres sans rideaux. Elle propose  alors de payer l’installation de fenêtres givrées et translucides en remplacement des anciennes fenêtres. La direction du YMCA accepte. La lumière est nettement plus discrète. Des femmes qui commencent à se questionner à ce sujet découvrent le pot aux roses ! Une pétition circule, les médias s’emparent de l’événement , quelle en sera la fin ?

Selon moi, il ne peut y avoir qu’une seule fin – la remise en place de fenêtres transparentes. Si l’évocation de la liberté de religion et de l’accommodement raisonnable ont été les motifs qui ont permis de trouver des solutions alternatives pour les jeunes filles qui ne pouvaient porter le short pour faire de l’exercice, c’est à une fin de non recevoir qu’ont abouti les demandes d’exemption au curriculum ou que dans l’enseignement public n’existent que des classes unisexes avec un corps professoral du même sexe. Qu’une communauté religieuse x, y ou z prescrive à ses membres de s’habiller de telle ou telle façon, qu’elle fasse la promotion de la séparation des sexes, soit, mais chez eux, dans leur lieu de culte, dans leur lieu de détente, dans leurs gymnases.  Si cette communauté veut empêcher les jeunes hommes de jeter un regard sur la vie du quartier, sur des femmes qui font de l’exercice en shorts, collants et camisoles, à elle de faire l’enfermement et la police. Si les femmes qui font de l’exercice ne souhaitent pas le faire aux yeux de tous, soit, mais ce sont elles-mêmes qui doivent en décider et non un ensemble d’hommes pour des motifs qui ne servent qu’à brimer les femmes. Si des femmes souhaitent pratiquer des sports à l’abri des regards, qu’elles choisissent des gymnases sans vue ou leur salon peu importe en autant que ce soit leur choix. La présence des femmes dans la sphère publique est un droit acquis de haute lutte et cette liberté d’étudier, de travailler, de s’exercer en toute égalité, ne saurait tolérer qu’un groupe d’hommes, surtout pour des motifs religieux, se permettent de prescrire un nouvel enfermement au sérail. Toute prison, aussi dorée puisse-t-elle être reste une prison.