CHRETIENNE ET FEMINISTE.. .UN DUR APPRENTISSAGE

CHRETIENNE ET FEMINISTE.. .UN DUR APPRENTISSAGE

 

Francine Cabana. – Rrimouski,

 

J’hésite à qualifier l’expérience suivante d’expérience féministe. Au moment où je l’ai vécue, je ne me qualifiais pas du tout de féministe. Je trouvais qu’être femme et chrétienne était déjà tout un programme. Avec le recul du temps, je pense toutefois avoir à cette occasion apporté de l’eau au moulin féministe et c’est tant mieux.

 

Notre diocèse est divisé en neuf zones pastorales, i.e., neuf regroupements de paroisses où le travail pastoral est mis en commun. En 1977, ces zones sont presbytérales, bien que dans la bouche des personnes que je côtoie, elles soient pastorales. Pourtant, il n’y a pas de laïcs à ces réunions. Convaincue que nous aussi laïcs avons quelque chose à y faire, je cherche le moyen d’y être invitée. Mes recherches ne donnant pas de résultat, je décide de foncer. Un soir, au cours de la visite pastorale de notre évêque à l’occasion de la confirmation, j’essaie d’amener la conversation entre notre groupe et Monseigneur, sur les réunions de zone. Monseigneur Ouellet nous explique alors leur fonctionnement et son espoir de voir des laïcs s’y impliquer dans un futur rapproché. Je saute sur l’occasion et lui demande la permission d’aller à la zone. J’ai pris tout le monde par surprise ce soir-là mais, forte de l’accord de notre évêque obtenu devant le curé alors président de la zone, je me présente à la réunion de zone quelques jours plus tard.

 

Je m’attendais à des réactions, à de l’étonnement, mais pas à me retrouver dans la peau du loup sautant dans la bergerie. « Qu’est-ce qu’elle vient faire ici celle-là  ? Cette phrase a résonné longtemps à mes oreilles. Même le président de zone s’est excusé devant ses confrères de ma présence. « Elle a demandé à Monsieur de venir, j’ai donc été obligé de dire oui. « . Ce fut là le soutien que je reçus de lui. J’ai réagi agressivement à cette phrase et j’ai compris alors que je tombais dans une chasse gardée et jalousement en plus. Je me sentais toute petite mais j’ai la tête dure. Je croyais fermement que les laïcs avaient leur place à ces réunions où les décisions et orientations pastorales se dessinaient et je suis restée. Après tout, nous étions plusieurs laïcset surtout des femmes, impliqués dans les différents comités paroissiaux chargés d’appliquer ces directives avec le curé. N’étant quand même qu’une « simple » femme, j’ai décidé de ne plus affronter ces bons curés et religieuses-vicaires, toute seule et, à la réunion suivante, j’ai appelé une amie d’une autre paroisse pour qu’elle vienne avec moi. A deux, ce serait moins dur. Ainsi, pendant quatre ou cinq réunions, je me suis assurée de n’être pas la seule femme laïque présente. A part deux ou trois jeunes prêtres, les autres nous ont battu froid pendant un bon moment. C’est que, une fois relativement acceptée par l’assemblée, je me suis mise à intervenir. Je m’étais quand même pas venue là pour garder le silence et répondre « Amen ». Pourtant, j’ai senti qu’âpres avoir eu la bonté de m’accepter parmi eux, c’était-tout :ce qu’on attendait de moi.. Mais je le répète, j’ai la tête dure.

 

Puis tout doucement, les choses ont changé. Les curés, les uns âpres les autres, se sont mis à amener un de leurs paroissiens travaillant dans un comité paroissial. Les réunions ont été déplacées du jour au soir pour accommoder les laïcs. En 1980, un

document officiel a donné aux laïcs la place qui leur revenait et je sais que, depuis ce temps, des laïcs ont fait partie de « l’exécutif » de la zone. J’ai cessé de m’y rendre cette année-là parce que le comité de pastorale dont je faisais partie avait été dissout à la suite d’un changement de curé : je ne représentais donc plus personne. Cette dissolution eut lieu dans des conditions pénibles où le fait que je ne disais pas toujours : « Oui, Monsieur le curé », a joué un rôle. Je me suis donc retirée de tous les comités dont je faisais partie, ne gardant que la chorale car heureusement la musique est au-dessus de toutes les chicanes de clocher.

 

Cinq ans âpres, je peux dire que cette mise au rancart m’a été personnellement profitable. Une fois l’émotivité diluée, je me suis mise à un bacc. en théologie, suivant l’intuition profonde qui m’a toujours habitée.

 

Certains diront qu’à la zone je n’ai fait qu’ouvrir ou pousser une porte qui était déjà ouverte. A ceux-là je répondrai que si la porte était ouverte, je suis la première à l’avoir franchie et à l’avoir empêchée de se refermer et cela me rend fière d’être femme et chrétienne.

 

Un jour, une fois mes études achevées, je retournerai servir le Peuple de Dieu, et ce jour-là, je serai armée.