ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION À PROPOS DE L’INSTITUTION ECCLÉSIALE, DE LA SOCIÉTÉ ET DU FÉMINISME

ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION

À PROPOS DE L’INSTITUTION ECCLÉSIALE,

DE LA SOCIÉTÉ ET DU FÉMINISME

 

Marie Rose Majella – pour le collectif Vasthi

 

Nous voici rendues au 50e numéro de la revue L’autreParole. À cette occasion, nous avons pensé partager avec nos lectrices et lecteurs nos inquiétudes et nos espoirs de féministes engagées dans le champ religieux. Vous seront donc livrés les fruits d’une analyse impressionniste, résultat d’échanges entre les membres du groupe Vasthi par une chaude soirée printanière.

 

L’institution ecclésiale

 

Nos inquiétudes

 

Cela fart 15 ans qu’à L’autre Parole nous travaillons à rendre présente l’oppression que les femmes vivent dans l’Église. Malgré cela, un constat très sombre : cette Église n’a pas reculé d’un pouce, les femmes qui la quittent parce qu’elles se rendent compte de leur situation d’opprimées sont aussitôt remplacées par d’autres. L’Église-institution, cet instrument patriarcal par excellence, a une grande force de récupération. On y valorise une forme de service qui contribue dans bien des cas à asservir les femmes.

 

De plus, nous assistons présentement à une remontée du machisme clérical et cela passe par les pieds des femmes. Le refus de l’Église de Montréal de procéder au lavement des pieds des femmes à l’occasion du jeudi saint en est le symptôme. Plus les femmes deviennent indispensables au fonctionnement de l’institution, plus s’affirme le contrôle des clercs sur les femmes. Comme on a pu le constater récemment dans la société, dire sa misogynie est aujourd’hui admissible et cela, même dans l’Église ; c’est dire comment le vent a tourné !

 

Nos espérances

 

Heureusement que l’espérance perce à travers cela sinon nous aurions abandonné, nous nous serions senties abandonnées. Le rameau le plus vrai de la résistance a été pour nous la théologie féministe de la libération. Notre prochain colloque nous permettra d’approfondir encore plus cette voie parallèle.

 

L’Ecclésia des femmes qui émerge est un autre signe d’espoir. Une deuxième génération de femmes prend la parole avec une volonté d’engagement féministe. Prophétesses et prêtresses émergent des rangs.

 

Enfin, au fil du temps, nous avons osé nous affirmer en célébrant. Notre expérience des célébrations a fait que nous sommes autres et qu’il ne sera plus possible de revenir en arrière. La parole des femmes a été féconde et les écrits ont fart que cette parole a pu être transmise à d’autres femmes.

 

Autre signe porteur d’espérance, nous, des féministes chrétiennes, avons pu établir des liens de solidarité avec des femmes sans adhésion religieuse ou membres d’autres religions. Avec le temps, il y a eu ouverture des femmes à un discours religieux non patriarcal. Les milieux féministes reconnaissent même l’importance d’un discours religieux non patriarcal.

 

La société

 

Nos inquiétudes

 

L’universalité de la condition d’opprimée imposée aux femmes dans les diverses religions se retrouve dans les deux exemples suivants.

 

Des Koweïtiennes ont été violées par des Irakiens lors de l’invasion de leur pays. Les Koweïtiennes, de par leur religion, n’ont pas le droit de se faire avorter. Aujourd’hui, plusieurs accouchent des suites des viols. Et ce sont ces mêmes femmes qu’on arrive à convaincre de se sentir coupables, comme si elles avaient « souillé » leur famille.

 

Ici, il n’y a pas si longtemps, lorsque des femmes subissaient du harcèlement sexuel et qu’il advenait une grossesse, elles étaient bannies, exclues, coupables. Des hommes laïques et des hommes d’Église faisaient cela aux femmes. Les religieuses les accueillaient.

 

Autre sujet d’inquiétude, l’existence d’un jeune patriarcat. Le patriarcat avait une image d’hommes d’un âge certain. Aujourd’hui, les médias nous présentent de jeunes hommes sexistes racistes et violeurs qui s’attaquent à de jeunes femmes et les forcent même à se prostituer. Nous retrouvons une génération où la force de la socialisation extérieure à la famille a été dominante. Il y aurait une réflexion à faire sur la montée de l’intolérance, qu’elle soit de droite ou de gauche, c’est inquiétant.

 

Au plan social, il est aussi fort perturbant de voir que les femmes cheffes de famille monoparentale remplacent comme catégorie de personnes pauvres les femmes âgées. Il semble que nous ne sommes pas capables d’améliorer globalement les conditions de vie des femmes.

 

Nos espérances

 

Un jour, il faudra demander pardon aux femmes qui ont enfanté dans le célibat et que nous avons rejetées. Qu’elles soient catholiques, musulmanes ou d’une autre religion, on verrait alors le lien qui les unit. On se réfère à Dieu ou à un Esprit supérieur pour les rejeter. On se réfère à Dieu pour commettre le péché de sexisme.

 

On empêchera la libération du Christ d’advenir dans le monde tant que le péché de sexisme continuera.

 

La violence à l’égard des femmes est de plus en plus dénoncée. Les femmes elles-mêmes ont trouvé les mots pour le dire, les femmes ont dénoncé la situation qui était la leur. Cette volonté de certains hommes de les asservir, de les contrôler et, dans certains cas, cela va jusqu’à leur dernier souffle de vie, il faudra continuer à la refuser, il faudra que les femmes et les hommes la dénoncent afin qu’elle cesse complètement.

 

Notre espérance est aussi nourrie par la dimension nationale. À une autre époque, les femmes étaient exclues de l’histoire, de la vie politique. Aujourd’hui, c’est comme des sujets responsables, partie prenante de l’histoire que nous nous sentons concernées. Les femmes veulent participera l’élaboration d’un nouveau projet de société féministe, les femmes veulent prendre la parole, les femmes veulent dire ce que sera ce pays à construire, et il est bien qu’il en soit ainsi.

 

Le féminisme

 

Nos inquiétudes

 

Au regard du féminisme, quelques situations problématiques ont été soulignées. Sous certains aspects, le mouvement des femmes semble s’essouffler. Les groupes de femmes ont de plus en plus de difficultés à obtenir du financement, les ressources se font rares et cela a des répercussions même dans l’Église-institution. En effet, la vivacité des femmes dans l’Église dépend de la vivacité du mouvement des femmes. Il y a un lien entre les deux. Il semble aussi difficile d’intégrer les acquis des luttes féministes et de les passer d’une génération à l’autre. Si les femmes ont acquis des droits, ceux-ci ne sont pas encore entrés dans le quotidien. Qu’on pense aux demandes d’équité salariale, d’accès à l’égalité, etc.

 

Face aux femmes qui s’affirment et qui disent être « arrivées », des hommes éprouvent des difficultés et opposent de grandes résistances à l’actualisation des revendications des femmes, soit l’égalité, l’équité et la justice.

 

Nous assistons aussi à un renforcement de l’appropriation collective des femmes. Alors qu’auparavant, un conjoint avait l’obligation, contre services rendus (domestiques et sexuels) de faire vivre sa conjointe jusqu’à la fin de leurs jours, une forme d’appropriation privée, aujourd’hui, il en va tout autrement. Les femmes ont revendiqué leur autonomie financière mais, en moyenne, elles ne gagnent que 65 % du salaire des hommes. De plus, la situation de conjointe ne prémunit de la pauvreté que pour la durée de l’union et celle-ci est de plus en plus limitée dans le temps. Après une séparation, les femmes doivent souvent recourir à l’État pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants, mais l’État est géré majoritairement par la classe des hommes. Quant aux services offerts aux femmes, dès que l’État les subventionne, il établit ses normes, ses critères. Ainsi, la survie des femmes comme toute une série de services développés par et pour les femmes sont de plus en plus sous l’emprise de l’État. L’appropriation collective des femmes est donc de plus en plus présente.

 

Nos espérances

 

En plus des sources d’espérance déjà décrites, il en est deux autres qu’il nous faut mentionner. Tout d’abord, L’autre Parole, ce lieu où nous célébrons notre foi, donc notre foi féministe, est un lieu qui nous permet d’être en harmonie avec notre être. C’est un lieu de ressourcement, le lieu du commencement d’une nouvelle ecclésia.

 

Enfin, l’importance de la dimension collective est perçue avec de plus en plus d’acuité par les femmes car, « pour rompre avec l’isolement et le silence des femmes et vivre la sororité et la solidarité… le groupe constitue un lieu de support, de vérification, de confrontation et d’élaboration d’une parole pertinente et significative » (premier axe autour duquel s’articule le Collectif L’autre Parole). Ensemble, dans la solidarité et l’humour, les femmes oeuvrent pour changer des choses. Quelles soient jeunes ou âgées, les femmes ont de plus en plus conscience que collectivement, elles sont une force de changement sur laquelle on peut et doit compter.