Femmes et Eglise

Femmes et Eglise

 

Rita Gagné, o.s.u. – Gaspé

 

On m’a demandé d’être un écho de l’Est du Québec… Cet écho,vous arrive du « Far East »… et surgit d’une assez longue histoire d’engagement en Église. Depuis bientôt quinze ans, je suis en service dans une Église que j’aime, celle de Gaspé : une grande étendue de pays, de mer, de montagnes et d’Iles (celles de la Madeleine) en plein vent !

 

Après avoir oeuvré dans le secteur de la croissance de la foi des adultes, je suis, depuis deux ans, coordonnatrice de la Pastorale d’ensemble du Diocèse. Il paraît que c’est à cause de mon expérience et du poste que j’occupe que l’on a pensé à moi…

 

La pastorale, ici, a la couleur des gens et du pays d’ici : beaucoup de route, beauté toujours neuve des paysages, lenteur des saisons à venir comme à partir, sens du temps et flair des marées… Rien ne pousse qui n’a été semé un jour ; mais tout ce qui est semé ne pousse pas nécessairement. Les surprises des pousses neuves sont étonnantes pour ne pas dire quelquefois dérangeantes. Voilà mon pays d’Église pour qui sait le lire entre ses lignes vertes et bleues…

 

Dans ce pays d’hommes et de femmes, les femmes ont toujours eu grande place… oui, grande place. Aujourd’hui, ici comme ailleurs, on veut nommer ensemble Femme et Eglise ! Femmes et ministères !… Que nous arrive-t-il donc ? Mon Dieu ! qu’il y a des femmes ici qui sont profondément d’Église, qui en manifestent la diaconie dans tous les replis les plus cachés et les plus vrais de la vie ! Sans elles, je ne crois pas que l’Église serait de chez nous, ni même qu’elle serait tout simplement… Catéchètes au foyer comme à l’école, les femmes le deviennent de plus en plus dans les communautés chrétiennes. Pas une assemblée d’Église (conseils de pastorale paroissiaux, conseils de fabrique, comités d’initiation sacramentelle ou de liturgie, action bénévole…) qui ne soit formée d’un bon nombre de femmes très engagées. Sauf, bien entendu, s’il s’agit d’assemblées de ministres ordonnés ; mais, dans ces cas, s’agit-il vraiment d’assemblées d’Église ?

 

Si ces nombreux engagements publics dans l’Église sont les signes de l’amélioration de la condition féminine, alors il faudrait Je reconnaître, il y a eu transformation rapide de la condition des femmes dans l’Église. Autant je me réjouis quand je contemple le chemin parcouru, autant j’ouvre grands les yeux quand on me demande ce qui reste à faire. Pourtant je suis sûre que l’avenir est déjà semé en nos terres neuves…

 

En gros, nous sommes sans cesse ramenées au fait qu’il nous reste à vivre jusqu’au bout la vérité du même baptême pour tous et pour toutes, c’est-à-dire, pour être concrète, l’ouverture aux ministères ordonnés à toute personne baptisée appelée par le Seigneur. Je ne crois pas qu’on puisse justifier encore longtemps, si l’on continue dans les voies actuelles, l’exclusion des femmes des ministères ordonnés. N’est-on pas en train d’entrer dans la nouveauté d’être où nous accueille Jésus-Christ ? Pourquoi les femmes, tant faites pour le service, n’auraient-elles pas le pouvoir de rendre tous les services ? A moins que l’on prouve, et ce serait une piste intéressante, l’existence de quelque donnée dans la symbolique de la différenciation sexuelle qui justifierait cette exclusion… Il me semble impossible de trouver cette justification dans la teneur du message évangélique. D’ici là, beaucoup de difficultés demeurent et demeureront dans l’Eglise, difficultés de vie de tous les jours qui minent des énergies folles.

 

« Mais comment cela se fera-t-il ? » « Qui nous roulera la pierre ? » Questions de femmes s’il en eût ! Déjà les signes des temps parlent de l’Esprit qui nous couvre de son ombre… Et déjà aussi, du dedans, la vie pousse les portes du tombeau…

 

Je suis consciente de ne livrer ici que quelques-unes des intuitions qui m’habitent et creusent de plus en plus en moi une certitude tranquille face à l’avenir.

 

Le progrès souhaité est amorcé, me semble-t-il, dans le passage qui se vit, bien souvent hors et malgré nos vouloirs humains, du religieux-cultuel au spirituel. Ce passage, douloureux à bien des points de vue, nous amène à nous poser presque toutes les questions différemment : celle des ministères ordonnés, de la prière, de la communauté chrétienne, de la liturgie, des sacrements, de la relation au monde… Ce passage, trop lent ou trop rapide selon les points de vue, est le temps important qui nous est donné pour bien accueillir et respecter la différence des sexes et apprendre à les nommer non plus en terme d’opposition ni de complémentarité, mais en termes bibliques de conjugalité. Pour ne jamais ni en rien séparer ce que Dieu a uni !

 

Dans ce passage, nous voyons aussi peu à peu l’accent se déplacer des ministères à la communauté. C’est l’Esprit promis qui ferait cela ? Il me semble que nous avons à mijoter toutes les questions dans un bouillonnement de vie tout nouveau, non seulement à partir de la communauté, mais en communauté. L’expérience, parfois douloureuse, m’apprend que c’est le lieu par excellence porteur de toute grâce nouvelle. Ce qui est porté en communauté de foi et d’amour finit par donner des fruits neufs et satisfaisants. Dans cette optique, je suis convaincue que toute la question des femmes et des ministères est une question de communauté chrétienne, tout comme celle de la famille, de la vie religieuse, du sacerdoce, etc… Cette intuition m’est d’ailleurs confirmée par la vie apportée, en broussailles parfois évidemment, par les orientations des Évêques du Québec sur l’initiation sacramentelle et les communautés chrétiennes.

 

Concrètement, je veux signifier que, dans les années qui viennent, nous devrions davantage insister pour que l’on crée le plus possible des lieux ou réseaux où nous aurons à être-ensemble, dans un long chemin de réconciliation et de communion, pour tout ce qui concerne la vie de l’Église : orientations à prendre, textes officiels à publier, conseils de pastorale, etc. L’heure est à trouver des connivences ! De plus en plus, nous devrions demander que soit vécu au niveau de l’Église du Québec ce qu’on aurait aimé voir vivre au Synode : une assemblée permanente, non pas seulement des Évêques du Québec, mais de l’Église du Québec. C’est là que pourrait être discerné en Église tout ce qui concerne l’Église d’ici selon l’inspiration de Vatican II sur le Peuple de Dieu.

 

Plus nous expérimenterons, difficilement peut-être, des modèles d’être-ensemble, comme par exemple celui d’un groupe de travail pour le texte de l’A.É.Q. sur les M.T.S., plus tout s’articulera à partir de ces modèles nouveaux. L’accueil différent que suscitera ce qui aura été fécondé et porté en communauté deviendra comme le signe vivant de l’Esprit. D’ailleurs, je suis de plus en plus sûre qu’un nouveau type de prêtre, pas nécessairement célibataire dans un premier temps, ni nécessairement homme dans un deuxième temps, est en gestation dans la plus jeune génération, celle qui pousse au coeur de tout ce qui se fait pour renouveler les tissus communautaires… Le vin nouveau aura des outres neuves et il n’aura guère brisé les vieilles outres !

 

J’aurais le goût de dire : faisons foi en la communauté autour du Ressuscité et tout le reste nous sera donné par surcroît.

 

Créons des réseaux de connivences, car ni les hommes seuls, ni les femmes seules n’arriveront à améliorer quoi que ce soit ni à vivre Dieu au coeur du monde pour que celui-ci soit comme son Icône.