FEMMES PRÊTRES : ENJEUX POUR LA SOCIÉTÉ ET LES ÉGLISES

 

La lecture des actes du colloque international et œcuménique  tenu à Paris les 20 et 21 janvier 2006 Femmes prêtres : enjeux pour la société et les églises m’a fait pertinemment reconnaître que la question de l’ordination des femmes émerge dans de nombreux pays et dans divers groupes laïcs comme religieux.

 

De plus, tout en parcourant le contenu des exposés, tables rondes, témoignages, échanges de ces vingt-quatre heures de convivialité, j’avais l’impression de communier à une expérience ecclésiale régénératrice et à une solidarité en train de se mondialiser.

Maintenant, toutes les lectrices et tous les lecteurs s’ajoutent aux cent cinquante personnes : des jeunes, des prêtres, des hommes mais surtout des femmes de diverses formations et organisations chrétiennes qui ont partagé les points de vue et les réflexions de seize femmes et de cinq hommes impliqués dans l’animation.  Ce sera une autre forme de participation au débat sur l’ordination des femmes vécu lors de ce 16e colloque organisé par l’association Femmes et Hommes en Église et du Conseil scientifique de Genre en christianisme.

Après le discours d’ouverture prononcé en partenariat par les coprésidents de l’Association (Annie Crépin et Claude Bernard) suit le texte de la première conférence du Colloque, celui d’Églantine Janet Moreau intitulé  Des femmes prêtres dans l’Église d’Angleterre depuis 12 ans : une réelle égalité ?  Son exposé me fit percevoir la présence d’une certaine persistance de la domination masculine.  Au niveau du statut, cette persistance serait entretenue par des compensations accordées aux opposants, par l’Acte synodal de 1993 avec le concept de l’Existence des « deux intégrités » dans l’Église et par le difficile accès des femmes ordonnées aux postes décisionnels comme à l’épiscopat.  Selon la conférencière, l’exercice du sacerdoce des femmes comporte certaines difficultés attribuées au sexisme, au paternalisme, au type d’autorité, à la conciliation prêtrise, féminité et maternité.  Malgré tout,  elle arbore l’impact positif de leur présence sur la fonction du prêtre, sur la conception de l’Église, sur les croyants et la société en général. Cette nouvelle identité ecclésiale anglicane qui naît lentement, rend d’autant plus regrettable à ses yeux le totalitarisme de l’Église catholique sur l’ordination des femmes.

Les textes issus de la première table ronde : Des femmes ordonnées : une réalité internationale m’ont captivée par la diversité des témoignages, la richesse et le sérieux des débats.  Tout d’abord, Patricia Fresen (religieuse dominicaine jusqu’à son ordination en août 2003) dans son exposé Pourquoi ordonner ? offre un bref historique des diverses ordinations effectuées depuis 2002 (sur le Danube, à Barcelone, à Passau, à Lyon, au Canada, en Suisse et aux États-Unis). Puis elle évoque plusieurs réactions positives de la part de la société et des Églises au sujet de cette nouvelle réalité. En conclusion, elle présente le oui des femmes à l’ordination comme une obéissance prophétique en faveur de la justice, de l’appel à réformer la prêtrise et les structures ecclésiales de l’intérieur.  Dans son intervention, Geneviève Beney ( française ordonnée à Lyon en 2005) raconte tout simplement sa réponse à l’interpellation d’une communauté  Et toi ?  puis révèle les conséquences heureuses vécues depuis son ordination.  La déclaration publique de la disponibilité de Michèle Jeunet (religieuse de Notre-Dame du Cénacle) titrée Disponible  stimule ma compassion pour l’injustice vécue par toutes les communautés religieuses impliquées dans l’accompagnement spirituel et qui doivent faire appel à un prêtre pour réaliser leur mission.  L’intervenante proteste vivement contre cette situation d’injustice contraire à l’Évangile et apprécie l’heureuse subversion des modèles figés du masculin et du féminin advenue par l’ordination des femmes.  Et, le propos de Marie Évans Bouclin intitulé Chemin parcouru depuis les conférences de Dublin et d’Ottawa  a revitalisé mon espérance.  D’une étape à l’autre, elle démontre que le mouvement international pour l’ordination des femmes se situe dans un grand amour de l’Église qui se meurt faute de sang nouveau.  La dernière intervention de cette table ronde, celle de Gerd Wild  Pour l’Église, contre Vatican m’apparut comme un vibrant appui à l’ordination des femmes pour contrer l’injustice qui, aujourd’hui, entrave grandement la crédibilité de l’Église.

Au mi-temps du Colloque, figure la conférence publique  Laïcité, femmes, religion : la laïcité est-elle gage d’égalité ? de Jean Bauberot.  Le conférencier traite brièvement de la naissance du féminisme chrétien au sein du protestantisme américain, de l’occasion manquée en 1848 pour les féministes françaises, de l’ambivalence de la IIIe République laïque, de la rupture des années 1970 avec l’établissement de la laïcité et les rapports hommes-femmes puis aujourd’hui, du phénomène de laïcité de genre, de religion.  En conclusion, il affirme que l’antiféminisme laïque et l’antiféminisme religieux survivent toujours.

C’est avec la conférence d’Olivette Genest (spécialiste en exégèse sémiotique)  Évaluation des fondements bibliques invoqués contre l’accès des femmes au ministère sacerdotal dans l’Église catholique que s’ouvre le deuxième jour du Colloque.  Connaissant la compétence de la conférencière, j’ai apprécié son analyse rigoureuse des extraits bibliques retenus par le Magistère pour exclure et marginaliser les femmes.  Son illustration du poids du genre dans l’interprétation des passages bibliques privilégiés démontre clairement la christianisation inachevée de la perception du féminin et du masculin.  Elle nous laisse avec la question rhétorique : « À baptême identique, sacerdoce royal égal, la chrétienne est-elle différente ? »

Les propos de la deuxième table ronde intitulée Des femmes ordonnées : une réalité pastorale et œcuménique  attisent l’intérêt de la lectrice et du lecteur.  J’ai été touchée par la présentation des collaborations fécondes vécues par Françoise Gohin et qu’elle nous donne à entendre dans son exposé Femme en pastorale.  À son tour, Dominique Hernandez communique son expérience positive comme pasteure de l’Église réformée depuis 2000.  Elle exprime chaleureusement sa reconnaissance aux pionnières avec Une troisième génération de pasteurs femmes.  En lisant  Perplexité et scepticisme de Jean Lavergnat, j’ai imaginé la circonspection des personnes inscrites au Colloque et ouvertes à l’ordination des femmes, puisqu’il s’agit d’un texte de droite qui va dans le sens des débats préalables à l’acceptation de l’idée du sacerdoce féminin. L’intervention Inventer un ministère pastoral  de Danielle Perez (ordonnée dans l’Église luthérienne mais pasteure sans affectation) expose concrètement le cheminement communautaire atypique qu’elle réalise en étant convaincue de l’urgence de se libérer des carcans ecclésiaux pour inventer « les nouvelles outres » dont le Royaume de Dieu a besoin.

Après les variations de la deuxième table ronde, les trois dernières conférences servent bien les objectifs du Colloque.  J’ai apprécié la longue conférence d’Élisabeth Parmentier  Églises issues de la Réforme : les arguments pour l’ordination des femmes et leurs enjeux.  Elle lève le voile sur une première ordination vécue en 1920 et souligne que le grand changement est survenu après la publication en 1982 du Document du Conseil œcuménique  des Églises « Baptême – Eucharistie – Ministères ».  Depuis, l’obéissance à l’Évangile commande l’ouverture à l’ordination des femmes.  Avec sagesse, elle souligne les chances et les limites de toute argumentation, ainsi que la crainte face à un pouvoir des femmes et l’ombre d’un schisme toujours possible.  J’ai facilement adhéré à l’intervention de Kari Élisabeth Borresen (professeure de Théologie historique) Anthropologie monothéiste et droits humains des femmes.  Elle démontre bien, d’une part, que la subordination du sexe féminin est devenue insoutenable et, d’autre part, que la théologie doit démasquer l’interaction entre le théocentrisme et l’androcentrisme pour favoriser la survie du christianisme comme instrument de salut.  Quant à François Becker (professeur à l’Université de Strasbourg), dans son entretien intitulé   Femmes prêtres : enjeux sociaux et défis politiques, il appuie l’ordination des femmes.  À son avis, le masculin/féminin dans le monde s’avère une dualité – dialectique toujours féconde.  Il croit que la mise en pratique du partenariat dans l’égalité femme/homme bénéficie d’une espèce de résonance entre Église et Société.  De plus, diverses associations et plusieurs groupes de recherche mènent une lutte en faveur du partenariat.  Et je communie à sa conviction que l’ordination des femmes au sein de l’Église facilite le passage du patriarcat au partenariat dans le monde.

Après la lecture de la métaphore pâtissière d’Alise Gombault, inspirée par une phrase de Dorothée Sölle  (théologienne féministe allemande) livrée en guise d’envoi, j’ai savouré les contributions diverses venues entre autres de Suzanne Tunc, d’Yvonne Bergeron, de Marie-Thérèse Van Lunen-Chenu, de Pierre de Locht, de Pierrette Daviau, de John Wijngaards ainsi que les propos recueillis par Claude Bernard.

Femmes prêtres : enjeux pour la société et les églises  m’apparaît une revue incontournable à lire, à offrir et à partager pour que selon Pierrette Daviau, l’Église commence « à devenir une communauté vivante, plutôt que l’aliénation d’une activité cléricale mâle et un assentiment  femelle laïque ».

Un document très pertinent à scruter : 

Femmes prêtres : enjeux pour la société et les églises, Actes du colloque organisé par Femmes et Hommes en Église—Genre en christianisme, à Paris, les 20 et 21 janvier 2006, dans la revue française, Les réseaux des parvis, hors-série no 15 (semestre 2006). En vente à la Librairie Paulines. 98 pages de lectures très instructives.