La chronique de Martine Notre indifférence crucifiée

Martine Lacroix

Que de trésors nous a offerts Gilbert Bécaud ! Parmi toutes ces pierres précieuses, il y a une chanson bijoux, veuillez accepter ces quelques gemmes : « Ce qui détruit le monde c’est l’indifférence »… Si on renouvelle avec plus ou moins de régularité nos vœux de mariage avec Dieue qui nous incite à aimer notre prochain comme nous-mêmes, peut-on alors ignorer les SOS lancés par nos semblables ?

Femmes musulmanes, victimes des extrémistes religieux

Écrire sur la perversité des extrémistes religieux à l’égard de nos sœurs musulmanes représente un véritable défi. Qu’est-ce que ça remue au fin fond de nos entrailles ! Colère, tristesse, impuissance, incompréhension et culpabilité… Quand tous ces sentiments entrent en guerre, voilà que la nausée nous assaille et que faire le tri dans nos idées s’apparente à l’ascension de l’Everest. Malgré le manque d’air qui nous menace, amorçons la montée.

Lorsque le mot « musulmane » surgit dans notre champ de vision, beaucoup de nos congénères songent immédiatement… au voile ! Est-il nécessaire de rappeler que la plupart des musulmanes à travers le monde ne portent ni hidjab, ni tchador, ni niqab, ni burqa. Parmi celles qui portent le voile islamique, eh bien, certaines le font par choix que cela nous plaise ou non. Quant à leurs motifs, est-ce que cela nous regarde ? Posons plutôt nos mirettes vers celles qui sont contraintes de se voiler les tifs sans quoi elles risquent de voir rôder autour d’elles la détention ou la flagellation. À moins qu’il ne s’agisse de la Grande Faucheuse…

L’Iran de Mahsa et Narges

Depuis le décès de Mahsa Amini, survenu en septembre 2022, à la suite de son interpellation par la « police des mœurs » iranienne, notre indignation ne s’avère-t-elle point en voie d’extinction ? Au sein de tous ces pays sosies du nôtre, où jase-t-on encore du sort réservé à ces casse-cou féminines qui se rebellent contre la férule des fondamentalistes leur interdisant de circuler tignasse au vent ?

« Le hidjab obligatoire est la source principale de domination et de répression dans la société, visant à maintenir et à perpétuer un gouvernement religieux autoritaire », a déclaré Narges Mohammadi. Cette militante pour les droits humains, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023, laquelle aurait été « arrêtée treize fois, jugée neuf fois et placée en isolement quatre fois », selon Radio-Canada, comment est-ce possible que la majorité d’entre nous ignore son nom ?

Être femme sous la domination des talibans

En décembre 2024, l’Agence France-Presse rappelait toutes ces injustices. En prime, on nous signalait la plus récente lubie des autorités afghanes. Si construction d’un nouvel édifice il y a, celui-ci doit être « dépourvu de fenêtres par lesquelles il est possible de voir de près la cour, la cuisine et les autres endroits habituellement utilisés par des femmes ». Raison ? Cela pourrait provoquer des actes obscènes…

Immédiatement après le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, les droits des Afghanes se sont réduits comme peau de chagrin. Là-bas, tout le monde écope… ou presque ! Les braves qui défendent les droits de la personne, la communauté LGBTQ+, n’importe qui osant fustiger la tyrannie des talibans, etc. Évidemment, si tu coches le mot « femme », tu deviens ipso facto une proie facile. Arrestation si tu sors nu-tête, mariages forcés, possibilités presque inexistantes de gagner ta vie, éducation réduite au niveau primaire, interdiction de t’exprimer par la poésie ou la chanson dans la sphère publique et tutti quanti. Ah oui, connaissez-vous la signification du mot « mahram » ? Réponse : chaperon ! Pour une Afghane, mettre le nez dehors sans un bonhomme qui te surveille, c’est quasi impossible.

Ces contraintes déjà inhumaines sont devenues carrément odieuses et tragiques lors du tremblement de terre ayant frappé l’Afghanistan, le 31 août dernier. Elles ont causé la mort de femmes qui, conformément aux lois talibanes interdisant aux hommes de les toucher, n’ont pas pu être secourues[1].

Notre je-m’en-foutisme face à la cruauté des extrémistes musulmans

Le désintéressement de l’Occident à l’endroit de toute cette barbarie ne représente-t-il point une obscénité en soi ? Impossible de la justifier, peut-on toutefois l’expliquer ? Géographiquement, ne sont-elles pas trop loin, ces terres arabes ? Seconde hypothèse : le dicton qui dit ceci : « Qui se ressemble s’assemble ». Devant ces cultures n’ayant souvent presque aucun atome crochu avec nos rites occidentaux, ne s’élèvent-ils pas alors des murs, non pas en pierre, mais plutôt en verre ?

L’apathie des femmes comme nous, qui nous déclarons chrétiennes et féministes, ne paraît-elle pas davantage troublante ? L’iniquité qui s’abat sur les femmes catholiques au sein de leur propre église ne devrait-elle pas nous inciter à tendre la main aux femmes musulmanes victimes des extrémistes religieux ? Notre cœur ne devrait-il pas saigner face au calvaire vécu par ces victimes des fondamentalistes religieux ? L’autoflagellation n’aboutissant à rien de concret, rangeons notre cilice. Une prière a certainement meilleur goût.

Dieue, comme Monsieur 100 000 volts
L’indifférence, je voudrais la voir crucifiée
L’indifférence, qu’elle serait belle, écartelée.
Amen

[1] C’est ce que rapportait le New York Times, repris par le Courrier international du 8 septembre 2025 : https://www.courrierinternational.com/article/reportage-en-afghanistan-les-femmes-sont-volontairement-oubliees-sous-les-decombres_234864