LE DÉBAT N’EST PAS CLOS SUR L’ORDINATION DES FEMMES !

 

En mai 1994, Rome s’est prononcé sur la question de l’ordination des femmes déclarant que le débat était définitivement clos et qu’il ne saurait y avoir d’accès aux ministères ordonnés pour les femmes. Les autorités romaines soutiennent que le plan de Dieu n’autorise pas l’Église à conférer l’ordination sacerdotale à des femmes exigeant même que cette position soit définitivement tenue par tous les fidèles.  Du même souffle, elles interdisent la poursuite des débats, discussions, recherches, requêtes en vue de l’ordination des femmes et les catholiques du monde entier sont sommés de se soumettre.

 

 Évidemment, partout dans le monde, il y a eu de vives protestations rapportées dans les médias. Au Québec, parmi les gestes les plus significatifs, retenons celui du groupe Femmes et ministères. Tout en exprimant son espoir que se poursuive le dialogue avec l’Église canadienne, Femmes et ministères a, dans une lettre adressée aux évêques canadiens et publiée dans les journaux, clairement exprimé sa dissidence face au bâillon romain. Cette lettre a reçu un appui de quelque 2000 catholiques. De son côté, la collective L’autre Parole a réfuté publiquement les arguments romains et demandé aux évêques du Québec de poser un geste prophétique en ordonnant des femmes qui détiennent les compétences théologiques et pastorales requises et qui ont reçu l’appui de leur communauté chrétienne.

Dans un premier temps, il y a donc eu des protestations de la part des catholiques, mais force est de reconnaître que cette lettre apostolique a aussi asséné un véritable coup de massue qui a eu pour effet de démobiliser nombre de communautés chrétiennes et de femmes engagées en Église.  Par ailleurs, assez rapidement, de nouvelles stratégies voient le jour .  Women’s Ordination Worldwide (WOW) organise des rencontres sur la scène internationale afin de  promouvoir l’ordination des femmes. Des femmes sont ordonnées dans divers pays dans le respect intégral des règles canoniques et le site de John Wijngaards ( www.womenpriests.org)  s’impose comme le site le mieux documenté sur l’ampleur des résistances qui s’élèvent à l’endroit des autorités romaines et sur le caractère non fondé tant aux plans biblique et  théologique que pastoral des interdits romains.

L’autre Parole s’était déjà prononcée en 1989 en faveur du OUI ! à l’ordination des femmes. Nous ne recommencerons pas à déployer un argumentaire biblique et théologique car les études existantes démontrent clairement qu’il n’y a aucun fondement à l’exclusion des femmes des ministères ordonnés. Pour nous, de L’autre Parole, nous croyons que le problème est culturel et politique. La véritable question est de savoir s’il est possible de déclencher, à l’intérieur de l’Église, la révolution copernicienne qui  permettrait premièrement d’abolir la division hiérarchique clercs-laïques en instaurant des pratiques ecclésiales démocratiques et, deuxièmement, amènerait l’Église à reconnaître l’égalité entre les sexes en donnant aux femmes accès à toutes les fonctions à l’intérieur de l’Église y compris les ministères ordonnés.

Actuellement, cette caste usurpe le sacerdoce des baptisés – hommes et femmes – en s’appropriant l’exclusivité de la gestion du sacré et de l’ensemble des biens du salut. Jusqu’à tout récemment, elle était même parvenue à convaincre une part importante des fidèles de la légitimité de cette usurpation.

Cet échafaudage sexiste s’érode de plus en plus et une très forte majorité de la population ne voit pas d’objection à ce que des femmes soient ordonnées prêtres. Même au sein de l’Église, quand on sonde l’opinion des catholiques engagés, il est de plus en plus difficile de trouver des opposants au sacerdoce des femmes. L’opinion a manifestement évolué au cours des 20-30 dernières années et est de plus en plus à même d’accueillir une participation active des femmes à tous les rôles et fonctions dans l’Église comme dans la société.

Aujourd’hui, il nous apparaît important d’intervenir tant pour des motifs ecclésiaux que sociétaux. Au plan ecclésial, nombre de catholiques sont convaincus que, pour s’inscrire en fidélité avec l’enseignement de Jésus, il importe d’accueillir les femmes dans tous les ministères. Ils se fondent sur l’idée que, compte tenu de la révolution que Jésus a inscrite de son vivant dans les rapports hommes-femmes, il voudrait aujourd’hui qu’hommes et femmes se partagent les responsabilités dans son Église. D’ailleurs, comment cette Église pourrait-elle avoir un avenir si elle se prive de l’apport des charismes des femmes ?

Au plan sociétal, cette pratique discriminatoire a un impact sur l’ensemble des femmes de la planète. L’Église catholique, qui regroupe un sixième de la population mondiale, possède encore une légitimité et un rayonnement moral et politique. Lorsqu’elle a une pratique discriminatoire à l’égard des femmes, elle justifie leur infériorisation et leur marginalisation tant dans l’Église catholique que dans les autres grandes religions et dans la société en général. Elle constitue à ce moment-là un véritable frein à l’avancement des droits des femmes dans toutes les sphères de la société.

Cette exclusion des femmes des fonctions de gestion du sacré a non seulement un impact réducteur sur la représentation que les femmes ont d’elles-mêmes les empêchant de se percevoir comme pleinement icône de Dieu/e, elle prive aussi la société des talents et charismes des femmes pour transformer la création.

D’autre part, face au refus répété des autorités ecclésiales de permettre aux femmes de contribuer à l’avènement du sacré, ces dernières ont pris le chemin du maquis et c’est dans la sphère privée, que de plus en plus, certaines d’entre-elles font mémoire de Jésus en partageant le pain et le vin.

Dans la conjoncture actuelle, en tant que féministes et chrétiennes, nous ne pouvons que soutenir les différentes pratiques de résistance : débats, lettres de protestation, ordinations non-autorisées, célébrations eucharistiques domestiques présidées par des femmes, etc.

À L’autre Parole, nous travaillons à faire en sorte que le débat sur l’ordination des femmes soit public et démocratique. Le confinement au silence et à l’obéissance empêche l’Église de se renouveler et de devenir pleinement signe de l’humanité hommes et femmes.