NI ISOLEES. NI EXOTIQUES

NI ISOLEES. NI EXOTIQUES

 

Louise nous parle, dans le présent numéro, de la théologie de la libération. Elle nous dit comment nous, de L’autre Parole, nous nous inscrivons dans ce courant théologique. Féministes ayant pour lieu spécifique le champ du religieux, c’est sur ce terrain que nous poursuivons notre quête vers la libération. En cela, nous ne sommes ni seules ni exotiques.

 

Dans les années soixante-dix, aux Etats-Unis comme au Canada, les femmes engagées dans de multiples luttes contre de multiples injustices dans leurs sociétés respectives ont suivi un même parcours.

 

Elles se sont d’abord alignées avec les hommes pour combattre les oppressions raciale, nationale, sociale… La conscience et surtout l’analyse de l’oppression sexiste n’étaient pas alors prises au sérieux même dans ces milieux progressistes où persistaient dans la vie privée ou publique les rapports hommes/femmes inégalitaires. Ces femmes se sont donc vues contraintes de se regrouper afin de se donner, entre elles, le discours et la pratique de leur lutte contre le sexisme.

 

C’est ainsi que certaines théologiennes américaines, s’étant engagées dans la théologie de la libération, en vinrent à se regrouper pour questionner leur foi et leurs façons de la vivre à partir de leurs réalités de femmes. La théologie féministe, située dans ce courant de la théologie de la libération qui avait pris naissance en Amérique latine et se nourrissait des luttes de libération des masses populaires, commença à se construire.

 

Le Québec des années soixante-dix n’échappa ni aux courants politiques de gauche, ni au féminisme, ni à la théologie de la libération. En 1972, un groupe de Québécois sympathiques aux luttes de libération des masses populaires latino-américaines, en liens avec les « chrétiens pour le socialisme » de là-bas, s’organisèrent au Québec pour vivre leur foi à travers leurs propres luttes sociales. Le « Réseau des politisés chrétiens » vivra dix ans et regroupera, dans ses plus beaux jours, jusqu’à trois cents personnes.

 

En 1975, ayant reçu des documents de Rosemary Ruether, cette théologienne américaine qui venait d’alerter vigoureusement ses collègues sur la théologie féministe, je saisissais les femmes du Réseau de la problématique développée par Ruether. Sans succès alors, dois-je bien l’avouer.

 

C’est dans ce climat que Monique, Louise, Marie-Andrée m’ont fait signe et que j’ai joint L’autre Parole pour vivre avec des femmes d’ici une aventure de théologie féministe axée sur la libération, des plus passionnantes.

 

Chaque membre du collectif apportant ce qu’elle est d’où elle vient ; en complémentarité entre nous, en liens avec celles d’ailleurs, c’est ainsi que nous avançons.

 

Ni isolées, ni exotiques, dans la petite bonne femme de chemin que nous avons choisi.

Judith DUFOUR groupe Vasthi