POUR LIBERER L’ENFANT •••

1975 : année de la femme, 1979 : année de l’enfant. A part le fait de mobiliser pour un moment les caméras et la publicité, ces deux événements se rejoignent-ils par d’autres lieux plus fondamentaux ? Au-delà des hommages rendus et de la pacotille vendue, qu’auront apporté ces deux années au plan de la réflexion, de la conscientisation et des initiatives concrètes ?

 

Bien sûr, la plupart des femmes se sentent probablement très concernées par l’année de l’enfant. Comment en serait-il autrement dans un contexte où on les incite à sur-valoriser l’importance de leur rôle auprès des enfants pour éviter qu’elles se reconnaissent des compétences pour d’autres fonctions ? L’année de l’enfant permettra sans doute aussi de mettre en évidence diverses formes d’oppression dont les enfants sont victimes et de pointer du doigt des « femmes coupables ». 1979 pourrait cependant être une occasion privilégiée de découverte de ce que les femmes et 1es enfants ont en commun au niveau d’un processus de libération.

 

Au Québec, comme en bien d’autres pays, femmes et enfants ont appris ensemble à se soumettre à une analyse masculine de leur réalité et à y conformer leurs agirs. A force de les obliger à regarder le monde de leur cuisine et de leur berceau, on a souvent réussi à étouffer leurs désirs et même leur parole. Il est en effet plus facile d’anéantir les cris par la force ou le chantage que d’essayer de déchiffrer la signification profonde de ce qui semble à première vue touffu et étranger au discours organisé des traditions établies.

 

Ces événements ont trahi non seulement le visage de la femme, mais aussi celui de l’enfant. Entretenir la femme dans un état de soumission, de dépendance et de silence sur des sujets qui la concernent au plus haut point, n’est-ce-pas en quelque sorte lui reconnaître un statut comparable à celui qu’on a toujours réservé aux enfants ? Et, selon la même logique, n’est-ce pas en même temps un moyen de perpétuer une fausse image de l’enfant ?

 

En attendant que s’équilibrent dans l’univers éducatif de l’enfant (famille-garderie-école primaire) les contributions masculines et féminines et même, pour hâter ce processus, les femmes ne peuvent se contenter de dévoiler leur visage mais elles doivent aider l’enfant à trouver et à révéler le sien.

 

Croire à l’intelligence, à l’intuition et la sensibilité des enfants ne consiste pas seulement à nous réjouir de ce qu’ils nous renvoient de nous-mêmes et de ce que nous attendons d’eux. C’est avant tout découvrir avec eux le caractère unique et indispensable de leur participation aux projets familial, scolaire et social.

 

Quand nous prendrons au sérieux les besoins des enfants et que nous leur donnerons les moyens de les exprimer, quand nous tiendrons compte de leur parole, non seulement aurons-nous commencé à nous libérer de l’enfant soumis de jadis mais nous aurons aussi amorcé la libération de l’enfant.

 

Sherbrooke  Michèle Lavoie