Renouveler notre pensée sur le vieillissement

En ces temps où la jeunesse, la beauté, la performance, l’innovation sont les valeurs prépondérantes, l’auteure de ce livre 1 propose une réflexion sur le vieillissement, à partir de son expérience et de sa profession de philosophe à l’Université du Québec à Rimouski. Elle jette un regard positif sur cette réalité que l’on subit trop souvent et que l’on cherche à cacher.

Je retiens en premier lieu la perspective qu’elle développe sur le temps qui passe, sur la durée. Plus que la linéarité du temps qui se présente comme une trajectoire vers le futur, c’est le passage du temps qu’elle retient surtout : « car dans l’acte même de passer, le passage imprime son empreinte dans notre être. » (p. 24) Elle reprend ainsi l’idée du philosophe Henri Bergson qui présentait la durée comme un fil qui s’enroule autour d’une pelote : « Rien de notre passé ne s’efface de notre être. Comme le fil qui s’enroule et grossit la pelote, au passé s’additionne le présent qui l’enrichit sans cesse. » (p. 25) Selon cette vision, la vieillesse n’est pas l’addition des années les unes aux autres, mais leur déroulement transforme notre être de manière qualitative par l’action « des traces psychiques imprimées dans notre mémoire » (p. 25).

L’auteure rappelle que la vieillesse est une réalité inéluctable, un processus qui commence dès notre naissance, jusqu’au moment où les signes physiologiques apparaissent et réclament de la reconnaître. Certes, les pertes au niveau de la mémoire, de l’apprentissage, des relations, etc. demandent de s’y adapter, de faire les deuils requis, ce qui exige du renoncement (et non de la résignation pour autant), mais permet une plus grande satisfaction personnelle. À contre-courant de la pensée dominante, elle en arrive à soutenir que « vieillir est un privilège » (p. 79 et suivantes) parce qu’on a du temps pour soi, le temps de goûter la vie, malgré les vulnérabilités et déficits de l’âge, le temps qui nous enrichit de sensibilité et de compassion, le temps d’apprendre tant de choses dans ce monde qui change. Même la solitude, qui n’est pas l’isolement, peut nous aider à intégrer notre MOI véritable plutôt qu’en rester à l’image publique que nous projetions dans notre vie active. Dans ce sens, la vieillesse offre encore des occasions de croissance ; loin des « apparences », de l’accessoire, c’est le temps centré sur l’essentiel, le temps de la vérité, de l’authenticité.

Cependant la moitié de ce livre porte sur la question majeure du vieillissement et du temps qui passe : la mort. La réalité de notre finitude, de notre mortalité est fortement affirmée, appuyée sur nombre de penseurs, en opposition avec des tendances actuelles qui, soutenues par les progrès de la médecine technologique, cherchent à contrer cette dimension de la vie humaine. Continuant son discours de sagesse, Simonne Plourde parle de sa propre expérience du rapport à la mort, à partir de la perte d’êtres aimés, de son vécu du déni de la mort, et de ses rêves.

La vie et la mort sont « des soeurs siamoises », dit-elle (p. 85). Aucun chirurgien ne pourra les séparer. L’une dialogue avec l’autre. On sait que nos cellules meurent alors que d’autres naissent. Les êtres humains meurent pour que d’autres naissent. Mais il est normal d’être confrontés à la peur de la mort, en prenant conscience qu’elle est liée aussi à notre incertitude concernant le sens de notre vie. Notre désir d’immortalité nous fait oublier notre condition mortelle, et nous ressentons notre mort comme un inachèvement ; mais compte tenu de notre finitude, la fin de notre vie est un accomplissement.

Le titre du livre L’âge de l’espérance vise la question de fond à laquelle aboutit cette réflexion : la mort est un mystère parce qu’elle nous met devant la fin de notre être sans savoir rien de ce qui se passe dans la mort elle-même. Indépendamment de ce que le discours de la foi chrétienne dit au sujet de l’« autre vie », nous sommes acculés, humainement parlant, à la confiance, à l’abandon, à l’espérance.

Ce livre est précieux pour nous amener à renouveler notre pensée de manière positive sur une réalité inévitable.

 

 1. PLOURDE, Simonne. L’âge de l‘espérance – Essai sur le vieillissement. Éditions Médiaspaul, 184 pages, 2015.