SOUFFLES DE FEMMES. LECTURES FÉMINISTES DE LA RELIGION.

SOUFFLES DE FEMMES. LECTURES FÉMINISTES DE LA RELIGION.

 

(publié sous la direction de Monique DUMAIS et Marie-Andrée ROY) (Éditions Paulines, 1988)1

 

Cet ouvrage vient tout juste de paraître : le lancement a eu lieu le 8 mai dernier. Avec l’autorisation des auteures, nous reproduisons de larges extraits de leur introduction.

 

Les quinze dernières années ont été une période de transformation des pratiques et des discours des femmes sur la religion. Des pratiques nouvelles aux plans pastoral, liturgique se sont imposées dans le milieu ecclésial et les femmes se sont mises à écrire, à penser la religion par elles-mêmes. Les conditions d’émergence de ce phénomène étaient réunies : la montée du mouvement féministe dans la société a donné un souffle nouveau aux femmes en quête d’égalité dans l’Église ; l’avènement de la modernité a favorisé l’affaiblissement du rayonnement du pouvoir clérical ; l’accès des femmes au savoir religieux a enfin permis l’arrivée, sur le marché du travail, des premières femmes diplômées en sciences religieuses.

 

Plus encore, les femmes ont commencé à s’organiser, à se solidariser dans l’Église. Elles se sont regroupées en empruntant la formule des groupes autonomes de femmes : pratique de conscientisation à partir du vécu des personnes, analyse des mécanismes d’oppression, critique du régime patriarcal, formulation de revendications, utilisation de moyens de pression, développement de pratiques religieuses féministes alternatives.

 

C’est sur ce terrain qu’est né ce livre. Il est le fruit de la présence du mouvement des femmes dans le champ religieux. Il a pour objectif de faire le point sur cette parole émergente des femmes dans les études religieuses. Il est issu d’une pratique de changement de la condition des femmes dans l’église et il veut retourner au terrain de l’engagement en s’adressant avant tout à celles qui sont impliquées dans la transformation de la réalité ecclésiale par trop patriarcale.

 

Les publications en langue française qui traitent des rapports des femmes à la religion, dans une perspective de changement, demeurent rares. Signalons deux ouvrages importants qui ont été publiés ces dernières années sous la direction de la théologienne Elisabeth J. Lacelle, connue non seulement pour la qualité de ses travaux universitaires mais aussi pour son engagement pour l’avènement d’un véritable partenariat dans l’Eglise. Il s’agit de La femme et la religion au Canada français et La femme, son corps et la religion2. Il nous apparaît qu’il faut poursuivre les travaux en ce sens pour préciser toujours et davantage la pensée des femmes.

 

Nous sommes deux artisanes de ce livre. Il n’est pas le fruit du hasard, il émerge d’une longue connaissance et d’un cheminement solidaire dans le collectif de femmes chrétiennes et féministes que nous avons mis sur pied avec d’autres femmes en 1976, L’autre Parole.

 

Le présent ouvrage, sans être une publication du collectif L’autre Parole, doit beaucoup à la vie animée dynamique du groupe. Il s’est imposé à nous comme une nécessité lors de l’une de nos multiples rencontres de travail pour le collectif. Il était grand temps d’écrire à propos de ce qui nous engage et nous dynamise dans la vie : une affirmation et une implication complètes des femmes dans la société et dans l’Église. À notre invitation, Louise Melançon théologienne et membre active de L’autre Parole depuis ses débuts, a apporté son concours judicieux pour l’élaboration du plan du volume. Celui-ci a été élaboré à l’intérieur de perspectives chrétiennes, féministes ; il a bénéficié d’un collectif diversifié de ressources dans différentes disciplines.

 

Quand nous parlons de religion nous nous référons, sans vouloir exclure les autres confessions et les diverses pratiques religieuses, à sa principale expression dans la société québécoise, le catholicisme, qui a marqué et continue de le faire, d’une manière ou d’une autre, la majorité des femmes du Québec.

 

Nous avons travaillé à l’intérieur de perspectives féministes, c’est-à- dire avec la volonté d’apporter une contribution à la pratique de transformation de la réalité des femmes au plan religieux et à l’ensemble de la pratique féministe qui révolutionne la réalité personnelle, sociale et culturelle des femmes d’ici. Sans mouvement social de libération des femmes, il n’y a pas de possible transformation de la place des femmes dans l’Église, mais également nous sommes persuadées que la situation des femmes au plan religieux a une incidence directe sur la condition générale des femmes dans la société parce que la religion se vit nécessairement dans l’espace social.

 

Nous privilégions une approche pluridisciplinaire et interdisciplinaire de la question des femmes et de la religion, afin d’avoir une compréhension exhaustive, plurielle de la réalité religieuse vécue par les femmes.

 

Nous avons choisi l’appellation Souffles de femmes parce que le souffle, le vent marquent dans les traditions juives et chrétiennes les créations, les renouvellements, les pentecôtes. « Tu envoies ton souffle, ils sonts créés, tu renouvelles la face de la terre » (Ps.104, 30). Dans le domaine de la religion, des femmes laissent de plus en plus libre cours à leurs souffles d’inspiration et de création qui donnent l’élan nécessaire pour le travail d’écriture et qui iront briser les inerties, défaire les lassitudes et vivifier les sources profondes de dynamisme de toutes celles qui pétrissent le pain de l’autonomie et de la liberté. Nous avons choisi également ce titre parce que toutes deux nous venons du Bas-Saint-Laurent et que nous sommes des familières du grand vent du large, ce vent qui balaie si bien les feuilles mortes et qui nous fouette les sangs. L’Église, nous le pensons, a un besoin urgent de ce grand vent.

 

Le présent ouvrage se divise en trois grandes parties : la situation actuelle, les données nouvelles et des éléments de prospective. Dans la première partie, la situation actuelle, Louise Melançon fournit, dans un texte précis et synthétique, des perspectives générales sur la problématique féministe de la religion. Elle trace les grandes avenues déterminant les réflexions des femmes qui veulent apporter des transformations de base à la théologie d’aujourd’hui et dans l’Église contemporaine. Fait suite une production de Marie-Andrée Roy. Elle présente un bilan exhaustif, une analyse serrée des revendications menées par les femmes depuis une quinzaine d’années dans l’Église catholique. Elle fournit, en annexe, le corpus complet de ces revendications, telles que formulées par les femmes.

 

La deuxième partie, les données nouvelles, permet de faire le point sur quelques avancées théoriques qui ont marqué la réflexion des femmes d’ici. La première étude, très riche en données, de Béatrice Gothscheck, présente Marie dans l’imaginaire québécois à travers les revues mariâtes, les pèlerinages, les rituels, les images, les invocations, les cantiques. Suivent deux textes de Monique Dumais. L’un permet de renouveler les perspectives en morale. Il montre comment les féministes tentent de passer à une éthique auto-déterminée, où les femmes sont « sujets » de leur être et de leur devenir. L’autre retrace des façons différentes de dire Dieu à travers la tradition chrétienne et l’impact que cela peut avoir sur la condition des femmes dans l’Église aujourd’hui.

 

La dernière section du livre propose des perspectives nouvelles pour enrichir les approches sur femmes et religion. La psychologue féministe de la religion Naomi Goldenberg, bien connue au Canada anglais et aux États-Unis, permet de faire avancer la pensée féministe sur le corps, en appliquant, à certaines idées religieuses, la théorie de l’agressivité de Mélanie Klein. Ce texte a été gracieusement traduit de l’anglais par Marie Gratton-Boucher qui, une fois de plus, a mis ses talents au service de l’avancement de la recherche sur les femmes. Flore Dupriez ouvre toutes grandes les portes de la créativité en proposant une panoplie de célébrations spirituelles féministes qui permettent d’explorer toute la richesse de l’imaginaire et de la symbolique femme. Enfin, des textes réunis par Monique Dumais et présentés par Marie-Andrée Roy donnent accès à de nouvelles façons de dire Dieue.

 

Bonne lecture à toutes… et à tous !

 

1 On peut se procurer cet ouvrage à la Librairie des Editions Paulines, 3965 Henri- Bourassa Est, Montréal-Nord, QC. H1H 1L1

2 Elisabeth J. LACELLE, Le femme et la religion au Canada français. Un fait socio-culturel. (Femmes et religion,1) Montréal, Bellarmin, 1979, et La femme, son corps et la religion. Approches pluridisciplinaires 1 (Femmes et religion 2) Montréal, Bellarmin, 1983.