VIGILE PASCALE 2020

PREMIÈRE CÉLÉBRATION EN TEMPS DE CONFINEMENT

AVEC UNE PLATEFORME EN LIGNE DE RÉUNION À DISTANCE

CÉLÉBRATION ENTRE LES FEMMES DE L’AUTRE PAROLE

 

En ce temps de pandémie où la mort semble plus forte que la vie et où le cloisonnement est de rigueur, il nous apparaît plus nécessaire que jamais de sentir la présence de nos amies par tous les moyens virtuels mis à notre disposition, pour célébrer la vie, la victoire de la vie sur la mort.

Quelques-unes d’entre nous, ayant eu l’occasion de se rencontrer virtuellement, ont donc pensé qu’il serait bon de profiter de cette occasion qu’est Pâques, cette fête de la « victoire de la vie » pour nous fortifier mutuellement de cette vie qui nous habite. Nous avons toujours besoin de sentir la vie autour de nous, mais sans doute plus encore en ce temps de pandémie où tout semble figé dans la mort.

Nous imprégner de la vie du Ressuscité nous est chaque jour nécessaire, mais sûrement plus encore dans ce temps de bouleversement par la Covid-19.

Cette Vigile pascale virtuelle se veut donc un moment privilégié de sororité tourné vers la Christa et vers nos frères et nos sœurs du monde entier qui occupent particulièrement nos pensées en ce temps de crise.

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Musique d’ouverture pendant le lancement de la rencontre — J.P.

Le Messie de Haendel

Mot de bienvenue — C.T.

Cette fête de la résurrection que nous nous apprêtons à célébrer est l’aboutissement non seulement des trois années de vie publique de Jésus, mais de beaucoup plus si l’on se réfère à toute l’histoire du salut.

Les Évangiles racontent la naissance et la vie de Jésus. Plus particulièrement, ils s’attardent à la vie publique de Jésus, ces années de ministère, de prédicateur et de guérisseur qui débouchent sur le récit qui célèbre l’institution de l’eucharistie, de sa passion et de sa résurrection. Il est donc presque impossible de commencer cette célébration de la résurrection de Jésus le Christ sans la rattacher aux récits qui précédèrent sa résurrection.[1]

Rappel du Jeudi saint

Lectrice — P.D.

« Nous sommes réunies [en ce jour] pour célébrer la mémoire inaliénable et l’héritage incommensurable du christianisme dont nous sommes les dépositaires dans la foulée de celles et de ceux qui nous précèdent et nous accompagnent dans la foi, l’espérance et l’amour.

Jésus, sous la mouvance de sa mort proche, a voulu célébrer la grande fête de sa communauté : la Pâque juive qui évoque le passage d’une situation d’esclavage à la liberté. Cette fête de la Pâque projette encore aujourd’hui une lumière exceptionnelle sur la Pâque qu’a vécue Jésus. » (no 61, p. 34)

Les racines

Lectrice — N.L.

« Jésus, en présence de tes proches, en présence de ta communauté plus intime, à l’occasion de ton dernier repas liturgique, tu relis le sens de la vie, le sens de ta vie, en faisant mémoire de tes racines juives.

Tes racines, c’est, notamment, la terre d’Égypte, terre d’esclavage. Tes racines, c’est l’exode et la libération du peuple juif, de ton peuple. Tes racines, c’est la Parole du Très-Haut sur cet événement, parole transmise jusqu’à toi et jusqu’à nous dans les écritures de l’Exode.

“Ce jour-là sera pour vous un mémorial.

Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage.

C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez”. (Exode 13,9-10) » (no 61, p.34-35).

La mémoire

Lectrice — Marie. B.

« Tes racines, Jésus, c’est la foi de Sarah et d’Abraham, c’est l’espérance de Myriam et de Moïse, c’est l’amour de Ruth et de Noémie, de Marie et d’Élisabeth.

Tes racines, Jésus, tu les as rendues présentes dans ta vie de tous les jours, dans tes gestes de service et de partage, de solidarité et d’accueil sans frontières… Voilà ce que tu nous as laissé comme héritage […] : des gestes de service et de partage ». (no 61, p.36)

Faire communauté

Lectrice — J.C.

Étant confinées les unes et les autres dans nos maisons respectives, nous ne pouvions partager une même miche de pain et boire à la même coupe de vin comme tu le fis avec Marie, Marthe, Jeanne, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et les autres. Nous avons choisi une autre manière de faire communauté afin de communier avec toi : le partage de la parole. Ta mémoire et ton héritage, nous les rendons présents aujourd’hui en partageant nos réflexions.

Nos racines, la mémoire, faire communauté

Lectrice — C.T.

Nous pouvons donc nommer des personnes, des faits et des gestes qui font partie de nos racines et de notre mémoire… collective ou individuelle…

Nous pouvons aussi nous exprimer sur le sens de la vie, de notre vie, en ce temps de pandémie et à la veille d’entrer dans « la joie de la résurrection »…

Partage de la parole

« Fortes [de l’Alliance que tu as établie avec nous lors de ton dernier souper avec tes ami∙e∙s,] riches de ton héritage, sûres de ta promesse que tu seras avec nous jusqu’à la fin, nous continuons notre marche, conscientes des pièges et des souffrances qui jalonnent la route de la libération. » (no 61, p. 38).

Rappel du Vendredi saint

Des pièges et des souffrances qui jalonnent notre route de libération…

Lectrice — L.D.

À ce moment-ci de notre célébration, nous tentons d’actualiser la crucifixion en fonction de la situation actuelle des femmes. Rappelons quelques-unes de « ces souffrances au féminin » qui jalonnent notre route  :

  • Femmes abusées, violentées, violées par des clercs.
  • Femmes violentées, violées dans les guerres.
  • Femmes violentées, violées, abusées dans leur famille.
  • Femmes nourricières privées de lait.
  • Femmes chef [fes] de famille privées de gagne-pain. […]
  • Femmes jugées par des hommes pour des délits orchestrés par le pouvoir.
  • Femmes-objets.
  • Femmes dénudées et données en spectacle.
  • Femmes enchaînées aux profiteurs. […]
  • Mères affligées devant la souffrance d’un enfant. […]
  • Femmes impuissantes devant la mort lente du fruit de vos entrailles.
  • Femmes agonisant avec la chair de votre chair. […]
  • Femmes prostrées devant le tombeau muet.
  • Femmes enroulées dans le linceul de vos douleurs. […]
  • Femmes en route vers les résurrections » malgré toutes les douleurs qui nous entourent. » (Extrait du livre Oser le dire 79-85)

Prière universelle

Lectrice — M.-J.R.

« Nous allons maintenant offrir nos intentions de prière. Après la lecture de celles que nous avons préparées, vous êtes invitées à partager avec nous vos propres intentions de prière. […]

Prions […] pour que s’épanouisse l’ekklèsia des femmes en mémoire de celles qui, au matin de Pâques se sont rendues au tombeau. » […]

Prions pour que s’effondre la misogynie dévastatrice de toutes les religions du monde tentées par le contrôle des femmes. « Prions pour que cesse toute forme de complaisance à l’égard des dirigeants religieux qui s’entêtent à maintenir les femmes sous la tutelle de leurs orthodoxies. » (no 61, p. 42)

Prions pour celles qui souffrent, afin qu’auprès de toi Jésus, au centre de cette communauté de Christas, cette ekklèsia nouvelle, elles trouvent la paix de l’âme, la sororité et la solidarité, car comme l’écrivait Monique Dumais [2]

« dorénavant ce qui est vraiment christologique, ce qui est vraiment révélé touchant l’incarnation de Dieu et de son pouvoir salvifique dans la vie humaine doit résider dans une collectivité et non seulement dans de simples individus. »

 

Partage des intentions de prière

Lectrice — C.T.

Maintenant, écoutons une lecture tirée de « Retraite de carême » animée par des membres de la communauté des Xavières.

Lectrices — Y.G. et C.L.

« La passion de Jésus et sa mort sont des événements violents, douloureux. Pour en saisir pleinement le sens, il est essentiel de les envisager non pas de manière isolée, mais dans la continuité de la vie publique de Jésus et à la lumière de sa résurrection. Sans cela, sa crucifixion serait seulement la fin cruelle d’un homme mal vu par les autorités juives et romaines de son pays, et nous n’en ferions pas mémoire encore aujourd’hui.

[Au] dernier repas de Jésus avec ses proches, tel qu’il nous est rapporté par l’Évangile selon Saint-Jean [l]’introduction de ce texte exprime de manière à la fois très simple et très forte le sens de la Passion : « Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». Oui, Jésus a aimé les [les femmes et les hommes] qui étaient dans le monde. Tout au long de sa vie il a prêché l’amour et la proximité de Dieu [pour toutes et pour] tous, en particulier pour les [femmes, les] petits et les pécheurs, et l’avènement du Royaume de Dieu dès la vie présente. Il l’a proclamé par ses paroles et manifesté par ses gestes, car il avait reçu du Père la mission de le révéler, d’être son visage dans une vie humaine. Il faisait tout cela avec une autorité surprenante, n’hésitait pas à parler au nom de Dieu lui-même, à remettre en cause la primauté du Temple de Jérusalem comme lieu pour rencontrer Dieu et à dénoncer les abus des grandes familles sacerdotales. Il rassemblait autour de lui des foules de gens pauvres et peu recommandables à qui il redonnait une dignité plutôt que de les inciter à la soumission. Tout cela ne pouvait qu’inquiéter les autorités juives et romaines qui ont préféré en finir avec ce prédicateur dérangeant. Alors Jésus a aimé les siens jusqu’au bout, il ne s’est pas dérobé à sa mission ni à ceux [et celles] vers qui il était envoyé. Il est monté à Jérusalem pour la Pâque malgré le danger que cela représentait, pour continuer à annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume quoiqu’il en coûte, et cela lui a coûté la vie. […] Les autorités juives et romaines n’ont pas pris la vie de Jésus, car il l’avait donnée par avance comme il le dit au chapitre 10 de l’Évangile de Jean  : « ma vie, nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même ». […]

Jésus n’a pas souhaité mourir, mais il n’a pas non plus fui la mort dans la mesure où elle était la conséquence de sa mission jusqu’au bout. […] Accablé de haine et de souffrance, trahi, abandonné et humilié, Jésus n’a pas haï, il a aimé. En le ressuscitant, Dieu a confirmé l’identité de Fils de Jésus, il l’a élevé dans sa gloire. Il a manifesté le sens de la vie et de la mort de Jésus. Par l’amour du Christ jusque dans la souffrance et dans la mort […] le cercle de la violence est rompu. Par sa résurrection, la mort est morte.

(« La passion de Jésus… Par sa résurrection, la mort est morte. » (La Xavière et CVX))

Chant — J.P. — Extrait de UBI CARITAS

Ubi caritas et amor, ubi caritas Deus ibi est.

(Où sont la charité et l’amour, Dieu est présent)

Rappel de la Veillée pascale

Lectrice — C.T.

Notre foi dans ce mystère de la résurrection, notre foi dans la victoire de la vie sur la mort nous autorise à entrer dans cette dernière étape de notre célébration : « La joie de la résurrection » — même s’il n’est pas toujours facile d’y croire parce que la vie continue avec son lot de souffrances et de douleurs…

Au moment d’aborder « cette dernière étape de notre célébration où la promesse de la résurrection s’accomplit » (no 61, p.42), chacune est invitée à allumer une bougie comme symbole de la lumière et de l’espérance que nous apporte notre foi en la résurrection. Pour nous aider à entrer dans la joie intérieure que symbolise cette bougie que nous venons d’allumer, nous allons écouter la lecture du récit selon l’Évangile de Matthieu où les deux Marie expérimentent cette joie profonde lors de leur visite au tombeau après les événements qui menèrent Jésus à sa passion et sa mort.

Lectrice — L. M.

Lecture de la Bonne Nouvelle selon Matthieu

« Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent faire une visite au tombeau de Jésus. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair et sa robe était blanche comme la neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, furent bouleversés et devinrent comme morts. Or l’Ange, s’adressant aux femmes, leur dit : “Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis vite, allez dire à ses disciples : ‘II est ressuscité d’entre les morts ; il vous précède en Galilée : là, vous le verrez !’ Voilà ce que j’avais à vous dire.” Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : “Je vous salue.” Elles s’approchèrent et l’embrassèrent. Alors Jésus leur dit : “Soyez sans crainte, allez annoncer à mes sœurs et à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée ; c’est là qu’ils me verront” » (Mt 28, 1-10). (no 61, p.46)

Lectrice — M.H.

Avec Jésus ressuscité, nous sentons-nous comme les femmes des évangiles, qui « le premier jour de la semaine » se rendent au tombeau ? Nous retrouvons-nous comme des :

  • Femmes en route vers les résurrections
  • Femmes au courage neuf
  • Femmes lumineuses de sa lumière
  • Femmes témoins de la mort vaincue
  • Femmes fortes de ses paroles, de ses promesses et de sa présence. » (Oser le dire, p. 84)
  • Femmes fortes des paroles des Christa qui nous entourent
  • Femmes fortes des paroles des unes et des autres, de notre ekklèsia, de cette ekklèsia nouvelle que nous voulons voir advenir d’une manière plus large dans cette église souffrante ?

De quel pain nous nourrissons-nous pour annoncer :

  • la nouvelle de la libération toujours à faire
  • pour reconnaitre Christa vivant parmi nous ?

Celles qui le souhaitent peuvent partager ce qui les anime.

Temps de partage

Chant — Vous le verrez en Galilée… car il est ressuscité — D.D.M.M.

Vous le verrez en Galilée
Au jour où il fait bon
Vous le verrez en Galilée
Il est ressuscité

1.     Cherche pas parmi les morts
Cherche-le chez les vivants
Car Il a brisé la mort
Car Il est toujours vivant

2.     Cherche pas une autre vie
Que la vie qui chante en Lui
Cherche pas amour plus fort
Que Celui qui vainc la mort

3.      Cherche pas un autre lieu
Que celui tout près de toi
Cherche pas un autre Dieu
Que celui qui vit en toi

Rite d’envoi

Lectrice — M.-A.R.

Pour terminer cette célébration, il convient que nous levions nos verres : « Au plaisir d’être ensemble, au plaisir de la sororité et de la joie pascale ! »

Avec nos verres à la main, récitons ensemble ce Premier alléluia, celui des trois femmes au tombeau.

Le Premier alléluia, celui des trois femmes

D’après Mt 28,1-10

Nous te cherchions dans un tombeau

Pour t’embaumer de nos aromates

Mais tu n’étais pas là.

 

Nous avions déjà oublié

Que tu avais dit que tu es la vie

Que tu triomphes toujours de la mort.

 

Tu étais, Seigneur,

Sur notre route parmi les vivants et les vivantes.

Alléluia !

 

Ton salut nous a transportées de joie

et toutes vibrantes,

nous sommes allées, les premières

annoncer à nos frères et à nos sœurs

que tu es toujours là parmi nous.  

Alléluia !

 

Que la puissance de ta résurrection (Ph. 3,10)

Nous envahisse et ne nous fasse jamais craindre

D’aller t’annoncer les premières sur la route de grand matin

 

Marie, Marie-Madeleine, Marie, L’autre Parole, no 15, juin 1981, p. 3

 

Chant — D.D.M.

Allé, allé, Alléluia

Venez chanter le Seigneur qui nous aime

Allé Allé, Alléluia,

D’un seul rythme toutes en cœur.

 

[1] Sources : « Célébration pascale », L’autre Parole, no 61, printemps 1994, p. 32-46. Disponible sur le site Internet de la collective : https://www.lautreparole.org/wp-content/uploads/2010/09/1988_09_0009p_1994n61.pdf ; BARONI, Lise et all. Oser le dire. Prières de vie et d’engagement. Novalis, 2006 ;  LA XAVIÈRE et CVX (Communauté de vie chrétienne). Retraite en ligne selon les exercices spirituels : https://www.xavieres.org/2020/03/21/retraite-en-ligne-selon-les-exercices-spirituels/

[2] DUMAIS, Monique. « Christa et reconnaissance des femmes », L’autre Parole, no 76, hiver 1998, p. 20-24.