Billet :

 

D’aussi loin que je me souvienne, le dévouement d’Hubert de Ravinel au sein de l’œuvre des Petits frères des Pauvres a suscité ma plus vive admiration. Il a voué en grande partie son existence à la cause des personnes âgées, particulièrement de celles qui se trouvent démunies et seules. Parvenu à 72 ans, il pensait consacrer « à une autre sorte de mission », les années qui lui restent à vivre, « à savoir une orientation spirituelle sous la forme du diaconat ».Voilà ce que j’ai appris le 25 septembre dernier en lisant sa lettre dans la page « Idées » du Devoir. Convaincu que L’Église s’empresserait de mettre à profit son zèle et son expérience, il a multiplié sans succès des démarches auprès des autorités diocésaines montréalaises, mais s’est fait répondre qu’il était trop vieux et que la formation requise s’échelonnait sur quelques années. Une gérontocratie qui discrimine les aînés, la chose lui paraît paradoxale et l’injustice flagrante. Il n’en revient pas. Je sympathise.

L’âgisme et le sexisme, même combat ? C’est à voir. Monsieur de Ravinel est ici victime d’une disposition administrative, d’une sorte d’erreur de jugement, qui aurait avantage à être vite corrigée compte tenu du manque de prêtres et de diacres. Il s’apitoie sur l’injustice de son sort, je le comprends. Ceux qui dirigent l’institution sont pourtant âgés, argumente-t-il. Mais il ne lui faut qu’une parenthèse de sept mots, « (il n’y a, hélas, pas de « celles ») »,  pour évoquer la discrimination dont sont frappées les femmes, toutes les femmes, dans l’Église. Ce monsieur disposait au départ d’une longueur d’avance. Ne porte-t-il pas dans sa chair l’élément essentiel, voire indispensable, du profil requis pour accéder aux ministères ordonnés ? Son malheur tient au fait de n’avoir pas entendu « l’appel » plus tôt. Entre lui et nous, femmes, la différence est de taille.

Hubert de Ravinel nous explique qu’à notre époque, « la gérontologie redécouvre la force et l’apport des aînés dans un monde assoiffé de spirituel ». Puis-je ajouter que le gros bon sens aurait dû faire comprendre depuis fort longtemps à ceux qui dirigent l’Église qu’elle n’a jamais vraiment eu les moyens de se priver non seulement du zèle et de la force des femmes, mais aussi de leur intelligence et de leur discernement, tous âges confondus. Il est vrai qu’on exploite grandement plusieurs de leurs dons, « servir » ne sont-elles pas faites pour cela ? Mais pour leur refuser le pouvoir assorti aux services qu’elles rendent, on ne se contente pas d’invoquer une règle disciplinaire pour les tenir à l’écart des ministères ordonnés. On recourt à l’argument massue de la volonté de Jésus, sans preuve.

Hubert de Ravinel, très jeune vous avez entendu, compris, et mis en œuvre l’essentiel de la tâche dévolue aux personnes chrétiennes, puisque Dieu lui-même s’est toujours reconnu dans les pauvres que vous avez aimés, visités et nourris. Cette mission admirable peut certes aussi suffire aux femmes, mais il reste que plusieurs ont peine à se convaincre que la discrimination dont elles souffrent dans l’Église puisse être l’expression de la volonté divine plutôt que celle d’un sexisme impénitent.