Comme une source… L’autre Parole…

Comme une source

L’autre Parole a creusé ma soif

 

Source inépuisable, elle était là, présente en moi depuis beaucoup plus longtemps que je ne pouvais l’imaginer.  Son jaillissement subit s’est fait au carrefour d’une amitié le 8 mai 1990, comme je l’ai déjà raconté dans un numéro antérieur de L’autre Parole (no 59, pp. 7-9).  La collective à ce moment faisait irruption dans ma vie pour apaiser ma soif de solidarité,  de spiritualité, de créativité.  De « La complainte d’une exilée » à  « Vers les eaux du repos », L’autre Parole a creusé ma soif.

 

Les expériences de solidarité vécues dans le groupe Houlda de Rimouski, en lien avec les autres groupes, m’ont indéniablement comblée de satisfaction.  En même temps, elles m’ont convaincue de la nécessité d’un  mouvement plus large et plus visible de solidarité entre femmes féministes et chrétiennes car l’enjeu est de taille.  Plus que jamais, la ténacité du « pli patriarcal » creuse ma soif d’une sororité renouvelée.

 

L’autre Parole m’a fait cadeau d’une spiritualité enracinée dans la liberté des filles de Dieue.  Elle a fait éclater le carcan qui retenait captive mon âme éprise de grands espaces spirituels et a remplacé les eaux taries du désert patriarcal par une eau limpide puisée à même nos expériences de femmes, images de Dieue.  La célèbre Montée pascale à la chapelle des Soeurs Grises de Montréal, la prodigieuse découverte de la Christa nourrissent encore ma prière.  Une  soif persistante m’habite toujours : comment partagerons-nous au plus grand nombre de femmes possible les richesses de notre « matrimoine » spirituel féministe ?

 

La manière d’être et de faire de L’autre Parole a libéré en moi des richesses insoupçonnées.  La créativité de la collective  a fait de moi une femme à la fois plus proche de ses propres expériences de vie et plus ouverte à celles des autres femmes.  Elle a creusé en moi le désir d’aller toujours plus loin…d’avancer en eaux profondes.

 

 

 

Pour que jamais ne tarisse la source…

 

. Je vous partage ici  en toute confiance et simplicité le murmure de mes humbles questionnements.

 

Le souffle créateur de L’autre Parole a atteint ses vingt-cinq ans.  Plusieurs femmes  y ont trouvé un lieu exceptionnel d’expression pour leur foi.  Sommes-nous en mesure  de partager aujourd’hui à l’ensemble de la population féministe chrétienne nos expériences signifiantes, comme des REPÈRES pour la vie spirituelle des femmes ? Comment, à part la publication de la revue, qui à mon avis doit continuer, devenir  davantage accessibles ?  Pourquoi pas un Bréviaire féministe pour des Ekklèsias nouvelles ? Ce recueil de textes spirituels pourrait regrouper les célébrations et  les ré-écritures faites par L’autre Parole depuis vingt-cinq ans.

 

Je me permets parfois de visualiser la crainte fondée de l’Église naissante.  L’intolérance sociale  obligeait les adeptes de Jésus à s’enfermer dans les catacombes pour raffermir leur foi en parlant de Lui et en célébrant sa Vie.  À quel moment et comment, nous de L’autre Parole, serons-nous en mesure de prendre le risque d’accroître la  visibilité  de l’Ekklèsia des femmes ?   Est-il permis d’espérer qu’un jour  celles et ceux qui désertent les puits desséchés puissent  entendre le bruit  d’une source jaillissante, comme un appel qui éveille leur  soif ?

 

une gorgée d’eau fraîchepour les assoif-fées…

 

Tu es L’autre Parole. Tu trouves  ta raison de vivre en creusant des puits dans les déserts depuis vingt-cinq ans.  Comme une source, tu  apaises et creuses la soif de vivre en plénitude. Pour les vingt-cinq prochaines années, puissent des milliers de femmes assoif-fées partir à la recherche de tes puits intarissables, et s’y désaltérer inlassablement.

 

… car les fées ont toujours soif

 

Seule notre soif collective persistante pourra nous laisser entrevoir les défis à relever  pendant les prochaines années.  Elle nous pressera de cerner les enjeux pour parvenir à notre pleine affirmation comme chrétiennes féministes et nous habilitera à verbaliser nos attentes et nos souhaits pour que L’autre Parole demeure Source d’eau vive à jamais.