Diversité et expérience de formation pratique dans les stages

La grande histoire de l’humanité nous apprend que chaque époque vit des changements de tous ordres. C’est la loi de la vie, elle se transforme. Le paysage religieux de notre société n’y échappe pas et cela amène des adaptations dans la formation pratique donnée dans les stages.

 

 Comme responsable de la formation professionnelle à la Faculté de théologie et des sciences des religions à l’Université de Montréal, je formulerai les défis que la diversité des identités culturelles et religieuses m’a amenée à relever en évoquant des faits et en précisant ce qu’ils apportaient comme changement.

 

Situation de départ

Au tout début, en 1987,  la Faculté s’appelait Faculté de théologie et les stages se faisaient surtout en paroisse. La formation  était centrée sur la préparation aux sacrements. Dans les autres lieux comme l’école, la prison, la résidence pour personnes âgées, la Maison du Père, l’intervention, centrée sur l’animation et/ou l’écoute, visait à assurer un mieux être aux personnes concernées.

 

Ouverture à l’appartenance protestante

Au départ, les stagiaires étaient des personnes croyantes et pratiquantes d’appartenance catholique. À la suite d’ententes faites depuis 1990 entre l’ÉTEM  (École de théologie évangélique de Montréal) et l’Université de Montréal, les stagiaires d’appartenance protestante se sont joints à la formation pratique donnée par les stages sur le campus vers la fin des années 1990.

 

L’appartenance religieuse protestante des stagiaires portant une autre vision de l’intervention m’a amenée à modifier certains aspects de la réflexion dans les fiches de travail. Les rencontres de prière, la prédication étaient au cœur des protestants ce que la préparation aux sacrements était pour les catholiques. Il y avait aussi divergence quant au choix des lieux d’application comme la prison où a été vécu « La Justice réparatrice », La Maison de l’amitié qui venait en aide aux personnes de différentes manières. Il y avait aussi le service de la Parole et de la prière de même que le service aux personnes par l’engagement social.

 

Changement au niveau de la vision

Mon appartenance à l’Église catholique m’a amenée à dialoguer avec les stagiaires et à les questionner sur l’intention de leur intervention selon leur appartenance. Cela a éveillé en moi et en eux le besoin de voir de nouveaux angles et de comprendre les angles morts, ceux que l’on ne voit plus parce qu’ils ne sont pas remis en question.

 

Changement au niveau de l’appartenance

Les stagiaires d’appartenance soit catholique ou protestante sont des personnes croyantes. En 2003 l’ouverture du programme en sciences des religions appliquées amène d’autres types de stagiaires. Les personnes sont plus jeunes et ont d’autres types d’appartenances. Elles se disent d’inscription catholique ou protestante sans pour  autant se reconnaître pratiquantes. Elles ont d’autres croyances pas nécessairement religieuses et parfois n’ont aucune inscription religieuse.

 

Ces personnes qui ont un autre rapport au religieux ont besoin d’autres mots pour se dire. Elles se situent mieux dans le spirituel sans trop comprendre ce qu’il est et ce qui le différencie du religieux.

 

Changement dans les mots

Le déplacement est manifeste dans le groupe des stagiaires qui sont inscrits dans le « programme animation spirituelle et engagement communautaire » pour les écoles primaires et secondaires du Québec. C’est ici que j’ai eu à opérer un déplacement majeur dans les fiches de travail.

 

Ces stagiaires venant d’une autre formation que la théologie comme la psychologie, l’anthropologie, les communications, le cinéma, l’éducation spécialisée sont interpellés par la dimension spirituelle.

 

La structure du stage reste la même avec les compétences à acquérir et les capacités à développer en auto-formation, en gestion, en réflexion critique en intervention. Ce sont les mots pour nommer l’espace d’intériorité qui sont modifiés. Par  exemple : le mot transcendance fait place à Dieu, humanité fait place à pastorale, spiritualité se détache de religion.

 

Changement dans le regroupement par cycles

Au début, les stagiaires, venant d’autres programmes que la théologie pratique et étant en petit nombre, ont fait partie du programme de théologie pratique. Le parcours stage était séparé selon les cycles : le 1er cycle de tous les programmes et le 2e cycle pour tous les programmes.

 

À ce moment-là, les adaptations ont été faites à la pièce selon les besoins, selon les contextes et selon les questions. Cette opération se faisant en classe provoquait d’excellentes discussions entre les stagiaires de différents programmes. Je révisais les fiches de travail selon leur spécificité et la semaine suivante j’arrivais avec une nouvelle version que je faisais valider.

 

Ce groupe a dégagé une dynamique d’apprentissage étonnante. C’est ce que l’on pourrait appeler Work in progress.  Il faut dire que cette année-là les stagiaires étaient des personnes ayant une expérience de travail dans d’autres champs et que la moyenne d’âge était autour de 40 ans.

 

Contexte actuel

Cette année le programme de théologie pratique est séparé des programmes de sciences des religions appliquées et d’animation spirituelle et engagement communautaire et chacun de ces programmes couvre le 1er et le 2e cycles. Le stage du premier cycle n’a pas encore été vécu par les stagiaires du 2e cycle. Le nombre d’heures d’implication qui est doublé fait la différence étant donné que le stage compte le double de crédits à la maîtrise : six crédits pour chacun des stages.

 

La moyenne d’âge du groupe est autour de 22 ans. J’expérimente la nouvelle formulation des fiches de travail. J’observe que les questions portent sur le sens des mots  surtout sur le mot spiritualité. Le besoin de préciser le sens des mots leur est nécessaire pour articuler leur réflexion.

 

Constat

J’observe que le regroupement par programme théologie pratique et sciences des religions et animation spirituelle et engagement communautaire donne une unité à chacun de ces programmes et permet d’entrer dans l’univers spécifique soit du religieux soit du spirituel.

 

La diversité des identités culturelles et religieuses amène à l’ouverture du croire qui est porteur d’un grand désir à plusieurs facettes d’une humanité de partage, d’amour de paix.

 

Mon souci      

Que chaque personne soit consciente de son fil conducteur, de sa spiritualité  pour rêver d’un monde meilleur.