ENFIN ! LA TERRE PROMISE

Durant mon  enfance, ma mère me parlait souvent du Dieu d’Amour. 

 

À l’heure du dodo, elle me racontait comment Jésus avait pardonné à un voleur, qu’il guérissait les gens par amour, multipliait les pains parce qu’il voulait que personne n’ait faim.  Elle m’expliquait que le ptit Jésus était partout, même dans mon cœur.  J’ai grandi dans cette foi et j’ai cru en l’égalité, « nous sommes tous frères et sœurs », et je savais que Jésus avait pris soin de tous les humains sans exception.

Mais rendue à  l’adolescence, quelle ne fut pas ma déception d’apprendre que seuls les hommes pouvaient devenir prêtres. Cette réponse, sortie de la bouche d’un prêtre venu nous préparer à la confirmation,  fut pour moi comme une gifle en plein visage !   J’ai été incapable d’écouter la suite de ses explications.  Comment Dieu pouvait-il être aussi injuste ?  Comment pouvait-il mettre de côté la moitié de l’humanité ?  Ce jour-là, comme Job, je maudis le jour de ma naissance.  Pourquoi étais-je née femelle ?  Pourquoi étais-je née faible ?  J’ai cru que Dieu « avait barré ma route pour que je ne passe pas, et sur mes sentiers, il a mis des ténèbres » (Job 19,8). 

À ce moment, j’ai entrepris une longue marche dans le désert.  J’avais perdu mon guide, la lumière de ma vie.  J’étais déshydratée de la foi, j’étais affamée de ses paroles, mais je ne pouvais pas cautionner une telle injustice envers mes semblables, envers toutes les femmes de l’humanité.  Alors, j’ai erré pendant plusieurs années, sans savoir où aller. « Ma plainte se faisait rebelle !  Ah ! Si je savais où le trouver, j’arriverais jusqu’à son trône et j’exposerais devant lui ma cause.  J’aurais la bouche pleine d’arguments ! » (Job 23, 2-3).

Un jour, j’ai rencontré un homme qui me guida jusqu’à une oasis.  Il portait le nom de deux apôtres : Jean et Jacques.  J’ai eu confiance, je l’ai suivi et comme le Seigneur l’avait fait pour l’aveugle de Jéricho (Lc 18, 35-43), il me rendit la vue.  Je voyais pour la première fois.  L’Évangile n’étant  pas l’Église, il était possible de croire, d’avoir la foi, sans nécessairement cautionner les injustices de cette institution.  J’étais enfin abreuvée !  Mais ce fut de courte durée.

Après un certain temps, j’ai réalisé que cette oasis était désaltérante, mais insuffisante.  J’avais besoin de me nourrir et il m’était impossible de le faire par les rituels proposés par cette institution injuste.  Je ne m’y retrouvais pas et la femme n’y avait pas sa place !  Mais, à quel endroit se situe le pays où ruissellent le lait et le miel (Ex 3, 17) ?  Je l’ai cherché pendant longtemps.  C’est au moment où je commençais à désespérer que Dieu m’envoya une autre personne, une guide, qui portait aussi deux noms significatifs : Marie et Andrée.  Cette femme me fit entrer en une autre Terre Promise : L’autre Parole.  C’est dans ce pays que je me suis abreuvée  à cette source où jaillit la vie éternelle (Jn 4, 14).  Cet endroit est plus qu’un lieu d’espérance, c’est le lieu qui m’a redonné la vie et la dignité.

Merci à toutes les femmes de L’autre Parole.