INTERRELATIONS ENTRE LE MODELE MARIAL ET LE MODELE FEMININ

INTERRELATIONS ENTRE LE MODELE MARIAL ET LE MODELE FEMININ

 

par Béatrice Gothscheck

 

Voici une question qui a attiré mon attention pendant quelques années. En effet, cette problématique a été au coeur de la recherche que j’ai effectuée à l’occasion de la rédaction de mon mémoire de maîtrise qui s’intitulait comme suit :

 

MODELE MARIAL, MODELE FEMININ ?

 

Le thème de Marie, Vierge et Mère, dans deux revues mariales populaires québécoises, de 1946 à 1952.

 

Les deux revues étudiées ont été Notre-Dame du Cap, publiée par les Oblats, et Le Rosaire, publiée par les Dominicains.

 

Mais pour pouvoir faire ressortir clairement les interrelations entre ces deux modèles, j’ai dû construire une méthode d’analyse comparative qui respecte l’utilisation des différents titres donnés à Marie, dans chacune des revues et en fonction de chaque année. Ce travail méthodologique, quantitatif et qualitatif, occupe une place de choix dans mon mémoire (chapitre 1).

 

Les 2e et 3e chapitres, basés sur cette méthode, étudient respectivement les thèmes de la « Virginité » et de la « Maternité » chez Marie. Derrière chacun de ces thèmes se regroupent des sous-thèmes ; pensons à « Immaculée », « Reine », « Pureté », « Beauté » par rapport au concept de virginité, ou à « Maman », « Femme », « Mère de Dieu » possédant des aptitudes à la « Bonté », la « Douceur », etc., par rapport au concept de maternité.

 

Les grandes caractéristiques du modèle mariai, dans les deux revues étudiées, peuvent se décrire comme suit :

 

Le modèle mariai des deux revues accuse donc un double dualisme : Marie est « Vierge » _et « Mère », mais elle l’est également et surtout, tant par sa virginité que par sa maternité, de manière à la fois transcendante et immanente. Ce modèle proposé aux femmes par l’entremise des revues étudiées affiche donc un double masque difficilement pénétrable à première vue. Un second regard permet cependant d’affirmer que Notre-Dame du Cap, grâce aux forrmilations éthyliques d’un langage hyperspécialisé, amène à ne percevoir en Marie que le modèle parfait de Vierge et de Mère transcendantes, exquises et inaltérables ; alors que les usagers de Le Rosaire ont pu rencontrer en Marie une femme simple et humaine qui, en tant que modèle de virginité et de maternité surtout immanentes, reste à leur hauteur.

 

Le modèle mariai décrit rapidement ci-haut semble faire écho à cet autre modèle de la « mystique féminine », déjà très largement répandu dans la société québécoise de l’époque. En effet, dans les années de l’immédiat après-guerre, entre 1945 et 1949, le modèle féminin prôné englobe, sans le déborder, celui de la mère toute dévouée à son travail quotidien, au soin de sa famille, ou celui de la vierge se dévouant aux soins et à l’éducation d’autrui. Le caractère immanent du modèle féminin ainsi esquissé est ici à l’honneur : maternité, service et obéissance. Après 1950, le modèle offert se transforme. La femme idéale apparaît pure, esthétiquement belle et amoureuse. Peu représentée comme mère, cette nouvelle femme évolue dans un univers éthéré, semblable à un ange. Le caractère transcendant de cette nouvelle « mystique féminine » transparaît à l’évidence.

 

En terminant, il importe d’ajouter que ces modèles, mariai et féminin, ont beaucoup marqué les femmes de cette génération et ce, d’autant plus qu’ils n’ont pas été vraiment l’objet d’un choix de leur part. Qui a élaboré ce modèle mariai, si ce n’est le groupe spécifique des hommes d’Eglise ? Et qui, par leurs politiques socio-économiques et la puissance grandissante des masse-médias, a forgé le modèle de la « mystique féminine », si ce n’est principalement le groupe des hommes politiques ? Instances du pouvoir masculin qui garde les femmes, pour des raisons qu’elles ne peuvent ou ne veulent avouer, sous sa dépendance.

 

Mais cette « faute originelle n’est-elle pas un peu partagée par les femmes chez qui on a entretenu la peur d’assumer leurs responsabilités, la peur de prendre la parole, la peur de perdre leurs sécurités, la peur de ne plus être aimées ? Ce que l’on ne se faisait sûrement pas faute de leur rappeler, plus ou moins subtilement, de temps en temps (1).

 

1. Les principales idées de ce texte se retrouvent plus détaillées dans le chapitre 4, p. 33-98, et surtout p. 89.95 de mon mémoire de maîtrise.