Isabelle, Michèle et Nathalie, en quête de solidarité internationale

Isabelle, Michèle et Nathalie,en quête de solidarité internationale  

 

Au jour le jour, la solidarité féministe, ça se désire, ça s’invente, ça se joue au coeur même de diverses rencontres intergénérationnelles. Marquée par le thème du dernier colloque « Tisseuses de solidarité : un métier planétaire » et soucieuse d’intéresser des jeunes femmes à la Collective L’autre Parole, je contacte Isabelle Lavoie, Michèle Deschênes et Nathalie Bernard. Je sais que ces trois jeunes Rimouskoises, dans la vingtaine, ont déjà vécu plusieurs séjours dans divers pays étrangers selon des programmes offerts par Carrefour canadien international ou par le Centre canadien d’étude et de coopération internationale.

 

Ces jeunes femmes n’étaient pas derrière la bannière « Femmes d’ici et d’ailleurs, solidaires contre la pauvreté » lors de la marche « Du pain et des rosés ». Cependant, elles ont aimablement répondu à mon interrogation relative à l’implication solidaire des femmes du Mali, du Burkina Faso, de l’Indonésie et de la Bolivie.

 

* Isabelle Lavoie

Tout en poursuivant ses études en éducation à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), Isabelle n’oublie pas les quatre mois vécus au Mali en 1997. Elle s’est impliquée dans une classe de cent deux élèves lors de son séjour dans une famille de la ville de Bamako et de cinquante-quatre élèves lors de deux mois passés dans une famille d’un petit village de la République.

 

Quant aux femmes, Isabelle souligne qu’elles travaillent énormément : « Elles sont les premières debout et les dernières couchées ». À son avis, les hommes reconnaissent cette réalité sans pour autant vouloir le changement. Le machisme demeure l’héritage de cette civilisation. Les quelques femmes instruites sont de très bonnes gestionnaires d’entreprises.

 

À la ville, une entreprise est montée avec la collaboration d’une coopérante canadienne pour les femmes veuves et les orphelins. Vingt-cinq personne produisent le tissu traditionnel, le Bogolan. On y réalise toutes les étapes de 1a production : teinture des fils, tissage et points de vente. Le projet est bien apprécié et stimule l’implication des Maliennes. Au village, c’est l’entraide dans la gestion de la culture du riz.

 

Isabelle a même assisté à une rencontre de quinze femmes pauvres, animée cette fois par une coopérante belge. Après l’analyse des besoins, la construction d’un moulin s’impose. On pourrait y broyer riz, mil et maïs, car cette tâche réalisée de façon artisanale s’avère trop épuisante pour les femmes. Actuellement Isabelle prépare un séjour au Mexique où elle rêve de s’approcher des jeunes de la rue.

 

*  Michèle Deschênes

C’est au Burkina Paso que Michèle vit son troisième séjour en pays étrangers. Cette fois, elle est responsable d’une équipe de jeunes en stage. Durant dix semaines, on s’affaire à la construction d’une école et il convient de vivre l’entraide dans le respect des coutumes du milieu. Comme la plupart des femmes vivent dans 1a pauvreté, Michèle souligne l’existence de nombreuses associations de femmes leur permettant de survivre. La polygamie étant encore admise, certaines femmes sont laissées avec des enfants et c’est le drame quotidien. Habituellement les mères travaillent aux champs avec leurs enfants. À la capitale, on offre des micro-crédits aux femmes afin qu’elles créent de petites entreprises. On peut visiter une teinturerie et une savonnerie.

 

Lors de son séjour en Bolivie, Michèle a travaillé dans un Centre d’éducation pour enfants sourds géré par des Boliviennes. Les femmes sont peu scolarisées mais avec un minimum d’instruction, elles créent leurs emplois. On vend des galettes, des arachides cultivées au jardin et on offre des boîtes de conserve recyclées.

 

En Indonésie, Michèle a remarqué que les écoles de la classe moyenne ressemblent à nos polyvalentes. Au niveau du personnel enseignant, les femmes sont aussi impliquées que les hommes. À l’île de Java où est concentrée l’agriculture, 1a pauvreté des femmes s’affiche. Michèle a vu plusieurs vendeuses itinérantes. Elles offraient des plantes miracles convenant aux divers types de maladies ou des petits paniers d’osier afin d’assurer la survie de la famille.

 

Étudiante à l’UQAR, Michèle se prépare à l’enseignement et communiquera sûrement à ses élèves son emballement pour les cultures internationales.

 

* Nathalie Bernard

À deux reprises, Nathalie s’est engagée dans un Centre créé en Bolivie pour les enfants sourds. L’Espagne subventionne ce Centre. Deux Boliviennes y appliquent un programme d’éducation défini en une seule page. Vingt-cinq à trente enfants pauvres de cinq à douze ans y ont accès. Lors de son premier séjour, Nathalie, bachelière de l’UQAR, a joué un rôle d’assistante aux préposées et a identifié les besoins. C’est au cours de son deuxième stage de deux mois qu’elle agit comme agente de formation accompagnée d’étudiantes en psychologie, récréologie, etc. Divers ateliers sont donnés : élaboration de programmes avec objectifs spécifiques, identification en besoin de matériel pédagogique et mobilier, ainsi que la réalisation de tableaux d’apprentissages. Nathalie souligne que les femmes du Centre, des croyantes engagées, sont des collaboratrices merveilleuses et que les enfants sont chaleureux. Dans ce milieu, on s’embrasse souvent.

 

Comme le machisme demeure effectif, Nathalie a vu une coopérante québécoise offrir une relation d’aide aux femmes battues afin que cette violence cesse. À la ville, dans les familles plus aisées, la sensibilisation au changement est plus rapide. Le téléviseur est dans la cour et on se regroupe pour les émissions d’éducation. La sensibilisation au féminisme passe… Peu à peu, la dénonciation de certaines pratiques est véhiculée de village en village.

 

Aujourd’hui, Nathalie enseigne à temps plein au primaire. Elle maintient ses relations avec les éducatrices de là-bas et éveille ses élèves aux cultures internationales. Un projet de correspondance est dans l’air.

 

Émerveillée de l’ouverture d’Isabelle, de Michèle et de Nathalie à la cause des femmes et enrichie de leur solidarité internationale, je rêve maintenant de leur implication à la Marche mondiale des femmes de l’an 2000. Les retrouverons-nous en solidarité avec les membres de L’autre Parole, plus précisément avec le groupe Houlda ? Qui sait ! Avec Diane Matte, la coordonnatrice de la Marche mondiale, affirmons ceci : « Nous savons que nos utopies peuvent devenir de grandes réalités ».

 

LÉONA DESCHAMPS, Houlda