LA SAINTETE DANS LE CHRISTIANISME

LA SAINTETE DANS LE CHRISTIANISME

(Communication1)

Marie-Andrée Roy – Vasthi

 

Je désire proposer un regard à la fois sympathique et critique sur le phénomène de la sainteté dans le christianisme.

 

Aspects positifs

 

Les saintes (et les saints) ont été très importantes comme liens, comme intermédiaires pour une relation à Dieu. Les gens se sentent plus proches d’eux, surtout quand la divinité

apparaît très loin.

 

Leur existence a donné lieu à des fêtes, des rituels, des symboles. Ils ont été une source d’inspiration, et aussi parfois de transgression des règles sociales et même ecclésiales. Je pense, entre autres, aux femmes qui ont fondé des oeuvres à l’encontre de l’opinion du clergé et de certaines autorités… Quand c’était pour vivre leur foi, l’Église défendait les filles contre leur père, si, par exemple, il s’opposait à leur vocation… Il y a des récits qui donnent au christianisme un caractère vivant, engagé.

 

L’histoire permet de constater qu’à travers les siècles, le christianisme a eu plusieurs visages et, aussi, que parfois le corps des femmes a été considéré… mais, malheureusement, dans son aspect violenté, comme en témoignent ces martyres qu’on a pu voir dans l’iconographie religieuse, et qui présentent soit leurs yeux, soit leurs seins sur un plateau, soit des dents et les pinces qui les ont arrachées…

 

Aspects négatifs

 

On nous a imposé des modèles qu’on disait parfaits, pour marquer la distance à parcourir et nous dire à quel point nous-mêmes ne sommes « pas correctes », d’où culpabilisation.

 

On les a présentés dans un état de statufication qui enlève le dynamisme de la personne. On en a fait des modèles à copier, à reproduire… A ce moment-là, on se nuit à soi-même, comme personne.

 

II semble que plus les personnes se conforment aux règles morales édictées par Rome, plus elles sont de fidèles répliques de l’idéologie cléricale et plus elles peuvent être reconnues comme saintes.

 

Définitions

 

En théologie, la première sainteté est attribuée à Dieu : c’est sa toute-puissance, sa miséricorde, son amour.

 

Dans la Tradition, on parle aussi de la sainteté de l’Église : en tant que moyen et milieu de salut, de grâce ; et encore de la sainteté de l’homme et de la femme : elle consiste dans la

participation à la sainteté de Dieu par la grâce, qui est don. Nous-mêmes, comme femmes, pouvons donc participer à la sainteté de Dieu.

 

…A travers l’histoire

 

La sainteté consiste dans l’union parfaite avec le Christ.

 

Est sainte :

Celle qui tend à la perfection par amour de Dieu

Celle qui réalise dans sa personne et dans sa conduite l’idéal chrétien

Celle qui se dépouille, se détache du monde et de ses plaisirs

Celle qui accumule vertus, grâces, mérites… une sorte d’obésité de la vertu !

 

Idéal monastique de la sainteté : vivre ici-bas la vie céleste

des femmes marquées par l’intériorité, la liberté, le souci des autres.

 

En Orient, les saintes sont des témoins authentiques de la présence réelle de Dieu et annoncent le monde qui vient.

 

Les saints canonisés :

 

-remplissent des fonctions sociales, protègent, guérissent, assurent le beau temps

-sont des patrons exemplaires, des guides

-procurent des bienfaits et font des miracles

 

La réponse de la sainteté est en harmonie avec les besoins du temps dans le monde et dans l’Église.

 

La sainteté comme mouvement

 

Mouvement d’une communauté qui reconnaissait dans une personne une expression éloquente du Dieu vivant.

 

A l’origine, elle fut attribuée en priorité aux martyrs, qui revivaient la Passion du Christ, et aux confesseurs de la foi. On demandait leur intercession, on célébrait leur anniversaire, on vénérait leurs restes. Plus tard, ce furent les moniales et les moines, les ascètes, puis les évêques et les prêtres.

 

Au départ, il y a eu un mouvement populaire où la communauté exerçait son discernement. Ce qui était important, c’était le rôle de la communauté. L’Église sanctionnait par la suite, reconnaissait la valeur du discernement de la communauté locale. On choisissait des personnes, on se racontait leur vie, on conservait des reliques, etc. Face à cette pratique populaire, il y a eu des craintes de débordements, de mauvais jugements, de sorte que très rapidement apparut une volonté de contrôle.

 

La sainteté par le POUVOIR

 

A partir de 1234, la canonisation est réservée au pape. « Il n’est permis de vénérer d’un culte public que les serviteurs de Dieu qui ont été inscrits par l’autorité de l’Église aux catalogues des Saints ou des Bienheureux » (Can. 1187). Après avoir mené les enquêtes qui conviennent, c’est le Saint-Siège qui propose à l’imitation, à la vénération, à la prière, les hommes et les femmes qui se sont distingués par l’éclat de leur charité et autres vertus évangéliques…

 

En fait, quand la sainteté devient un enjeu réel, politique, l’autorité tend à la contrôler. Le Siège apostolique ne peut pas se tromper, le peuple le peut !

 

La démarche actuelle

 

La démarche en vue d’une canonisation relève en premier lieu du diocèse. Il appartient à l’évêque qui en reçoit la demande, de décider de la pertinence d’une enquête approfondie. Celleci permet de vérifier si rien, dans les écrits ou même le journal intime de la personne proposée, n’est contraire à la foi et aux bonnes moeurs, d’entendre les témoins, de vérifier les miracles…

 

Si l’évêque le juge opportun, il adresse une requête à la Sacrée Congrégation, elle-même dirigée par un cardinal préfet. Le dossier sur les miracles est préparé avec l’assistance de théologiens et de médecins. A la suite d’un vote positif de la part des théologiens, les cardinaux et évêques soumettent le cas au Souverain Pontife à qui, seul, revient le droit de décision.

 

En conséquence, les chrétiennes ordinaires sont désappropriées de la possibilité de susciter une canonisation :

 

-Le coût est prohibitif : de 300 000 à 400 000$, souvent près d’un million de dollars

-Le temps requis pour que la demande soit menée à terme : de 40 à 50 ans

-La démarche est extrêmement centralisée, autoritaire, patriarcale car les femmes en sont rapidement exclues

-La base se trouve dépossédée du processus de discernement, elle ne gère plus ces causes-là, ça se passe à Rome, la décision se prend toujours ailleurs

-II y a imposition de modèles non désirés

-Ce que les chrétiennes et les chrétiens reçoivent en partage, ce sont des images, des médailles, des symboles prêts à consommer.

 

Qui est canonisé ?

 

Depuis 1234, ce sont :

-les hommes d’église, les religieux et les religieuses, avant les laïques

-les hommes plus que les femmes

-très rarement les jeunes : Dominique Savio et Maria Goretti constituent des exceptions.

 

 

1 Transcrite par Rita Hazel