DIEUE PARMI NOUS

DIEUE PARMI NOUS

Réjeanne Martin – Vasthi

 

Dénonciatrice et même iconoclaste à certains égards, la démarche du colloque 1989 a surtout réussi à mettre en lumière quelques consensus de notre « ecclésia de femmes » à propos de la sainteté. Pour nous féministes chrétiennes, qu’est-ce que la sainteté ? Quel genre de personnes avons-nous le goût de proclamer « saintes » ? Pourquoi voudrions-nous proposer la sainteté ? D’où et de qui doit venir la proclamation de sainteté ? Selon quel rite essentiel souhaitons-nous parler de sainteté ? Faut-il souligner que, de façon toute naturelle et comme nécessaire, notre réflexion s’est élaborée au féminin.

 

La sainteté

 

La sainteté, c’est la capacité d’une personne de révéler le visage de la divinité, le visage de Dieue. Est sainte toute personne qui rend la divinité imitable, qui donne le goût de vivre Dieue dans la vie quotidienne. Est sainte toute personne qui, dans sa vie, témoigne de la divinité, source et finalité de sa vie ; qui rend compte de Dieue a travers des pratiques de vie que l’on peut nommer et reconnaître dans notre tradition spirituelle et religieuse, dans notre tradition chrétienne. Est sainte toute personne qui à ce titre devient une inspiration pour notre vie actuelle ; qui surgit, dans diverses situations de notre vie, comme un point de référence éclairant notre démarche personnelle de sainteté.

 

Les personnes saintes

 

À y regarder de près, à notre avis, il s’agit moins de la personne en tant que telle, mais bien plutôt d’aspects représentatifs de sa vie qui constituent un apport à la fois à la communauté des croyants et à la société dont elle fait partie.

 

Dès lors, nous nous trouvons en présence de femmes qui réussissent à transformer le milieu où elles vivent dans le sens des valeurs de l’Évangile.

 

Ce sont des femmes « bonnes nouvelles » pour ceux et celles qui les côtoient.

Ce sont des femmes « ouvertes aux autres » et, dans ce mouvement d’altérité, sans cesse renvoyées à elles-mêmes pour y décupler talents et énergies de toutes sortes en « fidélité stéréo » à elles-mêmes et aux autres.

Ce sont des femmes « de parole et de cohérence », capables d’assumer leurs choix de vie chrétienne dans le non-conformisme.

Ce sont des femmes « qui donnent le goût qu’on se raconte leur histoire de vie » ; une histoire transposable à travers le temps, les cultures, les civilisations ; une histoire qui vit, qui survit, qui engendre d’autres vies…

Ce sont des femmes « prophétiques », audacieuses, innovatrices, créatrices « ici et maintenant ».

 

La proclamation de sainteté

 

De la sainteté ainsi comprise, le critère essentiel ne peut être dicté de l’extérieur par une espèce d’orthodoxie renfermée dans les murs du pouvoir. Bien au contraire. Le critère essentiel vient de la reconnaissance accordée par les gens d’une communauté particulière.

 

La reconnaissance de traits spécifiques qui parlent de la divinité, qui rendent actuelle la présence vivante et agissante de Dieue parmi la communauté. Une reconnaissance qui, périodiquement, suscite l’admiration, déclenche les remises en question et remet chaque personne en mouvement dans sa démarche d’accès à la sainteté.

 

Le culte delà sainteté

 

À notre avis, le culte juste et agréable à rendre devrait s’inspirer du testament de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi… « 

 

Faire mémoire…

– raconter la vie…

– célébrer les traits-reflets de Dieue…

– continuer l’oeuvre commencée…

– communier à ce pain de vie et au sang donné…

 

Le miracle requis s’accomplit ainsi dans le quotidien de nos croissances alimentées à ces saintes, à ces sources de vie qui jaillissent jusque dans la vie éternelle.

 

Voilà à grands traits la fresque que nous avons dessinée ensemble à partir de notre réflexion.

 

D’une part, nous avons renoncé à « canoniser » au sens habituel de la tradition de notre Église, au sens d’imposer des modèles parfaits. Nous avons voulu sortir du critère absolu de la perfection. Nous avons réprouvé la notion de vie irréprochable, en tous points conformes aux lois d’une morale culpabilisante et d’une religion de la pureté.

 

D’autre part, nous avons confessé notre goût, très chrétien et très féminin, des fêtes, des rituels et des symboles. Nous nous sommes reconnues solidaires du caractère engagé du christianisme. Nous avons proclamé notre besoin de pèlerines d’avoir des sources d’inspiration pour mieux rendre visible aujourd’hui le vrai visage de Dieue.

 

A la manière de vraies filles de Dieue et de l’Église de Jésus, issues de race forte et de source féconde, nous nous sommes donné la liberté de proposer la sainteté de femmes qui nous offrent des traits porteurs de la « Bonne Nouvelle » pour notre condition de femmes, féministes et chrétiennes