LE FÉMINISME, UNE GUERRE CONTRE L’INJUSTICE !

(Lettre envoyée au journal Le Devoir le 5 août 2004). Mélanie Dubois est étudiante à la maîtrise en sciences des religions, UQAM

 

Je suis complètement outrée des publications du Vatican sur les femmes et le féminisme !  Le féminisme n’est pas une guerre des sexes ni une rivalité entre l’homme et la femme.  Au contraire, le féminisme n’a pas seulement lutté pour une égalité des droits entre l’homme et la femme, mais aussi pour une réappropriation du corps de la femme par celle-ci.  Depuis des millénaires, l’homme décide de QUI EST la femme ( son anthropologie, sa finalité, sa place dans la société, etc.)  Est-il possible que les femmes se définissent elles-mêmes ? 

L’Église n’est pas en faveur du féminisme puisque ce courant vient remettre en question LEUR définition de la femme, LEUR VÉRITÉ sur la femme (Jean-Paul II 1995 : 7) !  Mais quelle est cette vérité ? Selon Jean-Paul II, la femme est une aide pour l’homme, elle fut créée ainsi et ce principe est inscrit en elle (Jean-Paul II 1995 : 4).  De plus, la femme fut aussi créée pour être mère ou vierge.  Par contre, la virginité n’est pas un renoncement à la maternité, puisque la femme peut être une mère spirituelle, c’est-à-dire s’occuper des déshérités, pauvres, malades, etc. (Jean-Paul II 1988 : 27-28). 

En résumé, la seule et unique finalité (vocation) de la femme, selon le Pape, est la maternité.  Puisque le corps de la femme est constitué pour la maternité, elle est donc totalement déterminée par son corps.  Selon Jean-Paul II, « la constitution physique même de la femme et son organisme comportent en eux la disposition naturelle à la maternité, à la conception, à la gestation et à l’accouchement de l’enfant […] cela correspondant […] à la structure psycho-physique de la femme » (Jean-Paul II 1995 : 23).  Alors, parce que la femme est physiquement faite ainsi, elle est donc faite pour avoir des enfants et s’en occuper.  Sa vocation étant liée à sa physionomie, elle est programmée de l’intérieur pour être mère.  Pourtant, l’homme est aussi fait pour procréer et avoir des enfants, mais sa vocation n’est pas nécessairement liée à la paternité. De plus, selon le Pape, si la femme refuse ses vocations (mère et vierge) et prend le rôle de l’homme cela irait contre sa nature :  « La femme ne peut au nom de sa libération de la « domination » de l’homme tendre à s’approprier les caractéristiques masculines, au détriment de sa propre « originalité » féminine.  Il existe une crainte fondée qu’en agissant ainsi la femme ne « s’épanouira » pas mais pourrait au contraire déformer et perdre ce qui constitue sa richesse essentielle… » (Jean-Paul II 1988 : 13)

Au nom de la dignité de la femme, le Pape refuse aux chrétiens tous les moyens contraceptifs dits « non naturels » ainsi que l’avortement. Selon la doctrine de l’Église, en utilisant des moyens anticonceptionnels et en évitant la procréation, l’homme pourrait considérer sa femme « comme un simple instrument de jouissance égoïste » (Paul VI 1968 : No 17).  Par contre, l’Église ne considère-t-elle pas la femme comme un objet de reproduction en l’enfermant dans le rôle traditionnel de la maternité, et en l’obligeant à poursuivre une grossesse à tout prix, même en cas de viol, de grossesse à risque, etc. ?

Le Pape, au nom de la Vérité sur l’être humain, définit totalement la femme et la confine dans un rôle de maternité.  Il n’y a aucune femme au Vatican qui peut influencer ces doctrines, puisque seuls les hommes détiennent le pouvoir dans cette institution.  Donc, ce sont des hommes-clercs (célibataires) qui définissent la femme et lui dictent ce qu’elle peut ou pas faire avec son corps.  De plus, le Vatican par son influence en certains pays (Guatemala, Salvador…) rend presque impossible l’accès à l’avortement et aux contraceptifs.  Je suis totalement outragée de voir qu’en 2004 l’Église a encore assez de pouvoir pour influencer les politiques mondiales et contrôler ainsi le corps des femmes ainsi que leur destin !  Si le féminisme est une guerre, selon le Vatican, ce n’est surtout pas une guerre entre l’homme et la femme, mais une guerre pour toutes les femmes du monde qui luttent contre les injustices et la violence à leur égard.

 

Sources :

Jean-Paul II, Lettre du Pape Jean-Paul II aux femmes, 1995, 8 p. (http://www.vatican.va/phome_fr.htm)

Jean-Paul II, Mulieris Dignitatem, 1988, 39 p. (http://www.vatican.va/phome_fr.htm)

Paul VI, Humanae vitae, Montréal/Paris, Fides, 1968, 31p.