LE SACERDOCE ET LES FEMMES

LE SACERDOCE ET LES FEMMES

 

 

A l’occasion des réunions du Comité de coordination du Collectif l’Autre parole, (composé à l’heure actuelle des ouvrières de la première heure et d’une déléguée de chaque groupe) nous essayons de réfléchir assez systématiquement sur un thème de notre actualité féministe et chrétienne dans le but, non pas, (pas encore du moins), de prendre position collectivement, ce qui serait plutôt l’attribut de l’Assemblée générale, mais de pouvoir faire avancer notre réflexion en confrontant nos vues individuelles sur la question. Nous savons le bénéfice qu’une réflexion collective peut nous apporter. La multidisciplinarité de nos ·engagements professionnels et militants, la disparité de nos statuts socio-économiques et la diversité de nos expériences religieuses, nos appartenances institutionnelles ne peuvent que nous enrichir mutuelle ment.

 

La dernière de ces réflexions collectives portait sur le sacerdoce des femmes. Louise Me1ançon nous avait fait parvenir un texte de Mary Hunt que nous devions lire et Anne Fortin du groupe de Québec (2) qui avait assisté à une série de conférences à McGill sur le thème WOMEN AND CHRISTIAN TRA­ DITION, nous a résumé les différentes positions exprimées sur le sujet et les plaidoyers tenus pour les défendre. C’est donc à partir de nos réflexions personnelles articulées sur nos positions féministes, à partir du texte proposé et des apports de certaines spécialistes que nous avons abordé cette question. Je vous rappelle brièvement, (autant que faire se peut) les coordonnées des textes fournis et ensuite les résultats des négociations qui eurent lieu à cette occasion.

 

Il va sans dire qu’il s’agit là et c’est important d’en tenir compte, d’une étape dé notre réflexion. Nous ne croyons pas que nous ayons à adopter une position ferme et fermée sur une question qui concerne toutes les femmes chrétiennes certes, mais pour laquelle plusieurs pourraient avoir des motivations spirituelles et existentielles plus vives que d’autres pour s’engager dans un débat menant à 1’action.

 

Mary Hunt, théologienne féministe catholique, dans un article sur le ministère catholique ‘Un passé patriarcal, un avenir féministe « in Femmes et hommes dans l’Eglise 1980 dissocie ordination et ministère dans un premier temps. La féminité n’étant plus considérée comme dérivée et subordonnée de la masculinité, un nouveau modèle théologique et ministériel se fait jour dans 1’Eglise donnant une voix égale à ceux qui ont été exclus. Après nous avoir dit que la théologie féministe, tout comme le christianisme, a le souci de la dignité humaine, elle s’arrête au volet libérateur de cette théologie en rappelant que la théologie est le processus organique communautaire qui consiste à partager des intuitions, des témoignages et des réflexions en vue de questions de valeurs et de sens ultime« . Par conséquent, les sciences humaines et particulièrement la sociologie aident a éclairer ce processus. Sous cet angle, le ministère catholique romain étant un service àune communauté qui lutte pour témoigner sa foi, il est normal de penser que la responsabilité du ministère ne repose pas seulement sur la personne ordonnée et que, cette dernière n’est que celle dont le travail essentiel est le ministère. L’ordination, n’est donc pas un appel à un pouvoir ni à un rang, à une position, une autorité, ce que dans les faits cela est devenu dans l’Eglise de Rome avec la scolastique, mais une invitation au service. Les modèles de ministères se sont toujours adaptés aux besoins des situations. La situation nouvelle est claire : les clercs et les femmes veulent jouer leurs rôles de pleins pieds dans leur Eglise. Le ministère clérical, célibataire hiérarchique ne répond plus aux besoins pastoraux d’aujourd’hui et ne s’accorde pas avec un avenir féminin.

 

Pourtant, nous raconte 1’auteur, qui a exercé le ministère comme aumônière dans une prison de femmes, il était important pour les prisonnières que ce soit elle qui les rassemble pour le partage du pain et du vin sans considération d’être ou de ne pas être ordonnée parce que c’était là une partie naturelle du rôle qu’elle jouait auprès d’el1es.

 

Mary Hunt termine en se demandant comment concevoir l’ordination dans un nouveau modèle de service et d’égalité. Et elle répond qu’inclure les femmes parmi ceux qui reçoivent l’ordination validement n’est pas suffisant pour effectuer le changement fondamental qu’elle revendique. Notre but, dit elle est de reconnaître et d’affirmer ces ministères et de supprimer des restrictions artificielles qui empêchent le ministère plénier pour les uns, et tout ministère pour les autres. Ces barrières comprennent le classisme le racisme et l’hétêrosexisme.

 

Anne Fortin nous a ensuite parlé des positions, tenues dans l’ordre par :

 

Il nous faut sortir du système, car de toute façon, l’ordination veut dire cautionner 1’ordre établi en stabilisant les structures, en colmatant     les brèches et en renforcissant ainsi l’ordre patriarcal.

 

Il nous faut créer une nouvelle identité féminine pour accéder au « pouvoir religieux » par les communautés de base, donc chercher une identification par rapport Dieu et non par rap port au référant qui est le modèle mâle.

 

Il nous faut dénoncer la logique patriarcale, la désarticuler pour desexiser le langage tout en restant â 1 ‘intérieur de l’institution telle qu’elle est.

 

Après nous être redit que tout changement de modèles, tout changement de structures se fait souvent douleureusement mais que le Christ n’a pas eu peur de la douleur pour nous présenter une vision de la cité harmonieuse et égalitaire, nous en sommes venues à  une déclaration commune qu’on peut

présenter ainsi :

 

Nous féministes et chrétiennes, ne sommes pas contre l’accession des femmes a tous les ministères définis comme services, dans 1’Eglise mais nous croyons que les conditions nécessaires devraient être réunies afin que ne se reproduise pas le modèle dominant de l’Eglise mâle : (pouvoir, hiérarchie et exclusion, etc.). En même temps, devrait s’entamer un processus de conscientisation qui déboucherait sur 1’émergence de nouveaux modèles en vue de produire une Eglise populaire en continuité avec la tradition chrétienne (communautaire, égalitaire et situées dans le temps et 1’espace).

 

Les points suivants nous semblent donc devoir marquer nécessairement cette démarche :

 

Une assise théologique non sexiste, inscrite dans l’approche de la théologie de la libération.

La déhiérarchisation de l’institution.

La réappropriation du discours chrétien par le peuple de Dieu. l’arrivée massive des femmes à ces ministères-services, (tous}. L’abolition de 1 ‘obligation du célibat pour 1 ‘accession à tous ces ministères.

 

Judith Dufour