Le temps d’une autre Église

Il y a cinquante-huit ans mes parents ont voulu m’introduire dans cette grande communauté qu’est l’Église. Sans y être malheureuse, je ne l’avais pas choisie, pas plus qu’on ne choisit ses parents. On m’y a appris la soumission, l’observance de lois, mais aussi le partage, la bonté, la générosité. J’y ai vécu la peur, l’insatisfaction de n’être jamais à la hauteur, mais aussi l’exaltation de la première communion, les rituels qui me faisaient sortir d’une situation familiale difficile. J’ai goûté à de la beauté, j’ai dévoré « l’histoire sainte », j’ai découvert qu’il pouvait exister un « autre monde » et j’ai passé une grande partie de ma vie à chercher la paix.

 

 

Il y avait de l’espace en moi pour la curiosité intellectuelle, la réflexion, les questions. Ainsi, après treize ans d’enseignement des mathématiques, voilà que je me retrouve à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal en études bibliques. « La vérité libère ». Et il n’y avait plus de retour en  arrière possible. J’ai découvert qu’il n’y avait qu’un Absolu. Tout le reste est relatif, même l’Église. J’ai fait du ménage dans mes notions théologiques et j’ai choisi le modèle d’Église que je voulais vivre. J’ai critiqué longtemps le modèle d’Église mâle, blanc et clérical où les femmes n’ont aucun pouvoir de  décision et sont reléguées à un rôle de servantes.

 

 

 

Et puis un jour, j’ai décidé de ne plus mettre d’énergie à essayer de transformer une institution qui ne vit que pour elle-même, sans écouter la voix du peuple de peur de perdre son pouvoir. Et j’ai pris le chemin du « faire autrement ». Dieu n’est pas seulement un Dieu du Temple mais un Dieu qui accompagne son peuple au désert. Pourquoi l’enfermer dans une Église trop petite pour Lui, trop petite pour des gens qui ont soif de comprendre, d’apprendre, des gens qui ont soif de liberté ?  Pourquoi l’enfermer dans une Église où les rituels, les textes, les façons de faire figées étouffent la  vie ? Pourquoi ne serait-il pas aussi au milieu

 

 

 

 

d’un groupe qui réfléchit sur le sens de sa vie, de ses engagements ? Qu’un

théologien honnête essaie de prouver que Dieu n’est pas présent quand un groupe de femmes partage la Parole, célèbre, prie ensemble et se remémore le dernier repas de  Jésus ? Le  « Faites ceci en mémoire de moi » ne s’adresse-t-il pas à la communauté ?

 

Je pense qu’il est temps de nous bâtir un modèle d’Église communautaire, une Église où ensemble nous découvrirons nos propres rites, un langage qui nous parle, un fonctionnement qui réponde à nos besoins.

 

Vous, du Collectif L’autre Parole, avez commencé cette démarche depuis vingt-cinq ans. Depuis vingt-cinq ans, vous vous appropriez les textes bibliques. Depuis vingt-cinq ans, vous faites Église « autrement ». Chapeau ! Dans la constance et la persévérance, avec peu de moyens, et le chemin se fait…

 

Vous enrichissez l’Église du point de vue des femmes et votre travail n’est pas banal. Je n’ai  jamais fait partie d’un groupe de L’autre Parole, pas par manque d’intérêt, mais parce qu’il y a d’autres terrains où construire ce même type d’Église, et nos chemins se croisent. Je sens que l’Église communauté bouillonne de vie ! Il ne reste qu’à nous donner les moyens pour la rendre visible et  nous aider à nous reconnaître. J’ai participé à plusieurs activités organisées par votre Collectif et ces rencontres m’ont dynamisée et aidée à porter la Bonne Nouvelle ailleurs.

 

 

 Je connais beaucoup d’entre vous personnellement, des femmes que j’admire, des femmes que j’aime ! En avant !