LES FEMMES ET LA RELIGION JUIVE

LES FEMMES ET LA RELIGION JUIVE

 

Renée OHANA

 

Le rôle de la femme dans la tradition juive est un rôle de grande importance puisque la femme est considérée comme l’âme du foyer. Son rôle est complémentaire mais non inférieur à celui de l’homme. L’un sans l’autre serait par exemple comme la pièce manquante dans le mécanisme d’une montre.

 

Cependant, comme la femme, mère de famille et travaillant en dehors de la maison, il peut paraître difficile d’allier les deux : la vie moderne avec mon désir de respecter les lois et les traditions juives ( telles que les lois alimentaires, le Sabbat et les fêtes ponctuant les saisons et les événements importants de l’histoire). Mais c’est réalisable parce que ce sont des lois qui ont été faites pour être appliquées indépendamment du contexte et de l’époque où nous vivons.

 

Dans mon cas, être femme aujourd’hui et femme dans la tradition juive peut sembler ardu à cause de la grande place qu’occupé cette tradition dans la vie de tous les jours mais la religion juive n’a jamais entravé mon besoin de connaissance, d’affirmation de soi. Elle me permet de m’exprimer, de questionner et aussi d’acquérir un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Avec un emploi à plein temps, j’ai pu, grâce à l’appui de mon mari et de ma famille, étudier en cours du soir chaque semaine pendant des années.

 

Une grande partie de la loi juive est consacrée à la femme, loi allant de ses menstruations à ses droits sociaux, matrimoniaux et successoraux.

 

Il est évident que, dans la tradition juive, fonder un foyer est impératif et le maintenir dans l’amour, le respect des traditions et la pureté familiale est recommandé. Les lois sont faites pour s’imbriquer dans les faits de tous les jours allant même, je dirais, jusqu’à réglementer certaines relations dans le couple.

 

Dans la prière matinale, ce n’est pas parce qu’il se sent supérieur à la femme que l’homme remercie Dieu de ne pas l’avoir fait femme, mais bien à cause de la difficulté d’être femme puisqu’entre autres responsabilités, il incombe à la femme la tâche la plus importante, celle d’inculquer la notion de Dieu chez l’enfant, tâche difficile parce qu’abstraite.

 

La modernité nous pousse à croire qu’il n’y a ni limites ni barrières entre l’homme et la femme, que rien n’est impossible, que tout est permis. Cependant, dans le contexte religieux, les rôles sont impartis, il y a un partage, un équilibre.

 

L’homme ou la femme ne peuvent à eux seuls tout faire. Le partage des tâches par exemple et des rôles vient harmoniser les relations humaines. Il est inconcevable d’observer les principes de la religion si l’on désire vivre en dehors de cette tradition.

 

Je m’explique. Aujourd’hui, nous concevons facilement qu’une femme ou un homme puissent s’épanouir et s’accomplir par eux-mêmes. L’individualisme trône. Or, dans la religion juive, Cotre ne peut s’épanouir qu’à travers une référence familiale ou communautaire.

 

La religion m’a permis en tant que femme non seulement de combler mon besoin de m’accomplir à l’intérieur du foyer mais aussi à l’extérieur. Evidemment, la tradition favorise la présence au foyer mais elle n’interdit pas d’en sortir. Aussi, laisse-t-elle le choix de la sélection.

 

En ce qui me concerne, le côté positif qui ressort de mon choix est celui d’ « investir » dans l’unité de la famille, l’harmonie dans la cellule familiale étant primordiale pour moi. Les limites qui pourraient m’apparaître se situeraient dans ma vie professionnelle : je ne peux choisir un emploi avec des heures irrégulières, déplacements fréquents ou encore de travailler les fins de semaine. Ces limites, pourtant, je ne les considère pas comme des entraves mais plutôt comme l’effort nécessaire pour maintenir et renforcer l’atteinte de mon objectif religieux. La tradition juive me permet donc de me réaliser à travers ces limites dans la vie familiale et les valeurs de la tradition.

 

Ce que je mentionne plus haut peut projeter une image de femme « soumise ». Pourtant une femme qui tient à respecter la tradition juive et qui désire en môme temps avoir une carrière professionnelle peut vivre les deux mais les limites sont toujours les mômes. Comment vivre les deux et les réussir ? C’est pourtant un exploit vécu par des femmes juives de plus en plus nombreuses au Québec. Actuellement, on ne peut ignorer le pourcentage augmentant des familles éclatées.

 

Est-ce à cause de l’évolution du rôle traditionnel de la femme ou bien, pour ne pas toujours culpabiliser la femme, est-ce le pourcentage des tâches qui n’a pas été bien appliqué afin de permettre à cette femme d’évoluer dans son rôle ?

 

À mon avis, la religion juive permet à la femme que je suis de s’épanouir mais aussi de réfléchir sur l’importance du rôle qui lui incombe, rôle auquel elle peut choisir de donner la priorité ou non, selon ses attentes.

 

En somme, à une femme juive et québécoise, il reste toujours la possibilité de vivre en femme engagée, autonome et responsable dans le Québec d’aujourd’hui.