No. 56 – QUAND L’AUTRE PAROLE S’OUVRE À D’AUTRE PAROLE

ÉDITORIAL

Quand L’autre Parole s’ouvre à d’autres paroles

Entendre d’autres paroles s’impose. Notre propre expérience d’une parole
occultée dans l’Église nous incite à donner la parole à des femmes de différentes
cultures, religions, nationalités, que nous n’avons encore pas ou très peu entendues
au Québec. Qui sont-elles? Que vivent-elles? Comment se sentent-elles au
Québec?

Deux questions leur ont été posées:
– Comme femme, comment percevez-vous les possibilités et les limites de
votre tradition religieuse?
– D’après vous, est-il possible, à l’intérieur de votre tradition religieuse, de
vivre en femme égale, engagée, autonome et responsable dans le Québec
d’aujourd’hui?

Réaliser ce que nous souhaitions profondément n’a pas été si simple. Il a
fallu compulser nos carnets d’adresses, nous référer à des amies qui pouvaient
connaître des femmes immigrantes et d’autres religions. Nos démarches ont porté
fruit et nous nous retrouvons devant des expressions très variées d’expériences. Du
judaïsme, de l’Islam, de la culture amérindienne, de l’Égypte, du Liban, de la
Roumanie… nous avons reçu des témoignages et nous sommes très
reconnaissantes que nos soeurs aient accepté parfois très audacieusement de livrer
leurs sentiments, leurs émotions sur leur situation au Québec. Merci à Chantal Hoss,
Renée Ohana, Naïma Sebbah… et aux autres.

Nous les avons écoutées avec attention, non sans sentir quelque
étonnement parfois. L’altérité touche des cordes sensibles, et nous vibrons. Nous
recevons ces paroles et nous essayons d’en saisir toute la portée. Jacynthe
Tremblay nous indique une voie pour nous situer dans un dialogue inter-religieux,
interculturel. Nous avons à découvrir d’autres traditions et à saisir tout ce que cela
implique de modifications de nos mentalités.

La solidarité nous tient à coeur, disons-nous. Qu’avons-nous trouvé dans
notre quête de témoignages? Qu’avons-nous entendu? Des femmes, transplantées
au Québec, souvent attirées par un climat de liberté, remettent en question après un
certain temps des valeurs, des façons de faire occidentales qui se révèlent brimantes.
Ces femmes, nos soeurs dans le Québec contemporain, ressentent beaucoup de
difficultés à être dans une autre culture; leurs souffrances sont souvent criantes.
Nous découvrons comment la religion devient souvent pour elles un lieu
d’intégration en terre étrangère.

Cette première écoute d’autres paroles est une jetée lancée sur une rivière
qui nous était plutôt cachée mais tumultueuse. Une autre rive s’offre à nous.

Monique Dumais