Les femmes et l’Église, suivi de la lettre de Jean-Paul II aux femmes.

Les femmes et l’Église, suivi de la lettre de Jean-Paul II aux femmes. (Débats de l’Église), Montréal, Fides, 1995, 133 pages. La lettre du pape Jean-Paul II aux femmes a suscité beaucoup de commentaires et de réactions depuis sa publication en 1995. Une des retombées les plus intéressantes chez nous est un collectif publié sous la direction de Denise Couture. Le projet du livre, nous indique la directrice, est de « prolonger la réflexion sur la place des femmes dans la société et dans l’Église en donnant la parole aux premières intéressées » (p. 10). Pour ce faire, elle a recueilli les réflexions de cinq femmes engagées en Église, d’un évêque québécois responsable du dossier de la question des femmes dans l’Église et propose enfin deux analyses féministes de la lettre du pape aux femmes. Ce qui est à notre avis remarquable dans cet ouvrage, est cette résolution de donner la parole aux femmes directement concernées, d’enraciner la réflexion au coeur de l’expérience de ces femmes, de leur fournir un espace où elles peuvent exprimer franchement leurs opinions, leurs déceptions et leurs espérances. En effet, dans les cinq premiers articles qui sont fournis par des femmes engagées de différentes façons en Église, nous ne donnons jamais contre une analyse désincarnée ou contre un débat détaché qui flotterait dans les zones mal oxygénées de l’abstraction et de la généralisation. Avec beaucoup de générosité, ces femmes livrent, en même temps que leur réflexion, un portrait de leur parcours dans la foi et de leur engagement. Rolande Parrot montre comment les femmes, d’objets d’étude qu’elles étaient, « se sont approprié la définition de leur être » (p. 14). Elle démontre que cette démarche, parfois souffrante, met les femmes sur le chemin de l’autonomie, les amenant à approfondir leurs engagements pour enfin changer le visage de la société et de l’Église. Denise Lamarche, que la vocation religieuse a jeté au coeur même du monde et de ses souffrances, réfléchit sur la place de la religieuse dans la société et dans l’Église. France Brochu, dans une lettre à sa fille fort émouvante, relate l’histoire d’une exclusion douloureuse et nous décrit l’Église de demain dont elle rêve pour son enfant. Bernadette Dubuc, que son engagement a mené jusqu’en Afrique, montre comment l’action prend différentes formes selon les milieux et les moments. Dominique Thuillot-Foulon examine les rôles que tiennent les femmes en tant qu’épouses, mères et éducatrices. Enfin, Mgr Pierre Morrissette fait un bilan positif de ses huit années comme responsable de la question des femmes dans l’Église. Toutes ces interventions reflètent des positions et des préoccupations différentes et traduisent, dans des styles et des approches variés, une diversité qui est véritablement le reflet de la société et de l’Église. En dernière partie, deux théologiennes féministes, Denise Couture et Elisabeth J. Lacelle, proposent des analyses très intéressantes de la lettre du pape aux femmes — lettre qui est fort judicieusement reproduite à la fin de l’ouvrage. Devant le langage et la pensée parfois ésotériques des communications vaticanes, Denise Couture nous propose de resituer la théologie de la femme de Jean-Paul D dans sa logique historique en analysant une théologie de la femme classique, celle d’Edith Stein. Elle arrive ainsi à démontrer que la théologie de Jean-Paul H « présente le portrait classique d’une femme soumise, créée pour être au service de l’homme, au foyer et dans la vie sociale » (p. 80). Elle signale également les pièges inhérents à un concept tel que celui de la femme comme « aide » de l’homme. Elisabeth J. Lacelle se demande, quant à elle, ce que cette lettre apporte aux dialogues entre les Églises sur la question de la réception des femmes au ministère ordonné. Son questionnement est à la fois pertinent et d’une actualité pressante ; comment Jean- Paul H peut-il maintenir si fermement « l’unité des deux » hommes et femmes tout en fermant à celles-ci l’accès à l’ordination ? Elle fait par ailleurs un survol de l’état de la question dans les Églises orthodoxe, anglicane et protestante. CHANTAL VILLENEUVE, BONNE NOUV’AILES