POURQUOI DIEU NE RIT-IL PAS ?

Il est quand même étrange que nous n’ayons jamais entendu parler d’un Dieu qui rit, sauf depuis deux ou trois décennies où il ne se passe pas une semaine, sans qu’un article, une émission de radio, un colloque ne parlent du rire à différentes époques, dans différents milieux, et même du rire de Dieu 1. Par contre, notre enfance est peuplée d’images d’un Dieu représenté comme un vieillard barbu à l’aspect sévère ; un Dieu qui juge les humains ; qui guette leurs moindres défaillances et trient ces dernières en péchés véniels ou mortels. (Dans le Minuit chrétien, Jésus est venu pour arrêter le courroux de son Père : effrayant comme image !) Certes, on nous a toujours parlé aussi d’un Dieu d’amour, d’un Dieu qui pardonne. Enfin, on a toujours prêté toutes sortes de sentiments humains à Dieu, mais on n’a jamais entendu parler d’un Dieu qui rit.

Le rire ! Dimension fort importante et qui appartient en propre à l’être humain, selon Aristote, Rabelais, Bergson, a été écartée, de façon délibérée ou pas, de ses relations avec Dieu. Fait pour le moins surprenant si l’on considère que le rire aide à l’épanouissement de la personne de bien des façons : il relativise le sérieux ; libère la personne de ses angoisses et de ses peurs ; l’aide à reconnaître ses limites ; à rire de ses faiblesses. Le rire apprivoise l’autre en dissipant la gêne. Il est souvent un baume à nos souffrances. La personne qui rit se prend souvent à son propre jeu et finit par dédramatiser toute situation.

Toute personne connaît les bienfaits du rire. Il est quasiment impossible de traverser toute une vie humaine sans connaître le rire. Il représente une véritable force pour tout être humain. Dans le film, La guerre du feu, il existe, paraît-il, une scène qui montre que l’être humain est vraiment devenu un humain lorsqu’il a découvert le rire. Cette découverte serait au moins aussi capitale que la découverte du feu dans le développement de l’humanité 2. Un animal ne rit pas, il peut nous faire rire en nous singeant.

Mais alors pourquoi évoque-t-on toujours Dieu à travers le sérieux ? Le rire serait-il un manque de respect envers Dieu ? De quoi avons-nous peur ? Est-ce de profaner le sacré ? Est-ce de supprimer la distance entre Dieu et nous ? Avons-nous peur d’apprivoiser Dieu et de le rendre plus proche de nous à travers le rire ? Pourtant Dieu ne se laisse-t-il pas approcher à travers toutes les dimensions de l’humain ? Faut-il une attitude spéciale pour entrer en communication avec Lui, pour dialoguer avec Lui ?

Pendant plusieurs siècles, la religion catholique a réprimé le rire. Elle ne s’adressait aux chrétien-ne-s qu’en termes de devoirs et jamais de plaisir ou de rire à tel point qu’on avait l’impression qu’il fallait quasiment abdiquer notre personnalité pour être chrétien-ne : les religieuses qui rentraient au couvent devaient cesser de nager, de fumer, de s’amuser, de rire ! Tout ce qui pouvait faire plaisir était considéré comme suspect. À croire que Dieu était jaloux du bonheur des humains. D’où vient cette méfiance vis-à-vis du rire ?

À cette fin, j’ai scruté à la loupe quelques versets bibliques pour essayer de comprendre pourquoi le rire était mal vu, était associé au diable ; de voir aussi les scènes où le rire était positif ; afin de se le réapproprier et d’être à l’aise de parler du rire de Dieu. De même j’ai cherché à connaître ce que pensaient les Pères de l’Église et la société en général du rire en survolant les siècles.

Si l’on remonte dans le temps, on peut évoquer l’histoire du rire en trois périodes, selon Georges Minois : rire divin, rire diabolique et rire humain, expressions, qui bien sûr ne sont que des images 3. L’Antiquité a une conception divine du rire, dont la mythologie fait remonter parfois l’origine « aux dieux ». La façon de concevoir le rire à cette époque était alors largement positive. Rire, c’est prendre une part active à la recréation du monde dans les fêtes dionysiaques. Si les dieux rient, c’est parce qu’ils peuvent prendre leurs distances avec eux-mêmes et avec le monde. Le rire n’est vraiment joyeux que pour les dieux, dans les mythes grecs. Pour les humains, le spectre de la mort n’étant pas bien loin, le rire n’est jamais joie pure, c’est pour eux une façon de sacraliser le monde, de conforter les normes qui existent en se moquant de leurs contraires. Le rire se trouve associé à l’idée de souffrance et de mort. Dans la période archaïque, on rit fort et de façon bruyante, mais à partir du IVe siècle, avant Jésus-Christ, on commence à rire moins et de façon plus discrète. Tous les philosophes grecs ont abordé le sujet du rire de façon passionnée en se positionnant pour ou contre le rire 4. Toutefois, le rire est souvent assimilé à la moquerie. On rit des défauts des autres. On se réjouit d’une laideur, d’un défaut, c’est-à-dire d’un signe distinctif qui contrevient aux normes de la société idéalement définies par les philosophes grecs. Platon nous dit que « le rire est vu comme une grimace. Il est laid, indigne des hommes responsables et dangereux pour la cité, c’est-à-dire pour l’ordre social » 5. Et c’est ainsi que la pensée païenne grecque a planifié le terrain pour le rejet chrétien du rire.

À la différence du monde grec, le récit de la création dans la Bible prône le strict monothéisme et exclut le rire du monde divin. En effet, quel motif d’hilarité peut bien posséder un être divin parfait qui se suffit à lui-même, qui voit tout, peut tout et connaît tout ? Dieu unique et plénitude, immuable, coïncidant parfaitement avec son essence est le sérieux par excellence. De même, dans le monde créé par Dieu, chaque être avait sa perfection particulière, car l’essence coïncidait avec l’existence. Nulle possibilité d’instaurer une distance et donc de rire. Dans le jardin d’Éden, tout était parfait, aucune raison d’hilarité. Mais voilà qu’advient la chute, le péché originel et tout se dérègle. C’est le diable qui a provoqué cette fissure, à travers laquelle s’introduit le rire : l’humain ne coïncide plus avec lui-même. Tout se détraque avec le péché originel. Le rire apparaît. Le diable est bel et bien le responsable. Le rire est ainsi lié à l’imperfection, à la corruption 6.

La plupart du temps, le rire est représenté de façon négative dans la Bible. Le rire biblique est souvent un rire de ricanement et de risée (Ps 34,15 ; Ps 10,13). Les livres historiques en témoignent pleinement. Par ailleurs, si l’infidèle se rit de Dieu, on a aussi un Dieu qui se rit des impies (Ps 37,13), qui se rit aussi des méchants (Ps 59,9 ; Ps 2,4 ; Dt 28,37 ; Ps 30,12 ; Pr 14,9), et même qui rit du désespoir des innocents (Job 9,23) 7. « Dans le rire, même le cœur trouve la peine, et la joie s’achève en chagrin » (Pr 14,13). Le rire accompagne le péché : « Le discours des sots est une horreur, leur rire éclate dans les délices du péché. » (Sira 27,13), les bons éducateurs s’abstiennent de rire [Sira 30,10] ). « Du rire, j’ai dit : Absurde ! » (Qo 2,2). « Mieux vaut le chagrin que le rire » (Qo 7,3).

Mais nous avons aussi de bons rires dans la Bible. Ainsi, il y a le rire de joie d’Abraham à l’annonce de la naissance de son fils. Le rire exprime aussi le doute ou la joie (Sara à l’annonce de la naissance d’Isaac [Gn 18,12-15] ). Le nom donné à leur fils : Isaac, veut dire Dieu rit ou encore : il rira Yitz’hak. Il y a le rire de la femme forte des Proverbes (elle rit de l’avenir ; elle sourit au lendemain (Pr 31,25). Il y a Dieu qui n’oublie pas l’intègre et qui emplit d’un grand rire sa bouche face à ses ennemis (Job 8,20-21), etc. Il y a aussi beaucoup de scènes d’humour dans la Bible, et l’humour est ce qui se rapproche le plus du rire.

De même, Jésus ne rit pas. Aucun évangéliste ne mentionne le rire de Jésus. Les évangiles, les actes, les épîtres font état de beaucoup de sévérité à l’égard du rire. C’est le méchant qui rit (Ac 17,32 ; 2 P 3,3), le perfide, l’incroyant ; c’est Satan qui rit. Dans le Nouveau Testament, on plaint ceux qui rient : leur rire ne durera pas (Lc 6,25). La joie est promise à ceux qui pleurent (Lc 6, 21,5). Saint Jacques insiste (Que votre rire se change en deuil pour être élevé par le Seigneur ; Jcq 4,9). Nous avons aussi le rire de ricanements de ceux qui ont crucifié Jésus (descends de ta croix si tu le peux puisque tu es le Fils de Dieu ; Mt 15,29). Presque partout où le rire est évoqué, dans le Nouveau Testament, on cherche à le condamner comme moquerie, ou sacrilège. Nulle part, il n’est fait mention d’un rire positif. L’apocalypse non plus ne prête pas à rire. Pourtant Jésus aimait fêter, et au cours des siècles, sa personnalité subit les changements des modes culturelles. On lui reconnaît beaucoup d’humour actuellement.

Le christianisme, religion sérieuse par excellence, est peu propice au rire. Ses origines, ses dogmes, son histoire en témoignent. Même, sous la forme trinitaire construite par les théologiens, les trois personnes divines parfaitement identiques n’ont aucun motif de rire. C’est du moins ainsi que la théologie classique, basée sur les concepts platoniciens et aristotéliciens, nous a présenté le christianisme 8. Deux domaines sacrés et immuables échappent au rire : la religion et la loi. Le rire n’a plus rien à voir avec le divin et du coup prend une teinte diabolique. Il devient l’instrument de la revanche du diable qui se sert de lui en vue de désintégrer la foi.

Pour les premiers chrétiens, le rire est diabolique, et les Pères de l’Église sont ceux qui se sont le plus acharnés à le diaboliser. Pour eux, le rire représente la pire des choses pouvant sortir d’une bouche humaine 9. Le rire est lié à la déchéance humaine. C’est ainsi que le christianisme remplace la conception positive du rire de l’Antiquité par une conception négative : le rire n’est pas divin, mais diabolique. Le mythe de Jésus qui n’a jamais ri se développe au IVe siècle avec Jean Chrysostome. De même, on n’a qu’à revoir les écrits de Basile de Césarée, de saint Ambroise, de saint Augustin, de saint Jérôme, pour s’en convaincre, mais le plus farouche demeure saint Jean Chrysostome qui considère le rire comme totalement satanique, diabolique infernal. Même si l’on doit reconnaître que c’est souvent le rire immodéré qui est mis en cause, il reste tellement contrôlé, épié, suspecté que l’on a de la difficulté à croire qu’il soit encore possible de rire.

La lutte s’engage surtout contre les rires collectifs organisés sous forme de fête. Dès les débuts du christianisme, on retrouve des interdictions et des condamnations concernant les fêtes qui se multiplient, d’autant plus que ces dernières sont aisément identifiées à la mythologie et aux croyances païennes. Le chrétien doit suivre plutôt l’exemple de Jésus et se conduire avec le plus grand sérieux. La perspective de l’enfer doit faire naître en lui craintes et tremblements. Cependant, petit à petit, le christianisme qui ne réussit pas à supprimer le rire commence à l’assimiler. L’Église malgré sa rigidité de façade possède un extraordinaire pouvoir d’adaptation. Ainsi, vers l’an 600, pour Grégoire le grand, il existe déjà deux types de rire : le bon et le mauvais.

Cette conception négative du rire va marquer le christianisme pendant des siècles. La spiritualité du Moyen Âge lui demeure foncièrement hostile. Les deux représentants les plus éminents sont saint Bernard et sainte Hildegarde, tous deux canonisés. Ils ont de violentes diatribes contre le rire. Ils assignent au rire une origine diabolique. Ils s’acharnent à le dévaloriser en l’enracinant dans le « bas », dans les parties dégoûtantes et honteuses du corps. Le rire secoue le corps, il est grotesque, indécent. Je cite Hildegarde : « le corps est secoué par le rire comme par les mouvements de la copulation, et au moment de la plus grande jouissance, le rire fait jaillir les larmes comme le phallus fait jaillir le sperme ». Élégante métaphore sous la plume d’une religieuse, qui ajoute que cette folle réjouissance n’existait pas avant le péché originel. Il n’y avait alors ni rire, ni ricanement, mais seulement la « voix des joies suprêmes » 10. En les canonisant, l’Église a sanctifié deux ennemis du rire. Heureusement, ils ne sont pas tout le Moyen Âge, et le courant qu’ils expriment demeure minoritaire, car à cette époque, on rit de tout et beaucoup. Le rire n’a pas cessé d’occuper une place importante, dans la culture populaire. On n’a qu’à penser au Mardi gras, à la nuit de la Saint-Jean, aux différents carnavals, à la fête des fous, etc.

Ainsi, nous pouvons constater que dans le christianisme, tout comme dans le paganisme, le rire est lié à l’idée de récréation, mais dans des optiques différentes. Le rire du païen tend à associer l’humain à l’œuvre créatrice divine du monde entier, alors que le rire du chrétien revêt l’aspect d’un palliatif, d’une drogue lui permettant de se retaper temporairement une santé avant de reprendre le pénible chemin de vie. C’est pourquoi, alors que dans les monastères on est très hostile au rire, ce dernier est toléré dans les règles monastiques qui admettent des moments de détente, concession à la faiblesse de la créature humaine déchue. Dans la vision monastique, l’enfer est le lieu du rire. Ainsi, alors que le rire antique sacralisait le monde, le rire diabolique le désacralise 11.

Au XIIe siècle, la théologie témoigne d’une relative ouverture au rire. Tous les docteurs des facultés de théologie réservent un chapitre au rire, dans leur enseignement. Ils en font une des marques de la nature humaine déchue. Au XIIIe siècle, saint Thomas d’Aquin est revenu constamment sur le problème du rire. Il fait figure d’un homme joyeux, comparé à saint Bernard. Néanmoins, lui aussi enferme le rire dans des limites étroites et prône la modération. On ne doit pas chercher à plaisanter avec ce qui est respectable, soit : Dieu, les parents, la religion, les textes sacrés. Selon La somme théologique, la moquerie serait plus grave que l’outrage, puisqu’elle humilie l’adversaire. Cependant, il existe un bon rire, celui qui exprime la joie du chrétien, mais qui doit demeurer modéré, presque silencieux, proche du sourire 12.

Lors du passage du Moyen Âge à l’époque moderne, entre le XIVe et la fin du XVe, il existait beaucoup de peurs, de périodes de crise de l’histoire, des schismes, périodes de l’Antéchrist. On riait alors de tout, du diable, des sorcières et même de Dieu. Cependant, le rire humain et interrogatif, qui émerge des crises de conscience de la mentalité européenne, et qui est à l’origine de la pensée moderne, va succéder progressivement au rire divin de l’antiquité, puis au rire diabolique et négatif de l’Europe chrétienne, jusqu’au XVIe siècle. Mais le rire n’a pas cessé pour autant d’être problématique. Plus tard, vers le XVIIe siècle, pour Bossuet, de nouveau, tout ce qui peut aider à faire rire est un vice 13. Un chrétien ne doit jamais rire. Le rire innocent n’existe pas. Bossuet s’emporte contre ceux qui mettent leurs talents à faire rire, comme Molière. Tous les Pères de l’Église pour lui ont condamné le rire.

L’Église du XIXe siècle, cernée, critiquée, confrontée à la montée des sciences et de l’athéisme, se fige, se crispe sur ses valeurs et situe plus que jamais le rire comme diabolique. Comme exemple, le curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, a été canonisé en s’appuyant sur le fait qu’il a reçu « le don des larmes », un des signes de sa sainteté, d’après le procès de canonisation. Le rire était banni de sa paroisse 14. Et il y a eu des milliers de curés d’Ars au XIXe siècle pour qui le rire était un crime. Le rire prend aussi une dimension philosophique et devient un sujet d’étude très sérieux pour les philosophes. Bergson publie en 1899, trois articles dans la Revue de Paris, qu’il réunit ensuite dans un volume intitulé Le Rire 15. Plus tard, Baudelaire aussi juge que le rire est satanique. Le rire représente un peu pour lui le pépin de la pomme du jardin d’Éden, le fruit diabolique par lequel Satan se venge à la fois de Dieu et des humains 16.

Finalement un long éclat de rire s’est fait entendre d’un bout à l’autre du XXe siècle. Rien n’est épargné. Le monde a ri de tout, de ses dieux, de ses démons, de lui-même. Le rire est devenu l’opium du XXe siècle. La fête se veut permanente. Même, les deux guerres mondiales n’ont pas détruit le sens du comique 17. Le christianisme a été atteint par l’épidémie du rire. Bien plus, depuis une trentaine d’années, il n’est plus question du Dieu vengeur et terrible, mais on découvre que Dieu est un grand humoriste, qu’il sait rire et qu’il aime voir rire autour de lui. On redécouvre le rire biblique. Rire est maintenant salutaire et les prêtres mêmes donnent l’exemple, dans les réunions paroissiales, à la sortie des Églises, etc.

Ainsi, au fur et à mesure que les valeurs et les certitudes se désagrègent, elles se trouvent remplacées par le rire. Même, l’Église qui a combattu le rire tout au long des siècles vante aujourd’hui ses mérites. Une belle revanche sur le diable, car autrement comment pourrait-elle expliquer les subtilités de ses évolutions doctrinales ? À titre d’exemple, le dominicain Christian Duquoc, selon Georges Minois, a élaboré une hypothèse fort audacieuse sur la présence de l’humour au cœur de la doctrine catholique. Pour Duquoc, les fidèles témoignent d’un grand sens de l’humour vis-à-vis des enseignements de l’Église, car l’histoire doctrinale de l’Église n’est qu’une longue trame humoristique qu’il faut prendre comme telle. On n’a qu’à penser à toutes ces décisions conciliaires, synodales et papales proclamées à grand fracas – avec anathèmes contre ceux qui s’y opposeraient – puis abandonnées et contredites par d’autres décisions tout aussi « sérieuses » : hors de l’Église, pas de salut, condamnation à l’enfer pour tous les non-catholiques. Anathèmes contre la liberté, excommunications : Luther, réhabilité récemment, après avoir été stigmatisé comme diabolique, condamné comme hérétique et damné pour l’éternité. Le cas aussi de monseigneur Lefebvre, etc. Sans compter que sur presque tous les problèmes économiques et sociaux, l’Église d’aujourd’hui soutient le contraire de ce qu’elle affirmait au XIXe siècle. En soi, cela ne veut rien dire, puisqu’il faut vivre avec son temps, mais là où le comique apparaît, c’est lorsque les responsables de l’Église affirment la continuité, l’unicité de pensée de l’Église depuis deux mille ans18 : la fameuse Tradition dont on nous rabâche les oreilles. En somme, si les fondamentalistes ont tant cherché à combattre le rire, c’est bien parce qu’il représentait une menace pour leur construction dogmatique et les certitudes sur lesquelles ils appuyaient leurs intransigeances.

Conclusion

Si vraiment nous sommes créé-e-s à l’image et à la ressemblance de Dieu, appelé-e-s à la liberté et à tout ce qui peut épanouir l’humain, il me semble que l’on peut attribuer le sentiment du rire à Dieu tout comme on lui attribue d’autres sentiments. Il ne faut pas avoir peur du rire de Dieu, il nous rapproche de lui. Le rire est une voie d’accès à Dieu, comme tant d’autres, mais non moins importante. En lui accordant une place importante, on reconnaît que Dieu ainsi que tout être et toutes choses demeurent insaisissables, car c’est plutôt lorsqu’on s’imagine posséder Dieu, ou un être humain, ou encore la Vérité qu’il n’y a plus de place pour le rire. Tout devient trop sérieux. Si le dicton, telle mère, telle fille, tel père, tel fils, est vrai, le contraire l’est aussi. Donc, dis-moi qui est ton Dieu et je te dirais qui tu es, ou bien montre-moi qui tu es à travers tes actes, tes paroles et ton comportement et je saurais qui est ton Dieu. Il nous appartient donc de le révéler et de réintégrer le rire dans nos relations avec Lui. Richard Kearney nous dit que : « le vrai test, pour reconnaître un croyant en un Dieu de la vie serait de demander : est-ce que vous pouvez rire ? Et rire de tout ? Même de Dieu ? Avec Dieu ? »19.

 

 

1. Je n’ai pas cherché à féminiser le mot Dieu dans ce texte, car j’évoque des textes anciens, des textes bibliques et je fais référence à des auteurs qui l’ont utilisé au masculin. Il était difficile de le faire tout en respectant les auteurs.

2. SAMSON, Guy. Courrier d’Émilie : Le rire. Le rire, la meilleure thérapie !, Les éditions Québecor, 200, p.1.

3. MINOIS, Georges. Histoire du rire et de la dérision. Fayard, 2000, p. 582.

 

4. Ibid. p. 20.

 

5. ESCALLIER, Christine. Pédagogie et Humour : Le Rire comme moyen de construction d’un public attentif d’une salle de cours, University of Madeira, Portugal, p.1. [http://www3.uma.pt/blogs/christineescallier/wp-content/uploads/2011/09/pedagogie-et-humour-escallier.pdf] (2014-02-11).

6. MINOIS, Georges. Ibid. p.95-96.

7. Du rire biblique en très très général. [http://www. publibook.com//librairie//images//179 1  PREV, pdf] (2013-01-29)

 

8. MINOIS, Georges. Ibid. p.95.

 

9. MARDINI, Mongi. Deux mille ans de rire, 2002 books google ca/books ? Isbn= 284627083x

 

10. MINOIS, Georges. Ibid. p. 211. Il cite L. Moulinier, « Quand le Malin fait de l’Esprit. Le rire au Moyen Age vu depuis l’hagiographie », Annales, Histoire, Sciences sociales, 52e année, no 3, mai-juin. 1997.

 

11. Ibid. p. 583.

 

12. Ibid. p. 207-208.

 

13. Ibid. p. 322.

 

14. Ibid. p. 458.

 

15. Ibid. p. 458-459.

 

16. Ibid. p. 489.

 

17. Ibid. p. 509-510.

 

18. Ibid. p.528-529. Il renvoie à l’article de C. Duquoc, « Rire, humour et magistère », Lumière et Vie, no 230, déc. 1996, p. 61-74.

 

19. RAVET, Claude. « Le rire de Dieu – Entrevue avec Richard Kearney », Relations, no 761, décembre 2012. p.26-27.