RECRÉATION DE L’AUTRE PAROLE

SAMEDI

 

Au commencement il y eut le chaos.

Nos amies du groupe Houlda nous y plongèrent.

Ce fut le premier soir.

Puis il y eut un matin.

 

Deux des créatrices de L’autre Parole, à tour de rôle, unirent leurs efforts pour ordonner le chaos.

 

La première, Louise Melançon dit : « Faisons la lumière sur ce qu’est une ekklèsia des femmes ? Pour y parvenir explorons les écrits d’Elisabeth Schûssler Rorenza, cette exégète allemande vivant depuis de nombreuses années aux États-Unis, et voyons ce qu’elle en dit ».

 

À mesure que la voix de Louise se faisait entendre, la confusion qui pouvait régner dans les esprits se dissipait quant à ce qu’il faut comprendre par ekklèsia, selon Schûssler Rorenza. À l’origine le terme avait un sens politique plutôt que religieux… Mais je m’arrête ici, puisque notre amie vous communique dans les pages qui suivent tout ce que vous voulez savoir sur le sujet et que vous n’osiez pas demander.

 

Déjà, après ce premier exposé tout à la fois savant et limpide, la lumière brillait haut et clair. Il restait à savoir si L’autre Parole avait été, jusqu’à ce jour, une sorte d’ekklèsia, et à quelles conditions pouvait-elle prétendre en être une aujourd’hui et demain.

 

C’est à une autre mère fondatrice de notre groupe Marie-Andrée Roy que revient la tâche de répondre à la question : « Pour L’autre Parole, qu’est-ce que l’ekklèsia ? » Elle s’en acquitta avec la maestria qu’on lui connaît. Vous en jugerez vous-mêmes en la lisant dans un moment. Quant à nous, nous vîmes que cela était bon.

 

L’horaire prévoyait une période de « questions d’éclaircissement ». Était-ce utile après tant de lumière ? Cela fut néanmoins très bon. Il y eut une pause, et cela aussi fut très bon… pour nos articulations.

 

Après un vote serré, nous renonçâmes au travail en ateliers prévu au programme pour partager toutes ensemble les opinions émises par chacune et répondre aux trois questions qui nous étaient posées : Qu’entendons-nous par ekklèsia ? Sommes-nous une ekklèsia ? Voulons-nous être une ekklèsia ?

 

De nos échanges émergea la conviction que nous sommes une ekklèsia qui, jusqu’à ce jour, n’avait pas dit son nom… en grec. En français nous nous appelions « collectif ». Dorénavant nous nous dirons plutôt « collective ». Rien de tel pour creuser les appétits.

 

Il y eut donc un midi… Une fois sustentées nous fûmes prêtes pour un retour en assemblée délibérante. Après nous être reconnues et nommées, il fallait encore savoir où nous voulions aller. Nous sommes une « collective de féministes chrétiennes ». De ce portrait sommes-nous satisfaites ? Quels traits souhaitons-nous souligner ? Voulons-nous accentuer la perspective féministe avec ses engagements sociaux et politiques et sa fonction critique ? Voulons-nous plutôt privilégier l’élément chrétien dans ses composantes spirituelle et ecclésiale ? Avec qui aimerions-nous travailler ?

 

Il nous est apparu impossible de choisir entre féminisme et christianisme. C’est précisément le fait d’unir les deux dans une stimulante et féconde unité qui fait notre originalité. Nous devons être solidaires de nos soeurs, tant dans la société que dans l’Église et nous ouvrir toujours davantage dans un esprit oecuménique aux autres grands courants religieux.

 

Nous souhaitions en arriver à un consensus. Pour le vérifier, l’ultime épreuve : une heure d’écriture collective, question de rédiger un nouveau feuillet publicitaire présentant L’autre Parole : sa nature, ses objectifs, ses réalisations, ses projets.

 

Trois équipes furent donc formées pour mener à bien cette aventureuse entreprise. Il y eut une grande clameur, faite de soupirs, d’éclats de voix, de bruissement de papiers et de grattements de plumes. Les méninges surchauffées, elles, ne font pas de bruit, sinon j’en parlerais. Et sans doute y aurait-il beaucoup à dire ! De ce chaos, quelques pages sont nées qui nous feront connaître pour les années qui viennent. L’accouchement a été laborieux, nous étions toutes et en môme temps mères et sages-femmes. Mais la petite aura fière allure quand vous la verrez et la lirez. Nous avions bien mérité qu’il y eût un soir. Il vint. Et avec lui les joies et les surprises d’une célébration organisée à l’ombre de l’Acropole – Grèce, Grèce, quand tu nous tiens – par le groupe Bonne Nouv’ailes. Demain nous nous donnerons rendez-vous pour notre vingtième anniversaire célébré « à l’ombre de l’Orford » en 1996.

 

MARIE GRATTON, MYRIAM