RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS

Depuis la nuit des temps, des femmes ont marqué leur temps… elles ont trouvé le temps pour changer les choses… Quand on songe aux femmes des premières communautés chrétiennes qui ont pris la responsabilité de communautés d’alors, parfois à leurs risques et péril, plusieurs d’entre elles devaient être aussi mères à temps plein.

Que dire de celles qui ont mis le temps, ont donné leur temps pour faire les choses autrement. Que dire des Marie-Madeleine, et autres Marie, qui ont remis en question la manière d’occuper l’espace et le temps en outrepassant les rôles que la société leur avait indiqués, en se mêlant de ce qui leur apparaissait essentiel : l’incarnation en chair et en os du prophète annoncé. Elles défient les autorités masculines, pères, frères, voisins, amis, et partent à la suite de Jésus.

Plus près de nous, les, Marie de l’Incarnation, Idola Saint-Jean, Émilie Gamelin, Marie Gérin-Lajoie mère et fille, les Marie et Thaïs Lacoste,… femmes de leur temps, certes, mais à contretemps tant par leur message, tant par la nouveauté de leurs actions prometteuses de bon sens, d’égalité, de justice… Plus près encore les Léa Roback, Madeleine Parent, Lucille Teasdale, Simone Monet-Chartrand, Françoise David, Laure Waridel…. Et même des femmes de notre collective !

Nommons aussi les communautés religieuses : elles ont transformé le monde de l’éducation, de la santé et du travail social au Québec. Sans oublier les mères dévouées à leur famille, à leurs enfants jour et nuit, jusqu’à leur dernier souffle…

Cependant il semblerait qu’actuellement on manque de temps. Alors que nous devrions disposer de plus de temps que nos grand-mères…

Si l’on songe aux moyens mis à notre disposition pour gagner du temps, par exemple, l’automatisation des tâches ménagères à partir des années 1950, puis avec le mouvement féministe, un partage des tâches avec le ou la conjointe, les médias sociaux et une autonomie nouvelle sur les plans juridique, politique et économique.

L’entrée massive des femmes sur le marché du travail a pour conséquence l’annulation de ce temps économisé puisqu’on parle désormais de la double journée de travail. Malgré la progression dans les tâches partagées et dans le rapport plus égal entre hommes et femmes, nous sommes à l’ère de la super-woman ; les femmes courent donc toujours après leur temps…

Mais un fait demeure… Parmi les femmes que l’on connaît, parmi les plus occupées, les plus sollicitées, ces femmes ne sont-elles pas celles qui ont encore du temps à donner ? Des femmes qui trouvent encore et encore le temps pour agir et réaliser ce en quoi elles croient.

Et si on ne trouvait le temps d’agir, de s’impliquer, de transformer, de s’entraider, que parce qu’on agit selon les valeurs auxquelles on croit ? Des valeurs qui deviennent des moteurs d’actions et qui donnent des ailes… Des valeurs que d’autres partagent aussi et avec qui on met ensemble temps et talents. Ne serait-ce pas la conscience et la liberté intérieure qui nous amènent à vivre selon nos propres valeurs et à consacrer notre temps en ce sens ?

On sort ainsi d’une logique de compétition et d’individualisme et on choisit l’option de la solidarité créative. Quand on agit ensemble, on agit autrement. Si ensemble on met plus de temps à faire les choses, par contre, on va plus loin. Bien sûr, on peut trouver plus facilement du temps pour faire ce que l’on aime… pour faire ce qui correspond à nos valeurs…

Aussi, ce qui nous semble parfois des pertes de temps peut permettre d’en gagner quand vient le temps de l’action…