TRAVAIL EN ATELIER

Trois questions nous étaient posées.

1. À partir de votre expérience, quels sont les perspectives développées par nos conférencières, Marie-Andrée Roy, Carolyn Sharp et Denise Couture, qui vous interpellent le plus ?

2. Comme féministes chrétiennes, comment devons-nous réagir au fondamentalisme catholique ?

3. D’où tirons-nous le souffle pour « rouler la pierre » ?

 

 Dans notre atelier, nous avons choisi de répondre à la troisième question, en nous disant qu’indirectement nous en viendrions sans doute à aborder les deux autres.

C’est essentiellement dans l’Évangile que nous puisons le souffle qui nous permet de lutter contre toutes les formes d’oppression. Or le fondamentalisme en est une, puisqu’il cherche à nous enfermer dans des stéréotypes qui trop souvent nous renvoient à l’histoire d’Ève et de sa chute, censée justifier pour les siècles des siècles notre sujétion et notre subordination au pouvoir masculin, sous quelque figure qu’il s’incarne.

L’Évangile nous lance un tout autre message à travers les paroles et les comportements de Jésus à l’égard des personnes que les bien-pensants regardent de haut, et parfois même méprisent ouvertement. Au premier rang de celles-ci, il y a les femmes. Mais nous savons quel accueil Jésus leur a fait, et cela nous confère force et espérance.

C’est encore dans l’Évangile, vu aussi comme un message humaniste, et non seulement religieux, que nous puisons le souffle pour aborder, le plus humainement possible, les problèmes qui se présentent à nous. Les fondamentalistes voient le monde en noir et blanc. Il y a « l’axe du Mal » et « l’axe du Bien ». Devant la complexité de certaines situations, il faut souvent proposer des alternatives qui respectent les personnes, les traitent avec sollicitude et ne les écrasent pas. Jésus avait prévu le problème : « Le sabbat est fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. » Ici, pensons « femme » aussi.

Le souffle pour rouler la pierre du fondamentalisme, ce pavé dans la mare, qui n’en finit plus de faire des ronds en eaux troubles, nous le tirons de la conviction que c’est pour nous un devoir d’user de notre discernement pour oser penser par nous-mêmes et nous soustraire ainsi aux diktats de la pensée unique, au prêt-à-penser dogmatique, si commode pour qui désire contrôler les consciences. Mais le souvenir de l’Ève du rabbin Ziskin nous invite à ne jamais oublier que nous possédons une boussole intérieure, notre conscience, et qu’elle est là pour que nous nous en servions.

Nous croyons encore que le souffle nécessaire pour rouler la pierre nous vient, et nous anime d’autant plus sûrement que nous nous regroupons et que nous laissons libre cours à notre créativité collective. Quand nous travaillons ensemble, nous faisons bien mieux qu’additionner nos forces, nous les multiplions !

Nous en sommes venues, mine de rien, à toucher à la deuxième question.

Comme féministes chrétiennes, une bonne façon de réagir au fondamentalisme catholique est de devenir membres de L’autre Parole ! Évidemment !

Guillaume d’Orange a dit, il y a de cela bien longtemps : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de vaincre pour persévérer ». Nous avons déjà beaucoup entrepris. Et c’est avec une ferme espérance que nous nous sommes engagées en tant que féministes chrétiennes. Il n’y a pas de doute à cela. Avec le passage du temps, l’espérance est toutefois devenue une vertu héroïque… Il suffit pour s’en convaincre d’observer une remontée incontestable du fondamentalisme catholique s’inscrivant, délibérément ou non, dans la mouvance des autres fondamentalismes qui bâtissent sans répit des prisons idéologiques de plus en plus opprimantes, pour les femmes d’abord, mais pour les hommes aussi. Tous les stéréotypes dans lesquels on a enfermé les femmes ont créé leur contrepartie chez les hommes. Dans une prison, tout le monde est enfermé, les détenus et les geôliers. À une différence près : les geôliers possèdent les clés.

Il faut bien le reconnaître, nous n’avons pas vaincu les forces patriarcales, pas encore, à tout le moins. Une raison de plus pour persévérer ! Et la persévérance est une vertu qui se nourrit dans la solidarité, grâce au soutien d’un groupe partageant le même projet.

Finalement, le temps est venu de concentrer tous nos efforts sur la création de nouvelles pratiques. Voilà le projet qui doit nous motiver. Nous n’avons jamais manqué de créativité à L’autre Parole, mais il nous en faudra toujours davantage, non seulement pour résister à la vague fondamentaliste qui se propage dangereusement, mais encore et surtout pour affermir notre attachement indéfectible au message libérateur de l’Évangile, et pour le manifester au grand jour.

Les trois exposés que nous avons entendus ce matin ont fortement contribué à nous faire prendre conscience de tous les tenants et aboutissants des fondamentalismes qui sévissent actuellement. Notre appartenance religieuse nous oblige à porter une attention particulière au fondamentalisme catholique. Il ne suffit pas de le dénoncer, il faut continuer à élaborer des alternatives à cette interprétation étriquée de l’Écriture et de la Tradition.

Il y a vingt-neuf ans que L’autre Parole a ouvert ce chantier. On continue d’embaucher !